CHAPITRE 2

1022 Mots
Les trois petits points n’apparaissent pas. Il ne répond pas. Mon cœur se serre. Je n’aurais jamais dû envoyer ce message. Il va me prendre pour une folle. Je suis une parfaite idiote. Je verrouille l’écran de mon téléphone et me mets à taper frénétiquement du pied pour me calmer. Pendant ce temps, le chauffeur tente tant bien que mal de faire la conversation. Je réponds par politesse… mais sa voix reste pour moi un simple bruit de fond, comme un insecte agaçant qui perturbe ma paix. — Vous sentez bon, dit-il soudain. — Merci. Au moins, ça le rassure. Je n’avais aucune envie de sentir le tabac froid et le vin bon marché pour un premier rendez-vous. La voiture ralentit. — Vous êtes arrivée, dit-il. Il siffle d’admiration en regardant la maison devant nous. — La classe… C’est chez vous ? — Non… non. Je bafouille presque. — C’est chez un ami. Je sors rapidement de la voiture pour échapper à la conversation. Beaucoup trop intrusive à mon goût. Une fois dehors, je prends une grande inspiration. Oui… c’est vrai que c’est beau. Je n’ai même pas pensé à lui demander son âge. Il a peut-être trente ans… Peut-être vit-il encore chez ses parents ? L’idée de rencontrer les parents d’un rendez-vous Tinder me fait pâlir. Je secoue la tête pour me reprendre. Je lui envoie un message ? Ou je l’appelle ? Je n’ai même pas le temps de sortir mon téléphone qu’une silhouette masculine apparaît un peu plus loin. Il lève la main pour me saluer. — Emmmma ? Il se rapproche. Je lui fais timidement la bise. Et en effet… son profil ne lui rendait pas justice. Grand. Très grand. En même temps, ce n’est pas difficile d’être plus grand que moi avec mon mètre soixante. Il a de grands yeux noisette, une chevelure épaisse un peu désordonnée et un sourire parfaitement aligné. Et il est bien bâti. Je suis soulagée. Presque contente. Il me regarde avec un grand sourire. Il semble totalement à l’aise. Moi… beaucoup moins. Que pense-t-il de moi ? — Tu es sublime. Je cligne des yeux. Il lit dans ma tête ou quoi ? — Merci… je te retourne le compliment. — Bienvenue chez moi. Nous avançons dans une longue entrée bordée de fleurs. De petites lumières jonchent le sol et éclairent le chemin. C’est magnifique. Même de nuit. Je suis à la fois éblouie par la beauté de mon hôte… et par la demeure qui se dresse devant moi. Je me rends compte que j’ai la bouche légèrement ouverte. Je lâche un petit soupir avant de sourire. — Chez toi… ou chez tes parents ? dis-je d’un ton sarcastique. Il fronce les sourcils, lève les yeux au ciel, puis finit par sourire. — Chez moi… et Cécile. — Cécile ? Je le regarde avec suspicion. — Tu m’avais dit que tu étais célibataire. Je ne veux pas d’histoires. Je ne peux pas flirter avec un homme qui a déjà une femme, et les plans bizarres ne m’intéressent pas. — Je… — Wow. Il éclate de rire. — Calme-toi. Je vais te présenter Cécile. Nous montons les grandes marches de l’entrée. Il pousse une lourde porte noire. Je me retrouve dans une maison incroyable. Le hall d’entrée est presque plus grand que mon appartement. — Cécile ! Je suis rentré ! Je regarde autour de moi. Personne. — Cécile, tu viens ? J’entends soudain des pas rapides claquer sur le carrelage… suivis d’une respiration joyeuse. Et je me retrouve face à… Un petit corgi. Une adorable chienne qui saute sur son maître en remuant frénétiquement la queue. — Emma, je te présente la seule et unique femme de ma vie : Cécile. — Ma chienne de cinq ans.J’éclate de rire. Je me sens bête. Cécile est une chienne. Je sens le regard de mon hôte posé sur moi pendant que je ris. Quand je relève la tête, il s’est rapproché. — Tu veux que je t’enlève ta veste ? Il fait un peu chaud ici. J’accepte en hochant la tête. Il se tient très près de moi maintenant. Et il sent… divinement bon. Une odeur propre, élégante, presque troublante. Le genre d’odeur qui donne immédiatement l’impression d’un homme sûr de lui… et un peu aisé. Il retire doucement ma veste et l’accroche au porte-manteau de l’entrée. Je prends une respiration discrète pour essayer de me détendre. — Je te fais visiter, madame ? Je laisse échapper un petit gloussement. Madame ? Moi ? Je secoue la tête avec un sourire. — Oui, monsieur. Je regarde autour de moi pendant qu’il avance. Le sol est en marbre clair. Nous arrivons dans une grande pièce à vivre magnifiquement décorée, dans des tons beige et bois. Une immense cuisine américaine occupe tout un pan du mur, entièrement équipée. — Tu cuisines ? je lui demande. — Oui… parfois. Mais je ne suis pas chef. — Dommage avec une cuisine pareille. Il sourit. — Et toi, tu cuisines ? — Oui, je me débrouille. Et plutôt pas mal. — Tu me montreras ça ? Je hausse légèrement les épaules. — Un jour peut-être. Je sais très bien qu’après ce soir il supprimera probablement mon numéro. Je doute même qu’il pense à me recontacter. — Un jour, c’est certain, répond-il tranquillement. Je souris par politesse. Il me montre ensuite les différentes pièces. Elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Puis nous arrivons devant sa chambre. Un immense lit beige capitonné trône au centre de la pièce. La décoration est digne d’une chambre d’hôtel haut de gamme. L’espace d’une seconde, j’ai une envie ridicule : sauter sur le lit comme une enfant. Mais je me ressaisis immédiatement. — On redescend ? demande-t-il. — Oui. Nous revenons au salon. Il m’observe quelques secondes avant de parler. — Je te sens stressée. Je te sers un verre ? — Euh… oui. De toute façon, je ne travaille pas demain. — Alors… j’ai du Nuits-Saint-Georges, Maison Lafite… Je l’interromps rapidement. — Je prendrais juste un verre de vin rouge. Je déteste le vin rouge. Mais je dois paraître adulte.
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