Chapitre 7

1345 Mots
Milo grogne en fronçant les sourcils. — Dis-moi pas que tu changes d’avis à propos de ma sœur. Sérieusement, je gérerais pas. Elle est beaucoup trop pure pour toi. — Calme-toi, répondis-je en haussant les épaules. Je n’ai rien en tête. Mais faut reconnaître un truc : elle est vraiment belle. Et elle fait tout pour que ça ne se voie pas. Il lève les yeux au ciel, agacé, pendant qu’on récupère nos plateaux et qu’on s’installe tout au fond de la terrasse. L’air est encore doux, autant en profiter avant que l’automne s’installe pour de bon. — Et toi alors ? intervient Daley en mâchant bruyamment. C’est quoi ton plan avec Solange ? Ce soir, y a le feu de camp. Je souris, sûr de moi. — Je gère. Ce qui me dérange surtout, c’est qu’aucun de nous n’ait remarqué que Sky était dans nos classes. Même Milo n’était pas au courant. On passe le reste du repas à tenter de comprendre comment elle avait pu nous échapper. En sciences comme en histoire, j’ai essayé plusieurs fois d’accrocher son regard, mais elle était plongée dans son cahier. Soit elle est ultra concentrée, soit elle m’évite volontairement. J’espérais que Solange me serve de passerelle, mais à ce rythme-là, il va falloir improviser. En sortant, je tombe justement sur Sydney et Solange, en pleine discussion avec trois personnes qu’on évite tous. On échange un regard dépité. Pourtant, je n’ai pas le choix : si je veux parler à Solange avant ce soir, c’est maintenant. Je prends une grande inspiration et je m’avance vers elles. Derrière moi, les autres suivent à reculons, comme si on marchait vers un peloton d’exécution. — Salut ! Évidemment, c’est Kyria qui nous repère en premier. J’en mettrais ma main à couper : cette fille a un sixième sens dès qu’on approche. On pousse tous un soupir en rejoignant le groupe. Je ne sais pas de quoi elles parlaient, mais l’ambiance est tendue. Sydney a l’air mal à l’aise, Solange masque difficilement son irritation. Impossible de savoir si elle est agacée par Kyria ou par notre arrivée. Je décide de ne pas entrer dans le jeu de la pseudo-reine et me concentre sur Solange. — Pas facile de te cerner, dis-je. Enchanté, Solange. Silas. Et là, c’est Dylanne, Daley, Milo et Orion. Je les désigne d’un geste. Elle me répond avec un sourire qui me coupe net toute répartie. — Attends… tu es le Silas de Delta Kyle ? Celui dont Sydney a explosé le record ce matin ? Je suis foutu. Avec ce sourire-là, elle pourrait me demander n’importe quoi. — Ravi, dis-je en tentant de rester cool. Vous avez assuré ce matin. Sydney, je ne savais pas que tu étais aussi redoutable. Tu gardais ça caché depuis longtemps ? Sydney semble ailleurs, comme si elle n’avait pas entendu. Solange lui donne un léger coup de coude. — Quoi ? Oh… désolée. Ses joues se colorent aussitôt. Et moi, idiot, je remarque que ce rose lui va parfaitement. Mauvais signe. Je ferais mieux de garder mes distances. — On a hâte de revoir ça en entraînement avancé, ajoute Dylanne avec un sourire charmeur. Peut-être que tu pourrais nous filer deux ou trois conseils. Silas doit encore améliorer son temps. Daley éclate de rire en me tapant l’épaule. Sydney acquiesce timidement. C’est étrange de la voir aussi réservée alors qu’on a grandi ensemble. Un rire trop aigu résonne derrière nous. Kyria. Elle s’est rapprochée et pose la main sur le torse de Dylanne, faussement enjôleuse. — Vous êtes trop drôles. Silas fait partie des meilleurs. Je suis sûre qu’il pourrait réussir ce mouvement sans effort. Son père a juste voulu être indulgent avec Solange et Sydney. Personne ne lui a demandé son avis. Sérieusement, comment peut-on être aussi incapable de sentir quand on dérange ? Dylanne recule, visiblement mal à l’aise, mais elle continue de lui effleurer le bras. Solange, elle, prend le contre-pied avec un sourire provocateur. — Peut-être que Silas devrait retourner aux bases. On pourrait le renvoyer s’entraîner avec les plus jeunes, non ? Daley explose de rire, Milo suit, Solange aussi. Même Sydney finit par rire doucement, et Orion esquisse un sourire. J’ai l’impression fugace d’avoir fissuré son masque. — Ton ami Silas, j’adore le taquiner, dit Solange en tapotant mon bras. Mon cœur manque un battement. — Sydney m’a promis de manger, poursuit-elle. On allait y aller. Si vous voulez bien nous laisser passer. Elle nous contourne avec assurance. On s’écarte aussitôt, dociles. Je la regarde s’éloigner, l’esprit ailleurs, partagé entre fascination et pensées peu glorieuses, jusqu’à ce que Daley me tape sur l’épaule. — Bien joué. T’as saisi ta chance. — Hein ? Je n’avais toujours pas décroché d’elle. Orion se penche vers moi. — Elle part. Sans que tu l’aies invitée. — Quoi ? Attends ! Je me mets à courir, sous les rires des gars. — On verra bien qui rira le dernier ! Je ralentis, reprends mon souffle et lance : — Au fait… vous venez au feu de camp ce soir ? J’essaie d’avoir l’air détendu, mais mon cœur cogne encore. Point de vue de Sydney — Quel feu de camp ? demande Solange, un sourcil levé. Je hausse les épaules. — Je ne sors pas. Je ne fréquente personne. Les fêtes, les traditions… j’y prête pas attention. Ma voix est plus sèche que je ne l’aurais voulu. Je baisse les yeux, gênée. Quand je les relève, je me dis qu’elle finira par comprendre. Comme les autres. Silas rit, pensant alléger l’atmosphère, puis s’arrête en voyant que je reste sérieuse. Il prend un ton plus calme. — C’est une habitude ici. Le week-end après la première semaine complète de cours, on fait un feu de camp. Rien de fou. Juste une soirée dans la clairière derrière la station. Vous devriez venir. Il regarde Solange avec un air presque suppliant. — Évidemment, répond-elle aussitôt. On ne va pas casser une tradition. Il faut une tenue spéciale ? Elle lui sourit naturellement. Je comprends alors ce qu’on appelle le charme. Elle en déborde. Silas semble se perdre une seconde, puis reprend. — Venez comme vous êtes, mais prenez quelque chose de chaud. Le soir, l’air tombe vite dans la vallée. — À quelle heure ? demandé-je. — On commence à préparer dans l’après-midi. Le feu sera allumé vers neuf heures. Passez quand vous voulez. Son regard retourne vers Solange. Il est déjà pris. Je les observe en silence. Il ne s’en rend pas compte, mais elle l’a déjà happé. — À plus tard, Silas, dit-elle avant de monter dans la voiture. Je m’installe à côté d’elle. Dès qu’on ferme les portières, elle lâche : — Bon, je voulais juste nous sortir de ce nid à commérages et de la clique des beaux gosses… mais maintenant, j’ai faim. Tu connais un bon endroit pour manger ? — La clique des beaux gosses ? Tu exagères, dis-je en secouant la tête. Elle rit et démarre. Je finis par rire aussi et lui indique la route. On mange, puis on rentre. Sa maison est à deux rues de la mienne. Plus tard, dans sa chambre, je m’assois sur le lit pendant qu’elle fouille dans son placard. — Je ne savais pas que ton oncle et ta tante faisaient partie des combattants principaux. Ça explique ton niveau, dis-je timidement. Et… je ne t’ai même pas demandé comment tu allais aujourd’hui. Désolée. — C’est rien. On aura le temps. Mais reprenons ce que tu as dit tout à l’heure. Elle se tourne vers moi, bras croisés. — « Je ne fais pas la fête parce que je n’ai pas d’amis ». Tu dis ça comme si c’était normal. Explique-moi. Je grimace. — C’est juste vrai. Je n’ai pas d’amis. Je ne vais pas aux soirées. Les gens m’évitent. Toi, tu es la première à me parler plus de cinq minutes sans raison scolaire ou sportive. Je hausse les épaules. En le disant, je réalise que ça ne me fait plus mal. Comme si, à force, je m’y étais habituée.
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