Amberly
Elena et moi plongeons dans la grande baignoire remplie d’eau moussante, tandis que nos servantes s’activent silencieusement autour de nous.
— Alors ? Comment était-ce ? me questionne ma sœur aînée.
Je lui lance un regard en coin auquel elle répond par un sourire complice. Gênée, je lui jette de l’eau à la figure manquant d’arroser Blaire et Delia au passage. Je leur souris en guise d’excuse, sans lâcher ma sœur des yeux.
Nos servantes hors de portée d’écoute, je murmure :
— C’était…
Les portes de la salle de bain s’ouvrent brusquement. Un cri surpris nous échappe tandis que la Reine fait irruption. Ma sœur et moi tentons de nous cacher tant bien que mal sous la mousse abondante.
— Laissez-nous, ordonne-t-elle à l’attention de nos servantes, qui s’empressent d’obéir. (La Reine referme derrière elles puis s’approche de la baignoire.) Vous allez épouser mes fils.
Elena et moi échangeons un regard. A peine avons-nous le temps de comprendre ce qui se passe que la Reine poursuit :
— Dès demain, vous assisterez à des cours pour parfaire vos connaissances en Histoire, Géographie, Sciences, Langues, Arts et en manières, enchaîne-t-elle sans nous laisser le temps de réagir. Quant à toi, Amberly, il te faudra apprendre non seulement à contrôler ton tempérament, mais aussi à laisser ton indépendance de côté.
— Je ne vois pas ce que vous voulez dire, je rétorque calmement.
Elle se penche vers moi :
— Ce que je veux dire mia Cara, c’est que dans les jours, semaines et même mois à venir, vous serez constamment entourées. Que ce soit par vos servantes, vos proches – nous compris – ou des invités venus de tous horizons. (Une lueur sérieuse traverse ses yeux ancrés aux miens :) Les rumeurs circulent vite ici. Bien plus vite que partout ailleurs. Ne l’oublie jamais.
Un drôle de frisson me court le long de la colonne vertébrale tandis que la Reine rappelle nos servantes:
— Assurez-vous à ce que les princesses soient prêtes à retrouver mes fils pour vingt-et-une heure précise, leur ordonne-t-elle. Et donnez-leur ceci.
Elle leur confie deux fioles, puis sort sans un mot. Elena et moi nous levons. Blaire et Delia nous aident à revêtir nos peignoirs et nous conduisent dans la chambre, où un bon feu nous attend. Nous nous asseyons devant l’âtre.
D’autres servantes apportent le repas, dressent la table et se retirent aussi vite qu’elles sont venues. Blaire en profite pour ajouter le contenu des fioles à la carafe de vin. La douce odeur des différents mets me met l’eau à la bouche.
Delia s’empresse de terminer nos coiffures avant de passer à notre maquillage. Une demi-heure plus tard, nous passons à table. Elena attrape sa coupe, un sourire mi-coquin mi-enthousiaste sur ses lèvres. J’en fais de même.
— À nos futurs époux ! clame-t-elle.
Nous trinquons. Du coin de l’œil, j’observe nos servantes disposer nos vêtements sur le lit. Deux robes simples, sans jupon ni corset. Ce n’est qu’après le repas, au moment de nous habiller, que je réalise qu’il s’agit de vêtements en soie, ressemblant à des chemises de corps. La première est d’un doré assorti à la couleur de mes yeux ; l’autre, d’un bleu clair qui rappelle ceux de ma sœur. Nous complétons nos tenues avec un châle et une paire de ballerines simple.
— Tu ne trouves pas que tout ceci est un peu…léger ? je chuchote penchée vers elle.
Elle hausse les épaules, le regard comploteur. Notre échange est interrompu par deux coups fermes donnés à la porte. Un garde entre dans la pièce.
— Vos Altesses, nous salue-t-il en inclinant brièvement la tête. Leurs Altesses vous attendent.
D’un geste courtois, il nous invite à le suivre. Je lance un coup d’œil vers Blaire, qui me répond d’un sourire encourageant. Prenant une inspiration, je quitte la chambre ma sœur sur les talons. Notre escorte nous conduit à travers de nombreux couloirs, d’un bout à l’autre du palais, jusqu’à un petit coin secret situé au sous-sol. Là, nous retrouvons Aydan et Ethan, tous deux vêtus d’un simple caleçon à l’ancienne, d’un maillot de corps et de bottes lacées à l’arrière.
— Merci Irons, dit l’aîné à l’attention du garde. Vous pouvez disposer.
L’intéressé nous adresse un rapide salut militaire et se retire. Aydan me prend la main, entrelaçant ses doigts aux miens.
— Prête pour une soirée un peu particulière ?
Je plisse les yeux:
— Qu’entends-tu par-là ?
Sans prendre la peine de répondre, il ouvre la porte derrière nous. Je tressaute, surprise par le grondement des basses. Nous entrons. Une musique lente et sensuelle résonne à travers l’immense pièce remplie de monde.
La voix de ma sœur résonne au-dessus la musique :
— Les femmes dociles ne doivent probablement pas s’aventurer ici !
Nous nous frayons un chemin jusqu’à un petit carré privé, situé dans un coin. A peine installés, Ethan et Elena se joignent aux danseurs parfaitement nus, collés les uns aux autres, abandonnés à une danse des plus osées. Certains exhibent des corps musclés, d’autres sont marqués par les effets du temps ou, pour certaines femmes, ceux de la grossesse.
Aydan se laisse tomber sur un canapé. Ma main toujours dans la sienne, il me tire sur ses genoux, un bras autour de ma taille.
— Tu vois ces gens ? me demande-t-il à l’oreille. (Je hoche la tête.) Tous viennent différents milieux. Ici, aucune distinction sociale. Ici, nous faisons ce que nous voulons, avec qui nous voulons.
Son emprise se resserre autour de ma taille. D’une main habile, il m’arrache ma robe légère tandis que mon esprit embrumé s’émerveille de la beauté et de la sensualité d’une telle débauche. Ses doigts glissent entre mes cuisses, effleurant mon point sensible. Mon corps se tend voluptueusement.
— Majesté ?
Un garçon de cuisine s’arrête près de nous, un plateau à la main, chargé de verres remplis d’un liquide bleu presque translucide. Aydan lui fait signe de poser sa charge sur la table basse. Sans me lâcher, il saisit deux verres.
— Cul sec ! s’exclame-t-il sa voix couvrant la musique. Slainte !
Nous reposons nos verres et en prenons deux autres. Ses doigts continuent leurs caresses contre mon point sensible. Le corps en feu, je rejette la tête en arrière et me laisse aller entre ses bras. Les yeux rivés sur les silhouettes dansantes, je commence à onduler des hanches contre lui.
— Bon sang…
Un râle rauque s’échappe des tréfonds de sa gorge. Sautant sur ses jambes, il m’entraîne dans un petit renfoncement dissimulé par des rideaux. Sans plus de cérémonie, il baisse son caleçon et me pénètre par derrière. Un plaisir presque surhumain consume le peu de lucidité qu’il me restait alors que corps contre corps, peau contre peau, nous nous abandonnons l’un à l’autre.
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