Chapitre 5 — Le Frisson de l’Interdit
Mirabelle
Son regard me consumait. J’avais l’impression qu’il voyait à travers moi, qu’il perçait mes défenses les plus secrètes. Tout en moi criait de fuir mais mon cœur, lui, voulait rester. J’avais trop attendu, trop souffert. Ma vie m’échappait depuis des mois, et je refusais qu’un vieillard comme Léon soit le premier à me prendre ce que j’avais de plus intime. Non, cette nuit, ce serait James. Lui seul.
— Tu veux toujours, Mirabelle ? demanda-t-il d’une voix basse, ses lèvres étirées en un sourire en coin.
Mon souffle s’accéléra. Ses mots résonnaient comme une promesse et une menace à la fois.
— Oui… Mais fais doucement. Je suis encore vierge… et je veux que ce soit toi, pas ce vieillard.
Rien qu’en prononçant ces mots, une chaleur étrange me parcourut, comme si j’avais brisé une barrière invisible. Mon cœur battait si fort que j’avais peur qu’il l’entende. Quand il avança vers moi, je levai une main tremblante, comme pour retenir encore une seconde l’inévitable.
— Tu ne pourras pas me prendre tant que je n’aurai pas connu le plaisir, soufflai-je, presque dans un défi.
Un éclat de malice passa dans ses yeux.
— S’il n’y a que ça pour te convaincre, ma jolie…
Ses mains glissèrent sur ma taille avec une assurance qui me fit frissonner, et mon dos heurta doucement le meuble derrière moi. Il se pencha, ses lèvres effleurant ma gorge, descendant lentement vers ma poitrine. Chaque contact envoyait des étincelles courir le long de ma peau. Je fermai les yeux, partagée entre une peur viscérale et une excitation brûlante.
Pourquoi étais-je aussi effrayée ? Peut-être parce que, pour la première fois, je m’abandonnais vraiment.
Puis ses doigts osèrent franchir la frontière interdite. Mon corps réagit malgré moi : un sursaut, un souffle haché. James s’arrêta aussitôt, ses yeux ancrés dans les miens, attentif au moindre signe.
— Si tu veux reculer, c’est maintenant, murmura-t-il.
Il me donnait encore le choix. Mais je savais que je ne voulais plus reculer.
— Montre-moi plutôt ce que tu sais faire, répondis-je dans un souffle, un peu trop vite.
Un sourire en coin étira ses lèvres, et son toucher se fit plus précis. Mes jambes commencèrent à trembler, et je dus m’accrocher à son épaule pour ne pas vaciller. Chaque caresse m’ouvrait à un monde que je n’avais jamais connu. J’essayai de contenir mes réactions, mais un soupir, un gémissement discret m’échappèrent malgré moi.
— C’est ça que tu veux ? souffla-t-il à mon oreille.
— Oui…
— Tu aimes ça, Mirabelle ?
Sa voix, grave et taquine, résonna en moi plus fort que ses gestes. Mes lèvres s’entrouvrirent, et cette fois je n’eus pas la force de mentir.
— Oui…
Le plaisir monta en moi comme une vague, rapide, incontrôlable. Je m’agrippai à lui, mes ongles s’enfonçant dans son épaule. J’essayai de retenir le cri qui montait, mais quand la vague m’engloutit, je ne pus l’empêcher. Mon corps tout entier se cambra, ma respiration se brisa, et je me perdis dans un vertige nouveau.
Quand enfin je retombai, haletante, James me regardait avec intensité. Ses doigts glissèrent encore une seconde sur moi, comme pour prolonger l’instant. Puis il se pencha et murmura :
— Voilà… Tu vois ? Avec moi, ce ne sera jamais comme avec lui.
Je laissai ma tête tomber contre son torse, les joues brûlantes, encore secouée par l’orage intérieur.
— C’était… tellement doux, soufflai-je. Tu peux tout faire de moi, James.
Il rit doucement, une chaleur dans sa voix qui me fit frissonner encore. Mais au lieu de se presser, il recula légèrement.
— Attends-moi… Je reviens.
Mon corps tremblait encore, et pourtant l’idée qu’il s’éloigne m’arracha un pincement étrange. Quelques instants plus tard, il revint, son regard brillant d’un éclat plus intense encore. Il me tendit la main, sérieux cette fois.
— Allons dans la chambre. Là, je pourrai vraiment t’avoir pour moi.
Je le regardai, incapable de parler. Tout en moi voulait dire oui, voulait s’abandonner. Je hochai simplement la tête, docile. Mes jambes peinaient à me porter, mais mon cœur, lui, battait avec une certitude inébranlable : cette nuit marquerait le vrai commencement de ma liberté.