15 Paul rentra à la caserne bizarrement dégrisé, repu sans être comblé, vaguement coupable comme un père de famille revenant du bordel toute honte bue avec le tensiomètre redescendu à zéro. Il savait que sa carrière et sa vie se jouaient sur ce coup de poker, heureux du sens retrouvé à son action, inquiet à l’idée qu’il pourrait être le seul perdant, pour rien. Absorbé par l’attente, il laissait chacun s’affairer, gendarmes comme gens des rues, à la préparation des fêtes de fin d’année. Depuis novembre, l’hiver était là. Les oies dans leur précoce migration ne s’étaient pas trompées. Elles avaient fait la route par beau temps plusieurs semaines plus tôt précédant les grandes bourrasques glacées et les brouillards givrants. Paul observait ses concitoyens avec une sorte de curiosité éton


