10. Platoniquement vôtre

2304 Mots
Cela doit faire des années à présent qu’Arthur s’est imaginé passer du temps avec ses deux grands frères. C’est un gamin normal de tout juste neuf ans qui a toujours admiré les deux ainés. Bien sûr, il n’a jamais trop compris la relation bizarre qu’ils entretiennent tous les deux. On lui a expliqué qu’ils étaient liés, presque comme ses parents, mais ce n’est pourtant pas la même chose. Dans tous les cas, ça n’a pas d’importance à ses yeux. Il est Beta et ne s’est jamais intéressé à tous ces trucs de lien. Ça ne le concerne pas du tout. La seule chose qu’il comprend, c’est qu’ils ne s’entendent pas ! Il y a bien longtemps, il a quelques flashs, des morceaux de souvenirs, qui lui indiquent qu’ils étaient toujours fourrés ensemble. Pourtant pendant une très longue période, ils ne se sont pas adressé la parole, à peine de quoi réclamer le sel à table. Mais c’est devenu juste la normalité. D’un côté, il avait la chance de partager le quotidien d’Andréa, pouvant parfois se glisser dans sa chambre, le faisant grincer des dents, avant de finalement l’autoriser à rester l’écouter jouer de son instrument. De l’autre, il pouvait passer des heures à regarder Mael jouer aux jeux vidéo, et, un peu plus tard, jouer même carrément avec lui ! Et vraiment, il adorait ces moments ! Alors dans son coin, il a fini par se demander à quel point ce serait cool de pouvoir passer du temps comme ça, mais avec les deux en même temps ! C’était un peu bizarre à dessiner dans sa tête, après tout Andréa n’était pas friand des jeux et à l’inverse, Mael n’y connaissait rien en musique... Pourtant ce serait tout de même vachement cool... Et à dire vrai, ça l’est vraiment ! Car depuis quelques mois, ce petit bout de rêve était devenu réalité ! Arthur est incapable d’expliquer comment les choses s’étaient passées ? Des années et des années de non-relation pour finalement être aussi proche à présent ? C’était bizarre... Mais dans tous les cas, le gamin s’en fichait dans le fond. À ce stade, ce qui est important c’est qu’ils étaient tous les trois dans sa chambre à lui, et qu’ils passaient le temps le plus simplement du monde. Ils ne font rien de spécial ! Andréa ne joue même pas avec eux... Mais c’est vraiment du temps béni aux yeux du petit bêta. Même si Mael se fait réprimander régulièrement par l’Oméga, car il accepte de lire les répliques à voix haute pour lui éviter la plaie de le faire lui-même. Où que Mael s’obstine à vouloir lui faire réviser son cours de géométrie, il adore vraiment passer du temps avec eux ! Cependant, il y a tout de même une chose que du haut de son jeune âge, il arrive à percevoir... Ils ont l’air un peu idiot de son point de vue, mais il ne le dirait sans doute jamais à voix haute. Arthur ne trouve rien de bizarre à vouloir passer du temps avec l’un de ses amis ! Pourtant il n’est pas si stupide et ignorant. Même si toutes ces histoires de phéromones et de glande lui échappent complètement, il sait que ses deux grands frères utilisent sa chambre comme endroit neutre. Comme s’il ne fallait pas céder de terrain à l’un ou l’autre ou qu’ils avaient réellement des choses à cacher... C’est juste bête... D’autant plus qu’ils en avaient envie, même lui le voyait ! Ça se sent dans la plupart de leurs attitudes ou certains regards qu’ils se lancent en biais. Régulièrement même, le gamin ne sait pas trop pourquoi, toutes ces petites choses si évidentes deviennent encore plus flagrantes. En réalité, lui ne peut sans doute pas le comprendre, mais la raison est simple ! À l’approche de leur cycle, les deux adolescents ressentent le besoin de l’autre. Andréa utilise toujours la veste parfumée de son Alpha. C’est toujours plaisant pour lui lorsque Mael lui tend, mine de rien, le vêtement imbibé de ses phéromones. Difficile pour lui de l’assumer, mais il y plonge bien souvent le nez, humant à pleins poumons cette fragrance particulière qui a l’art de l’apaiser à ce point. Mael, lui, est toujours gourmand de l’autre. Il se tient tranquille la plupart du temps, mais il a bien du mal à ignorer les paroles enivrantes de ses glandes. À mesure que ses chaleurs arrivent, il devient irrémédiablement plus sensible et bien des idées lui passent par la tête. Des envies inavouables dont il n’oserait certainement pas parler à voix haute ! C’était d’ailleurs bien aise qu’Andréa ne puisse lire ses pensées... Comment réagirait-il s’il avait conscience de tout cela. Mael est pourtant transparent, depuis un moment, sa mère n’est même plus la bienvenue dans sa chambre... L’adolescent déteste singulièrement que l’on s’approche de son repaire ! Il l’a réclamé maladroitement un jour où, en entrant dans son antre, il a senti la fine fragrance de sa mère. Il ne les discerne que peu, tellement faiblement, à peine de quoi montrer qu’elle est venue. Ce simple fait l’avait énervé sans raison ! Mais le pire fut quand il vit ses vêtements fraichement pliés, poser sur le lit d’Andréa. Son précieux nid... Et là, il se souvient bien de l’étrange bruit que sa bouche avait éructé. Une sorte de grognement colérique et désagréable à souhait, qu’il l’avait prit par surprise. Il lui était remonté le long de l’œsophage, vibrant affreusement comme une véritable menace qu’on hurle à plein poumon. Il le sentait, il avait besoin de conserver cet espace bien à lui. Juste pour eux... C’est très gênant pour lui... Il a bien conscience que tout ceci est clairement exagéré. Il se berçait de la magnifique odeur de thé qu’il a toujours deviné chez sa mère. Petit, ça le rassurait tellement même quand elle le calait contre elle pour longuement le câliner le soir, murmurant la berceuse qu’elle avait imaginée pour son fils. Mais cela ne change rien au fait que son instinct se montre impitoyable et clair, il ne faut plus que ceci se produise sur son territoire ! Et mince alors, il n’est pas un chien, alors pourquoi agit-il comme eux... ? Il avait détesté cette conversation-là, se sentant honteux d’avouer tout cela à demi-mot, face à sa mère qui n’avait pas réussi à masquer sa surprise. Heureusement, elle n’avait pas cherché à tergiverser et avait accepté. Peut-être qu’elle s’y attendait, il n’en savait rien. Mais depuis, personne ne transgressait à sa demande, pas même Alice ! Personne n’en parle non plus et il en est reconnaissant, car il n’est certainement pas près d’expliquer une telle bêtise à Andréa ! Que l’Oméga salue les nuances de ses phéromones, comprenant tout de ce qu’elles racontent, est déjà suffisamment gênant. Alors c’est bien heureux que justement, son lié n’en parle pas ! Sans doute qu’Andréa estime que tout ceci est dû à leurs instincts, n’allant surement pas s’imaginer que l’imbécile qu’il est à ses yeux est,aussi, amoureux de lui. Tant mieux ! Car après tout, il n’est pas certain que sans cette ignorance, son vieil ami accepte si simplement les besoins de leur lien. Il n’est pas venu les mains vides d’ailleurs ! Ce jour-là, il a besoin de lui demander... Leur cycle approche, cependant Andréa lui a déjà rendu son écharpe pigmentée de lui il y a peu. Mais comment expliquer qu’il en avait de nouveau besoin... Mael, du haut de ses quinze ans, voit son corps réagir sans qu’il ne puisse le contrôler ! En fonction des circonstances, l’adolescent se retrouve dans sa salle de bain, sous une douche bien froide ! Pas plus tard que la veille d’ailleurs, il s’était réveillé avec un souci épineux et s’était précipité dans la salle d’eau. Seulement cette fois, il avait emporté la fameuse écharpe qui lui servait de doudou et l’avait oublié dans la pièce. Rien de grave, mais quand il y avait repensé et avait voulu aller la récupérer, elle n’était plus là ! Elle tournait avec d’autres vêtements dans la machine à laver... Donc l’Alpha se retrouve là, assis au milieu du tapis à côté du bureau de son petit frère de coeur, écoutant un mot sur deux de l’explication enthousiaste du plus jeune. Il le regarde en souriant alors qu’il babille sur sa journée, mais rien à faire, il ne cesse de se tortiller. Andréa garde un sourire narquois, relevant parfois les yeux de son livret pour le regarder se morfondre. Il est certain qu’Arthur va finir par remarquer qu’il n’a pas du tout l’attention de Mael et s’il ne lui offre pas une porte de sortie, c’est bien le bêta qui va mal interpréter. C’est dommage, car il trouve ça légèrement plaisant de le regarder en cet instant... Il hume discrètement l’odeur de son Alpha, se laissant surprendre par ce qu’il comprend principalement. Il sait parfaitement que l’autre a besoin de lui pour quelque chose et tourne autour du pot. Indéniablement, les phéromones qui courent partout autour de lui sont crispées et timides, mais qu’importe tout ça, ce qui est plus plaisant c’est qu’elles se plient pour l’appeler ! Qu’importe la teneur de chacune d’elle, c’est bien son prénom qui en ressort, toutes épelé avec un ton différent, certains lui faisant clairement rougir les joues... - Mael, tu m’as dit que tu devais me parler tout à l’heure ! - Oh... Oui je dois... enfin y a un truc que je dois te demander ! L’enfant devant lui n’ajoute rien. Il sourit doucement, patient, et acquiesce doucement quand Mael lui lance un regard, lui demandant sans bruit si cela lui convient. Arthur comprend, comme d’habitude de toute façon. - Profites-en pour faire tes devoirs ! - J’y comprends rien ! J’ai essayé, c’est des calculs de l’impossible ! - Va voir Alice, elle va t’expliquer. - Elle va encore m’obliger à jouet avec son télescope... Le bêta souffle fort, mais se montre vaincu. Alice n’a certes que sept ans, mais elle a déjà sauté trois classes. Elle ne refuse jamais son aide à Arthur lorsqu’il faut lui expliquer des leçons, mais en échange, elle réclame un compagnon d’armes pour observer les étoiles ! Une nuit longue, dans le chaud ou le froid, rien ne l’arrête tant elle aime regarder la voute céleste et apparemment cette fois encore, c’était bien le pauvre enfant qui allait en subir les conséquences. Quoiqu’il en soit, les deux adolescents le laissent préparer ses affaires avec son air bougon, et rejoignent la chambre d’Andréa. Et directement, son odeur lui tanne le nez, et il ne retient pas un sourire niais. Il aime tellement le sentir de partout comme ici, même si ca serait encore plus plaisant de pouvoir y parquer sa propre marque ! - Alors, qu’est ce que t’as ? - Ma mère... Elle a lavé mon écharpe ! - MON écharpe tu veux dire ! - Notre écharpe ? - a***e pas l’Alpha ! Mais Andréa sourit tellement, chopant le bout de tissus pour l’imprégner de lui. Et leur petit manège recommence une fois de plus et ils se brouillent dedans... L’Oméga laisse ses deux glandes exploser, infectant toute la pièce autour, rendant l’air respirable uniquement pour ces deux-là. Le monde change de couleur tandis que Mael en retient presque sa respiration, fixant sans sourciller l’odieux appel non assumé. Il sait qu’Andréa ne fait que le narguer, n’imaginant pas une seule seconde qu’il puisse réellement craquer. Ce n’est qu’une sournoise attaque dédiée à l’Alpha tapi au fond de son être... Il est certain qu’Andréa ne voit que leur lien comme raison, ne cherchant absolument pas à voir plus loin. Pourtant il voit son Alpha réagir directement, le visage crispé par la pression qui se grave sur l’ombre de ses paupières, lui filant un air intransigeant et bien trop sérieux. Il doit d’ailleurs admettre que Mael est beau comme ça, presque soumis à lui ! Il n’a pas besoin de ses phéromones pour faire plier l’autre, ça n’a jamais été le cas. Le blond ferait tout ce qu’il veut, et c’est bien trop grisant d’en être aussi certain... Mais lorsqu’ils se rencontrent comme ça dans cette pièce, pour se pourrir de l’odeur de l’autre, il a l’impression qu’il ne peut pas résister non plus. Les yeux bleus de son Alpha se font voraces et il sent une certaine excitation qui s’en dépeint, même s’il n’en dit rien ! Il n’est pas stupide ! Ils sont liés depuis si longtemps et ils restent deux ados en parfaite santé ! C’est plutôt logique finalement. Mais justement, en le sachant, il ne devrait pas titiller cette flamme qui vacille et l’ensorcèle ! Ils ne devraient pas jouer ni l’un ni l’autre... De son côté, il ne se retient pourtant pas. Il fait glisser la laine sur la peau fragile de son cou et s’applique à sa tâche, les iris turquoises scotchés aux noisettes. Il prend le temps de surcharger le vêtement et le lui tend en souriant, satisfait de voir sa gorge vibrer quand leurs doigts se touchent en chemin. Ils ne parlent pas, se fixant juste en silence sans rendre ceci plus sérieux que ça ne l’est. Et durant ces quelques minutes où le temps s’est arrêté, tout peut exister ! Cependant, toujours aussi rapidement, le lien qui les lie scande sa lyre et il est venu le moment de reprendre sa place. Alors ils retirent calmement leurs masques, redevenant de simples amis... ☆:*‘¨’*:.☆(¯‘*•.¸,¤°’ ‘°¤,¸.•*‘¯)☆:*‘¨’**:.☆ Prochain chapitre : l’imbécile du lycée ☆:*‘¨’*:.☆(¯‘*•.¸,¤°’ ‘°¤,¸.•*‘¯)☆:*‘¨’**:.☆
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