Le trajet vers le manoir fut une procession funèbre dont j'étais le cadavre encore chaud. À l’intérieur de la voiture de sécurité, l’air était chargé d’une odeur de cuir froid et de détergent chimique qui me soulevait le cœur. Je restais prostrée sur la banquette, mes mains crispées sur les lambeaux de ma jupe de soie. Les deux gardes à l’avant ne m’adressaient pas un regard, leurs nuques raides et immobiles comme des blocs de granit. Le silence était seulement rompu par le ronronnement sourd du moteur et le cliquetis régulier des pneus sur l'asphalte, un son qui résonnait dans mon crâne comme un compte à rebours vers l'oubli. Je regardais par la vitre teintée. La ville défilait, floue, méconnaissable. Les lumières des réverbères commençaient à s'allumer, projetant des éclats orangés qui


