Runa
J'étais assise au milieu de la clairière et complètement nue. Les douleurs s'intensifiaient. Je serrais les dents. À un moment donné, je hurlais. C'était comme si on me brisait les os en les étirant jusqu'à ce qu'ils se cassent et ensuite comme si on les resoudaient à chaud. Cela brûlait atrocement. Je hurlais encore plus fort et me tordais de douleur allongée dans la clairière. Soudain, je vis les griffes, les poils, les pattes et je sentis mes canines ressortirent ainsi que mes sens s'aiguiser. J'étais un loup, une louve plutôt. Je boitais, mes blessures humaines étaient très douloureuses même sous la forme de loup. Tina s'approcha de moi avec un miroir. Elle me regarda et je baissais la tête pour lui signifier qu'elle pouvait me montrer. Je me regardais stupéfaite. J'avais une fourrure beige clair qui paraissait dorée de partout avec quelques reflets gris voire argentés. Lya, Elena et Hervé s'étaient approchés.
- Je n'ai jamais vu un tel loup.
- Peut-on te toucher ?
- Te caresser ?
Je baissais la tête calmement. Tina s'approcha avec son téléphone.
- Es-tu toujours d'accord pour que je te prenne en photo ? Ça te fera un magnifique souvenir.
Je la laissa faire. D'un seul coup, une fatigue incroyable m'engourdit. Tout ce que je sentais était odeur de muguet et de pin. Je m'effondrais par terre. Je me souviens vaguement de Lya et Elena m'habillant et d'Hervé me portant jusqu'à la maison. Je me rappelle l'odeur de muguet et de pin et des bras forts mais doux m'enveloppant. J'ai dormi comme un bébé ce soir-là.
Angel
Je ressentis une immense fatigue d'un seul coup mais je n'avais pas l'impression qu'il s'agisse de mon corps. J'étais dans mon bureau avec Ken.
- Angel, comment vas-tu ?
- Bien, je crois.
- Tu n'as pas l'air bien d'un seul coup.
- Ce n'est pas moi.
- Serait-il arrivé quelque chose à Runa dans la clairière ?
- Je ne sais pas. Je ressens de la fatigue.
Soudainement, l'odeur de litchi et de violette se fit plus forte. Elle m'attirait. Je courus jusqu'au pas de la porte. Je vis Hervé portant ma compagne, elle est mienne. Pourquoi la porte-t-il ? Je me précipitais pour lui reprendre ce qui m'appartenait mais ma mère surgit devant moi.
- Laisse-le la monter dans sa chambre. Nous allons discuter une fois que tu te seras calmer.
Mes yeux ne lâchaient pas Runa, je voulais me jeter sur Hervé. Je savais que j'étais en train de perdre toute raison. Ma mère me secoua de plus en plus fort et elle finit par me gifler. Je la regardais incrédule, elle n'avait jamais levé la main sur moi, c'était la première fois. Je baissa les yeux et la suivis dans le salon après qu'elle ait dit au revoir à tout le monde. Je ne savais plus ce qui se passait autour de moi. Je vis Hervé partir. Cela m'apaisa. Une fois dans le salon, ma mère me fixa, en colère.
- Je n'ai rien fait.
- Non, mais tout ton corps et surtout ta tête criaient au meurtre lorsque tu l'as vue dans les bras de ce gentil garçon.
- Gentil ? Il portait MA compagne.
- Alors, as-tu changé d'avis sur le fait d'avoir une compagne ?
- Non !
- Tu n'as pas le droit de la revendiquer dans ce cas-là.
—Mais...
- Ça suffit ! Soit tu acceptes ta compagne soit tu joues l'indifférent. Tu ne peux pas la revendiquer et dire que tu ne veux pas de compagne la seconde suivante.
- Tu as raison.
Je sentais les larmes venir. Juste le fait de penser à ne pas la revendiquer m'était insupportable. Je ne savais pas ce que je devais faire.
- Elle ne voudra jamais de moi de toute manière.
- N'en sois pas si sûr mon ange. Elle a souffert pour plus d'une vie, elle n'a certainement plus envie de souffrir.
- J'espère que tu as raison.
- N'as-tu pas commencé à lui montrer un côté de toi que personne ne connaît ni même ne soupçonnait ?
- Je perds la tête.
- Non, tu ne perds pas la tête, tu tombes amoureux. C'est la première fois que ça t'arrive. Tu es dans l'inconnu et ça fait peur, d'autant plus que tu ne sais pas comment ta compagne pourrait réagir étant donné votre passé.
- J'ai peur constamment qu'elle me rejette et parte loin d'ici. Elle aurait parfaitement le droit de le faire.
- Je comprends. Je n'ose même pas imaginer si je n'avais pas ton père. Je serais probablement devenue folle.
- Je la veux, mais en même temps cela me terrifie d'avoir un amour unique. Si je n'étais pas bon pour elle, si je la faisais souffrir et si...
- Mon chéri, tu peux te poser des milliers de questions, ce n'est pas en toi que tu trouveras les réponses mais en elle.
- Comment lui demander si elle veut bien du seul homme qui l'ai faite souffrir toute sa vie ?
- Aurais-tu pensé un seul instant qu'elle pourrait être ta compagne ?
- Non, le destin a été bien cruel envers elle sur ce coup-là.
Elle s'approcha de moi, m'enlaça et me chuchota une chanson calme.
- Veux-tu que je te raconte sa transformation ?
- S'il te plait. As-tu pris une photo ? Je ne peux plus attendre de la voir sous forme de loup.
- Bien sûr que j'ai des photos.