CHAPITRE 5

1134 Mots
J’enlève ma robe qui colle à mon corps. Je retire mes collants que je laisse tomber dans le salon. J’allume la télévision pour avoir un fond sonore. Un reportage sur les dérives de la drogue dans le sud de la France passe. Je ne regarde même pas vraiment. J’ai juste besoin de ne pas entendre le bruit du silence. Je me démaquille lentement. Dans le miroir, ma peau me semble terne. Seul le grain de beauté au-dessus de ma lèvre embellit un peu mon visage. Je fais un chignon grossier et passe sous la douche sans grande envie. L’eau chaude coule sur ma peau. J’aurais presque envie de garder l’odeur de Lysandre sur moi. Mais à quoi bon s’attacher à quelqu’un que je ne reverrai probablement jamais ? Je coupe l’eau. En sortant de la douche, je regarde mon téléphone. Toujours aucun message. Je regarde l’heure. 3 h 45. Je m’installe devant la télévision encore allumée et, bercée par les voix du reportage, je finis par m’endormir sans trop de difficulté. Le lendemain matin, mon téléphone sonne. Je me redresse péniblement. Je me suis endormie devant la télévision. Les images du reportage tournent encore en silence. Je regarde immédiatement l’écran de mon téléphone, espérant voir le nom de Lysandre s’afficher. Maman. Ah oui… J’ai oublié de la rappeler hier. Je décroche. — Allô maman… Ma voix est encore enrouée. — Allô Emma, tu as fait la fête ou quoi ? Ma mère est une sorcière. Elle sait toujours tout, j’en ai l’impression. Je bafouille. — Non… pas du tout. — Mouais… Elle ne me croit pas, mais elle a visiblement très envie d’en venir au sujet qui l’intéresse. — Tu te rappelles qu’hier je t’ai parlé du fils de mon amie ? — Oui… Je réponds avec hésitation. — Bon. Alors tu serais disponible demain pour faire un tour avec lui ? Finalement il connaît bien Paris, mais il ne connaît pas grand monde. — Maman… je… — Allez Emma. — Maman, je n’ai pas envie. — Tu te rappelles du sac Coach que tu voulais absolument ? Je pouffe de rire. — C’est du chantage, mère. — Il faut ce qu’il faut. Je soupire. — Bon… d’accord. Mais seulement pour le sac. — Parfait. Il t’appellera dans la journée. — Je t’aime. — Oui, moi aussi. Je raccroche. Ma mère est quand même un sacré phénomène. Mais au fond, ça me fera peut-être une distraction. La soirée d’hier m’a donné envie de sortir un peu de ma tanière. Peut-être aller boire un café quelque part. J’enfile un jean boyfriend un peu trop grand, un petit haut blanc et ma veste. Avant de sortir, je jette un dernier regard à mon téléphone. Toujours aucun message de Lysandre. Je me sens un peu ridicule d’être déçue. Je décide de sortir sans mon téléphone afin de profiter de cette journée un peu ensoleillée. Je prends simplement ma carte bleue et mes clés. En fermant mon sac, je me surprends à penser à l’odeur et au sourire parfait de Lysandre. Allez ma vieille… Il s’est bien amusé, il t’a servi sa petite sérénade et basta. Je claque la porte derrière moi. À peine dans le couloir, j’entends mon téléphone vibrer dans l’appartement. Ça doit encore être ma mère et ses tentatives désespérées pour que je rencontre le fils d’un de ses amis. Je m’empresse de descendre les escaliers. Il y a un petit café sympa pas très loin de chez moi. J’ai pris un bouquin — Les Amants maudits de Michel Peyramaure — et mon paquet de Vogue bleu. M’asseoir en terrasse, savourer un bon café crème et lire l’histoire tragique d’un amour impossible me semble soudain une idée fabuleuse. Je m’installe à la terrasse. Il n’y a presque personne. Je commande mon café. Mais je n’arrive pas à lire. Mes pensées dérivent. Je repense aux mains douces de Lysandre, à son odeur. Il me hante. Je secoue la tête et essaie de me replonger dans mon livre. Une page. Puis deux. Mais je relis les mêmes lignes sans vraiment les comprendre. Au bout d’une heure et trois cafés — dont un décaféiné — je referme le livre avec un soupir. Je décide finalement de rentrer chez moi. En rentrant à la maison, j’enlève mon jean pour être à l’aise. Je garde simplement mon t-shirt et ma petite culotte en dentelle rouge que j’aime tant. Je m’affale sur le canapé et regarde enfin mon téléphone. Deux messages et cinq appels manqués. Lysandre. Et un appel d’un numéro inconnu. Je fronce les sourcils et ouvre les messages. Lysandre : Bonjour Emma jolie, je t’ai répondu hier mais je n’ai pas vu que le message ne s’était pas envoyé. Ma douce Emma… Un second message. Lysandre : Nous nous voyons toujours aujourd’hui, Emma ? Je fixe l’écran quelques secondes. Je décide d’attendre avant de lui répondre. Je rappelle plutôt le numéro inconnu. — Bonjour, vous avez cherché à me contacter ? — Oui bonjour… je suis Paul. Mon père a insisté pour que je rencontre Emma, la fille de son amie. Je souris malgré moi. — Ah… c’est donc toi le fameux. Il laisse échapper un petit rire gêné. — Oui… pour faire plaisir à nos parents respectifs, je te propose un rendez-vous au Le Bisou demain à 18 heures. J’hésite une seconde. Puis je me résigne. — Oui… d’accord. Demain. — Super. À demain. Je raccroche aussitôt, un peu blasée. Ces méthodes archaïques de rencontres arrangées me semblent complètement absurdes. Je soupire. Bon. Au tour de Lysandre. Je décide de l’appeler. Le téléphone sonne à peine qu’il décroche. — Emma… enfin. J’ai cru que tu étais en colère contre moi. — En colère ? Pour quelle raison ? — Ma réponse tardive. C’est vrai… mais je réponds d’un ton détaché : — Je ne m’attendais pas à une réponse, tu sais. Il laisse échapper un petit rire, comme s’il savait parfaitement que je mens. — Emma… Emma… Emma… Sa voix glisse presque comme une caresse. — C’est toujours bon pour ce soir ? — Tu es toujours aussi… ? — Aussi ? — Laisse tomber. Oui, c’est toujours bon. — Alors donne-moi ton adresse. Je viens te chercher. — On peut se rejoindre quelque part. — Non. J’insiste. Je soupire. — 131 rue Gambetta, Paris 20. — Parfait. À tout à l’heure. Il marque une pause. — Je serai là à 20 heures. N’oublie pas qu’on passe la soirée ensemble. Je reste silencieuse une seconde. Merde. J’avais complètement oublié. — Ah… c’est décidé ? Je n’ai pas mon mot à dire ? Il éclate de rire. — Non, Emma jolie. J’ai décidé. Et bizarrement… Ce côté entreprenant me plaît. Il me fascine. Avec lui, j’ai l’impression d’être un petit être fragile dont il prend soin. Et j’adore ça.
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