Le silence qui suivit ma phrase ne fut pas une absence de bruit, mais une défaillance de la réalité. C’était comme si j’avais brisé un vase inestimable au milieu d’une galerie d’art et que tout le monde attendait de voir si le sol allait s’ouvrir sous mes pieds. Ma propre voix résonnait encore dans mes oreilles, plus assurée que je ne l’aurais cru. « C’est votre oncle qui m’intéresse, Gabriel. » Je ne cillai pas. Je restai figée dans ma posture de porcelaine, le menton levé, défiant le vide. À ma gauche, le Baron Von Essen s’étouffa avec sa gorgée de vin. Le bruit de sa toux grasse fut le premier craquement dans l’armure de cette soirée. Il reposa son verre si brusquement que le liquide pourpre éclaboussa la nappe d’un blanc immaculé, créant une tache qui s’étendait comme une blessure


