CHAPITRE 8

1359 Mots
Je m’installe côté passager dans la voiture. L’odeur délicate du cuir et celle de Lysandre emplissent mes poumons. — Tu es prête pour une soirée inoubliable ? — Inoubliable ? — Oui, ma belle. Je souris et m’enfonce un peu plus dans mon siège, mais Lysandre me tire de ma rêverie : — Mets ta ceinture, Emma. Son ton autoritaire me surprend. — Euh… oui. Il me regarde, les yeux brillants, comme si ma voix l’avait adouci, et dit d’une voix plus douce : — Je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose… — Que veux-tu qu’il m’arrive ? — Le danger est partout… Je m’enfonce, perplexe, dans mon fauteuil. Un silence maladroit s’installe, mais Lysandre se reprend : — Je sais que tu as du mal à comprendre pourquoi je dis ça… J’ai perdu ma mère et mon frère il y a quelques années dans un accident de voiture. Depuis, je fais très attention. J’ai aussi perdu ma sœur suite à un accident domestique. Alors je protège les gens que j’apprécie. Je ne sais pas quoi répondre face à de telles confidences. Je savais qu’il cachait des choses, mais pas autant de tristesse. Je n’arrive pas à parler. Je le regarde ; il regarde la route, impassible. Comme s’il venait de me dire que le ciel est bleu. Je pose doucement ma main sur sa cuisse, pour lui dire que je suis là. Il retire sa main droite du volant et la pose sur la mienne. La douceur de sa peau me fait frémir. J’ai envie de l’embrasser. Il finit par me regarder au feu rouge. Je lui souris ; il fait de même. — Tu es belle, Emma. Je glousse doucement. C’est vraiment la première fois qu’un homme semble autant fasciné par moi. — Merci… et où allons-nous ? — En Bretagne. Je hurle intérieurement. — EN BRETAGNE ? Mais tu t’es demandé si j’avais quelque chose à faire demain ? — Avais-tu quelque chose à faire demain ? — Non… enfin, oui… enfin, je devais faire un truc pour ma mère. — Et le truc ne peut pas attendre ? — Euh… si… Je ne sais pas comment lui expliquer que ma mère a tellement peur que je finisse vieille fille qu’elle a décidé de s’improviser entremetteuse. Sur la route, je regarde les paysages défiler. Les lumières de la ville disparaissent peu à peu, remplacées par l’obscurité et quelques lampadaires éparpillés. Je me sens étrangement apaisée. Le bruit du moteur, la musique en fond, la présence de Lysandre… tout semble suspendu. Mais la petite voix dans ma tête ne me quitte pas : qu’est-ce qu’il me veut, au juste ? Pourquoi est-il si gentil avec moi ? C’est déroutant. Presque trop beau pour être vrai. Je tourne légèrement la tête vers lui. Ses mains sur le volant, son profil éclairé par les lumières de la route… Il est tellement… Je soupire intérieurement. Tellement attirant. Et puis il me sort de mon quotidien morose. Je m’enfonce dans le cuir de sa voiture, la musique en fond sonore. La main de Lysandre se pose doucement sur ma cuisse. Je me tourne vers lui ; il me jette un bref regard. Mes doutes se dissipent. Puis, d’un coup, Lysandre se met à chantonner l’air qui passe. C’est impressionnant… même sa voix est incroyable. Est-il parfait ? Mon téléphone sonne et me sort de ma rêverie. Je me précipite pour couper le son, mais je vois s’afficher : MAMAN. Et merde. Je regarde l’écran, MAMAN, et je soupire. Lysandre jette un coup d’œil discret vers moi. — Tout va bien, Emma ? — Oui… juste ma mère, je… je ne voulais pas répondre maintenant. Il hoche la tête, compréhensif, et je sens ma gêne fondre un peu. Je range mon téléphone, le silence s’installe. Seule la route et sa voix qui chante doucement. C’est presque irréel, ce calme… mais agréable. — Tu aimes les voyages surprises ? demande-t-il, brisant le silence. — Pas vraiment… mais… celui-ci, je ne sais pas… j’ai l’impression que je devrais te faire confiance. Il me regarde un instant, son regard intense me déstabilise. — Alors fais-le, Emma jolie. Laisse-toi surprendre. Je souris, malgré moi. Le temps semble s’étirer alors que la ville disparaît derrière nous et que les paysages deviennent verts et vallonnés. Chaque virage, chaque arbre, chaque ombre semble plus vivant que tout ce que j’ai pu voir depuis des mois. Sa main sur ma cuisse reste posée, légère mais présente. Je ne veux pas la retirer… mais je me retiens de bouger davantage. Je sens que ce simple contact est dangereux pour mon cœur. — Tu chantes bien… dis-je finalement, presque timidement. — Ah ? juste pour toi, Emma, répond-il avec un clin d’œil. Je pouffe doucement, embarrassée. — Je… je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui me fasse autant rire et… me rende curieuse à la fois. — C’est un talent rare, je sais, dit-il avec un sourire en coin. Je détourne le regard vers la fenêtre, laissant défiler les champs, les petits villages bretons éclairés par les lampadaires. Mon esprit vacille entre excitation et appréhension. Pourquoi est-ce que je me sens à la fois si légère et si… fragile à ses côtés ? Soudain, il se penche légèrement vers moi. — Emma… je sais que tout va très vite, mais je veux que tu saches… je ne suis pas du genre à faire des promesses en l’air. Je veux que ce moment avec toi compte. Je sens mon cœur s’emballer. — Je… je ne sais pas quoi dire, murmuré-je. — Ne dis rien, juste reste avec moi. Profite. La route continue, les kilomètres défilent. Je sens que ce voyage… ce road-trip vers la Bretagne… ne sera pas seulement une escapade. Ce sera un tournant. Un tournant… mais je ne sais pas lequel. Tout va trop vite. Beaucoup trop vite. Mais finalement… j’aime ça. — Nous sommes arrivés, Emma jolie, s’écrie Lysandre. Je relève la tête. Et je vois. Un domaine magnifique. Immense. Élégant. Presque irréel. Les lumières dorées habillent la façade de pierre, les arbres parfaitement taillés bordent l’entrée. Tout respire le luxe… et quelque chose d’un peu intimidant. — Bienvenue au domaine de Liziec, jolie cœur. Je souris, un peu piquante : — Aaaah… c’est ici que tu emmènes tous tes jolis cœurs ? Il fronce légèrement les sourcils. Son regard change. Plus dur. Plus… sérieux. — Tu es la première. Et la seule, jolie cœur. Son ton est ferme. Sans hésitation. Je rougis. Je sors de la voiture sans répondre, mais en refermant la portière, je remarque son sourire satisfait. Je me dirige vers le coffre pour prendre mes affaires, mais Lysandre me retient doucement par le poignet. — Le portier s’en occupera. Je hoche la tête, essayant de ne pas paraître impressionnée. Ce monde-là… ce n’est pas le mien. On entre dans le hall. Tout est grand. Trop grand. Marbre, lustres, silence feutré… Je me sens minuscule. Une jeune femme brune, au carré parfait, nous accueille avec un sourire trop parfait pour être honnête. — Bonjour monsieur, madame, dit-elle d’une voix presque mécanique. Une vraie publicité vivante. Je croise le regard de Lysandre. On a envie de rire. Mais on se retient. — Bonjour, j’ai une réservation au nom de Marcel. Elle tape rapidement sur son clavier. — Oui ! s’exclame-t-elle. Lysandre Marcel, c’est bien vous ? — Oui. — Deux suites de luxe communicantes. Mon cœur rate un battement. Je tourne lentement la tête vers lui. Deux suites ? Pourquoi deux suites ? Je veux parler… mais aucun mot ne sort. Lysandre serre doucement ma main. Un geste discret. Mais clair. J’ai compris. On en parlera plus tard. Je ravale mes questions. Mais dans ma tête… tout s’embrouille. Pourquoi deux chambres ? Pourquoi autant de distance… alors que tout, depuis le début, nous rapproche ? Ou alors… Est-ce que justement, il contrôle tout ? Je sens un mélange étrange monter en moi. Du soulagement. De la frustration. Et une curiosité encore plus forte. Je le regarde du coin de l’œil. Lysandre. Cet homme est un mystère. Et je sens que je viens tout juste d’entrer dans son monde.
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