Chapitre 5

973 Mots
La porte de la suite 407 s’ouvre, comme chaque nuit. Aziz est déjà là, assis près de la fenêtre. Il n’a pas changé de place depuis leur première rencontre. Toujours vêtu de sa djellaba blanche, il projette une image de calme et de sérénité. Ce soir, cependant, Ndella hésite un instant avant d’entrer. Sa main reste sur la poignée, comme si elle pesait encore la décision d’être ici. Ndella (pensée) : Pourquoi je reviens ? C’est ridicule. Il n’y a rien pour moi ici… et pourtant. Elle inspire profondément avant d’entrer. Son sourire professionnel masque à peine les questions qui tourmentent son esprit. Aziz, levant à peine les yeux : « Bonsoir, Ndella. » Elle referme doucement la porte, son regard scrutant la pièce. Quelque chose dans la façon dont Aziz l’accueille la met toujours mal à l’aise. Il ne la dévore pas des yeux comme les autres hommes. Il la regarde avec une curiosité tranquille, presque bienveillante. Ndella : « Vous êtes vraiment persistant. Je suis surprise que vous ne vous lassiez pas encore. » Aziz, avec un sourire léger : « Certains chemins nécessitent de la patience. Vous valez cette attente. » Ndella lève les yeux au ciel, mi-amusée, mi-défensive. Ndella : « Vous parlez comme si vous me connaissiez. Vous ne savez rien de moi. » Aziz : « Pas encore. Mais vous pourriez me parler. Me dire ce qui vous pèse. » Elle s’assied sur le canapé, croisant les jambes dans un geste étudié, mais son visage trahit une pointe de vulnérabilité. Ndella : « Vous voulez jouer au sauveur ? Très bien. Expliquez-moi pourquoi je devrais croire en vos belles paroles. » Aziz : « Ce n’est pas moi que vous devez croire. Mais peut-être que vous pouvez commencer par croire que vous méritez mieux. » Son ton calme la désarme, comme chaque fois. Elle détourne les yeux, fixant la table basse en verre. Ndella : « C’est facile à dire. Mais vous ne savez pas ce que c’est, de tomber si bas qu’on n’a plus rien. De devoir se battre pour chaque instant. » Aziz : « Et pourtant, vous êtes toujours là. Cela prouve que vous avez une force que vous ne mesurez pas encore. » Un silence s’installe. Aziz attend patiemment qu’elle parle, mais elle reste muette. — Quelques semaines plus tard* Chaque nuit passée dans la suite devient une leçon silencieuse pour Ndella. Aziz ne la presse jamais. Il lui tend un livre ou lui parle de concepts simples, comme la paix intérieure ou la valeur de la patience. Peu à peu, elle commence à poser des questions, d’abord pour le tester, puis par réelle curiosité. Une nuit, il apporte un carnet et un stylo qu’il dépose sur la table basse. Ndella : « C’est quoi, ça ? » Aziz : « Si vous êtes prête, je peux vous montrer quelque chose. Juste un début. » Elle fronce les sourcils, intriguée, et ouvre le carnet. À l’intérieur, les premières lettres de l’alphabet arabe sont inscrites avec soin, accompagnées de leur prononciation phonétique. Aziz : « Je me suis dit que vous pourriez vouloir apprendre. Un petit pas, sans pression. » Elle laisse échapper un petit rire nerveux. Ndella : « Vous croyez vraiment que je vais apprendre une langue comme ça ? À quoi bon ? » Aziz : « Parfois, comprendre une langue, c’est ouvrir une porte vers une nouvelle façon de penser. Vous n’avez rien à perdre. » Cette nuit-là, elle feint l’indifférence, mais après son départ, elle emporte discrètement le carnet chez elle. Dans le secret de sa chambre, elle s’installe devant un miroir et répète les lettres en silence, butant sur chaque son. Ndella (pensée) : C’est ridicule… Mais il a raison. Je n’ai rien à perdre. —- La première prière Un soir, Aziz arrive avec un bol d’eau et une petite serviette. Il pose le tout sur la table basse avant de s’asseoir. Aziz : « Ce soir, je voulais vous montrer quelque chose d’important. » Ndella : « Encore une leçon ? » Aziz : « Pas exactement. C’est un rituel. Une manière de se purifier avant de se présenter devant Dieu. » Elle arque un sourcil, sceptique. Ndella : « Vous voulez que je prie, c’est ça ? » Aziz : « Non, pas encore. Je veux juste vous montrer comment. Vous pourrez décider si vous voulez essayer, un jour. » Elle hésite, puis hausse les épaules. Ndella : « Très bien. Montrez-moi. Mais ne vous attendez pas à ce que je le prenne au sérieux. » Abdoul Aziz lui montre patiemment comment se laver les mains, le visage, les bras. Ses gestes sont précis, presque méditatifs. Ndella l’imite, maladroite au début, puis plus concentrée. Quand elle termine, elle s’assied et le regarde. Ndella : « Et maintenant ? Je suis censée sentir quoi ? » Aziz : « La paix viendra avec le temps. Ce n’est pas instantané. Mais c’est un début. » Cette nuit-là, alors qu’elle quitte la suite, Ndella se surprend à repenser aux gestes qu’elle a faits. Elle sent quelque chose de différent, un sentiment qu’elle ne peut nommer. Une curiosité naissante Au fil des nuits, Aziz lui parle davantage de sa foi, mais toujours avec délicatesse. Ndella commence à poser plus de questions, non plus pour le défier, mais par un intérêt sincère. Un soir, elle l’interrompt alors qu’il explique un verset. Ndella : « Si je voulais prier, juste une fois… qu’est-ce que je devrais dire ? » Aziz : « Rien que vous ne ressentiez pas. Les mots viendront. Ce qui compte, c’est l’intention. » Elle hoche la tête, pensive. Le chemin est encore long, mais Aziz le sait. Il n’a jamais cherché à la précipiter. Il voit en elle une flamme vacillante qui demande seulement à être ravivée.
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