William attendait dans la grande salle, observant silencieusement la carte des royaumes qui s’étendait devant lui. Il se concentra sur les déplacements des loups, les positions stratégiques des dragons et des sorciers, quand la porte s'ouvrit. Jack entra son visage marqué par une tension évidente.
William regarda Jack, ses yeux glacés comme l'acier. Il savait que son autorité n'était jamais mise en doute, mais dans ce moment particulier, il avait besoin que Jack réalise l'ampleur de la situation. Les tensions entre les factions ne se résoudraient pas d'elles-mêmes. Il fallait plus que de simples paroles, plus que des accords formels.
« Je vous ai envoyé des soldats pour commencer l’entraînement à l’aube, » annonça-t-il, sa voix calme, presque impassible. « J’ai vu que votre arsenal était limité, donc j’ai pris l’initiative d’en faire apporter un supplémentaire. »
Jack hocha lentement la tête, absorbant les mots, mais son regard s’attardant sur William, comme si chaque mot prononcé était une demande silencieuse d’assentiment. Il savait, comme tout le monde, que William était un leader né, que ses décisions étaient sans appel, mais une part de Jack se sentait toujours écrasée par cette autorité absolue.
« Très bien, » répondit Jack, son regard fuyant. « Nous ferons tout ce qu’il faut. » Un sous-entendu désagréable perça dans sa voix, une nuance de frustration mal dissimulée. Ce n’était pas tant l'ordonnance de William, mais l’humiliation silencieuse de devoir demander des ressources aux dragons.
William se tourna vers Jack après avoir exprimé ses décisions concernant l’entraînement des soldats. L’atmosphère pesante de la grande salle ne lui faisait ni chaud ni froid. Il savait que les choses s’aggraveraient rapidement entre les quatre royaumes, et que chaque mouvement devait être minutieusement calculé. Après tout, l’équilibre fragile était sur le point de s’effondrer. Mais avant de quitter le palais, il avait une dernière question à poser, quelque chose qui le titillait depuis un moment.
« J’ai croisé une inconnue dans les couloirs tout à l’heure, » dit William, d’une voix froide mais mesurée. « Elle avait des cheveux roux et des yeux verts. Elle ne ressemble pas aux sorcières. Tu sais de qui il s'agit ? » demanda-t-il, ses yeux perçant le regard de Jack.
-Crystal ? Lâcha Ryan d’un ton ahuri.
-Crystal…répéta William.
Jack semblait sur la défensive, comme pris au piège d’une question qu’il n’avait pas anticipée. Il détourna brièvement les yeux, se frottant l'arrière de la tête comme s’il cherchait une réponse convenable. Une brève hésitation, puis il répondit, d’une manière qui semblait chercher à minimiser l’importance de la situation.
« Euh…oui…c’est l’une des femmes de chambre, William. Elle est assez discrète, rien de plus. »
Ryan regarda son frère avec fureur, comment osez-il encore rabaisser Crystal ? C’était un membre de la famille royale.
La réponse fut rapide, mais William nota la gêne qui traversa le visage de Jack, comme un petit éclat de nervosité. Il haussait probablement les épaules intérieurement, mais la question restait là, sans réponse définitive.
William fixa Jack un moment, son regard intransigeant comme d'habitude. Mais avant qu’il ne puisse insister davantage, il entendit des bruits de pas dans le couloir. Ryan entra alors dans la pièce, sa présence aussi implacable que la sienne. Les deux hommes se regardèrent, mais aucun mot n'échangea. L’air devenait lourd entre eux, une froideur palpable qui trahissait un manque d’entente évident.
Ryan ne perdit pas de temps pour faire savoir à William son mécontentement silencieux. Il se plaça près de son frère Jack, gardant un espace qui semblait dire plus que tout discours. Mais William ne se laissa pas troubler. Après tout, c’était Jack qu’il avait besoin de convaincre, pas Ryan.
« Nous devrons nous préparer à un conflit plus vaste que prévu, » lança William, en regardant les deux sorciers. « Si les loups poursuivent leur projet, nous ne pourrons plus nous contenter de discussions. » Il fixa Ryan d'un regard perçant, qui sembla lui répondre par un léger mouvement de sourcil, nonchalant.
Puis, après avoir pris quelques instants pour évaluer la situation, William tourna les talons, ne souhaitant pas prolonger la conversation. Les tensions étaient palpables, et il avait d’autres priorités.
Le trajet vers son palais fut marqué par un silence lourd. Une fois de retour à son château, il se rendit dans ses appartements privés, où un garde vint rapidement à sa rencontre, une expression grave sur le visage.
« Seigneur, une nouvelle importante, » annonça le garde, ses mots chargés de précaution.
William le fixa, attendit qu’il s’approche et s’incline légèrement. Il était clair que ce n’était pas une simple annonce.
« Parle, » ordonna William d’une voix calme, mais autoritaire.
Le garde n’eut pas de difficulté à faire passer l’information. « C’est votre cousin, Seigneur. Pierre… il a formé une armée secrète, alliée aux loups. Ils préparent un soulèvement. »
Un silence de plomb s’installa entre eux. William ne laissa aucune émotion transparaître sur son visage, mais à l’intérieur, la trahison le frappait comme un coup de poignard. Pierre, son propre cousin, avait décidé de se retourner contre lui, contre sa propre famille, et de rejoindre les loups dans leur quête de pouvoir. La colère bouillonnait en lui, mais il demeurait immobile.
« Quelles sont ses intentions exactes ? » demanda-t-il d’une voix glacée, bien qu’il s’en doutât déjà.
Le garde prit une profonde inspiration. « Ils préparent une offensive… mais rien de concret pour l'instant. Nous avons des informations sur leur campement, mais ils agissent dans l'ombre. »
William se leva lentement, son regard devenu plus dur, plus pénétrant. « Trouvez-le. Il doit être… neutralisé. Et assurez-vous que personne n’en parle. Pas un mot à quiconque. »
Il fixa le garde d’un air impérieux, qui s’inclina profondément avant de disparaître.
Une fois seul, William se laissa tomber sur son siège, la tension dans ses muscles palpable. Pierre. Il n’aurait jamais imaginé que cela se produise. La trahison d’un membre de sa propre famille… C’était un affront dont il ne pourrait pas se remettre avant d’avoir agi. Les conséquences seraient terribles. Mais il avait des choses plus urgentes à régler avant de se venger.
Un nom résonna alors dans son esprit : Crystal.
Il pensa à elle, à son regard, à ses cheveux roux flamboyants. Une interrogation persistante, une pièce du puzzle qui semblait en désordre. Mais il chassa cette pensée. Maintenant, c’était la guerre qui l’attendait.