Acte III – Les remords

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Acte III – Les remordsJ’ai commencé par reprendre mon train-train habituel. Je me voilais la face, mais je n’en avais pas encore conscience. Je bossais comme d’habitude, couper mon bois, poser des collets, « cueillir » mes petites victimes, fumer quelques beaux morceaux, me balader… Mais dès le premier soir, les cauchemars ont commencé. Je revivais la scène de mon crime, mais c’était d’un tel réalisme que je me serais cru projeté dans le passé pour revivre réellement la scène. Une opportunité pour changer les choses ? Non, car le pire, dans ce cauchemar, c’est que malgré toute ma volonté de ne pas commettre l’erreur, en sachant que c’est Jim et pas un bigfoot, je tirais encore et toujours. Je me réveillai en nage, et me saoulais copieusement pour retrouver le sommeil. Mais j’avais rendez-vous avec mon crime, encore et encore. Je revivais cela plusieurs fois sur la nuit. Trois nuits d’affilée. Puis ça a continué après mon réveil. Complètement déboussolé après la xième version de ce film gore, à peine levé pour me saisir d’une bouteille de whisky, j’ai entendu ce cri dehors, bien réel. Le fantôme de Jim revenait me hanter. Je n’ai ouvert qu’une seule fois ma porte et il était là, dans son costume de bigfoot, me regardant droit dans les yeux, d’un air accusateur. Je n’ai plus ouvert depuis. Cauchemar ? Remords ? Alcool ? Mes pensées s’égaraient, je n’arrivais plus à aligner deux idées correctes. À la place ? La terreur, la culpabilité, la douleur lancinante d’avoir tué, trompé, trahi, profané un humain… un vieil ami… qui continuait à me rendre visite par delà la mort. Je me sentais lamentable… inhumain. Je mourrais à petit feu d’avoir tué la vie, et la victime de mon meurtre revenait sans cesse se rappeler à moi avec une vitalité croissante. Qu’il soit zombie, fantôme ou simple matérialisation de mes regrets les plus profonds, il était en train de me tuer à petit feu. Je devenais fou, sauvage comme un animal en cage sachant que sa dernière heure allait bientôt sonner. Il a ensuite commencé à tout remuer dehors comme s’il avait décidé de tout déménager. Je l’imaginais facilement en train de creuser ma propre tombe, de réaménager mon domaine en cimetière. Chaque bruit me déchirait. Chaque cri me taraudait le crâne. Je sentais ses mouvements dehors, il s’agitait de plus en plus bruyamment, peut-être impatient devant ma retraite immuable. Une odeur insoutenable de chair en putréfaction commençait à imprégner l’atmosphère. Puis il a commencé à frapper à ma porte. Comme si la scène au-dehors était prête, ma tombe creusée, mon cimetière personnel déployé et qu’on n’attendait plus que moi. Je me suis blotti dans un coin et n’ai plus bougé. J’ai commencé à halluciner. Entre les bruits de mon corps épuisé, les vrais sons extérieurs et mon imagination galopante alimentée par le seul breuvage disponible à forte teneur en alcool, je ne distinguais plus rien au-delà du caléidoscope de mes remords étincelants. Il allait venir me chercher, j’en étais certain. Pour se venger… me tuer… qui sait, m’enterrer vivant ? Qu’on en finisse !
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