Chapitre Trois [4/4]

1813 Mots
Les journées semblaient aller et venir, chacune a son rythme, sans que rien de nouveau ne vienne les perturber. Le dragon avait quitté le bureau de la demoiselle, préférant dormir dans le parc à la belle étoile malgré le fait qu'Évelyne lui avait fait préparer une chambre. Il restait cependant sur les terres du domaine, ayant pris en compte les mises en garde de l'héritière. Il refusait toutefois d'accepter toute sorte d'aides supplémentaires, allant jusqu'à chasser lui-même sa nourriture qu'il trouvait Seigneure sait où. Évelyne n'en faisait plus grand cas de toute façon, il refusait toujours ou presque de lui parler et elle remarquait bien que plus les jours passaient, plus il se renfrognait. Elle se donnait à fond pour avoir le fin mot de l'histoire et avait tenté aussi de le rassurer, mais rien a faire, il était intraitable. Pourtant elle n'en démordait pas et même s’il n'y touchait pas, elle lui amenait elle-même un panier rempli de victuaille. Au bout de huit jours, c'était un peu comme un rituel. Il fallait bien avouer qu'elle non plus ne comprenait pas pourquoi cela prenait autant de temps. Elle avait utilisé le télégramme justement pour éviter le long transport en bateau immuable aux courriers interrégional, mais Cyril Croner était resté muet face à sa demande ce qui l'étonnait grandement. Après tout ne l'avait-il pas invitée sur ses terres ? Cependant, se pourrait-il qu'il ait eu vent des rumeurs atroces qui vagabondaient à son sujet ? Elle était terrorisée à l'idée que cela eut un quelconque rapport avec cela et n'osait pas du tout aborder le sujet avec son non-ami le dragon. Non-ami qui refusait encore de se présenter à elle ! Vani s'était même énervé contre lui quand il avait clairement fait savoir qu'il n'avait nullement l'intention de lui dire, ne serait-ce que son prénom. Pour Veni c'était alors décidé, elle l'appellerait "L'animal" jusqu'à la fin ! Ces deux-là se montraient systématiquement hostiles l'un envers l'autre et c'était bien pour ça que c'était Evelyne qui amenait le repas journalier à son invité. - Tu es là ? osa-t-elle doucement. Son ancien patient s'était "installé" dans une clairière à l'extérieur des sentiers, peu loin d'un cours d'eau. Elle ne se leurrait pas cependant, il ne lui aurait jamais dit s’il ne souhaitait pas être tenu au courant régulièrement ! Elle soupira en récupérant le panier de la veille, intouché, et ne le vit nulle part. Après tout ce n'était peut-être pas plus mal, aujourd'hui encore elle n'avait aucune nouvelle... Parée à cette éventualité, elle laissa alors un simple mot sur le haut du panier, s'excusant comme elle le faisait tous les jours. - Toujours rien, hein ? Elle sursauta violemment, une main sur le coeur. Ce n'est qu'en levant les yeux, qu'elle l'aperçu, juché sur une branche, le regard tisonnier. Il prit le temps de déplier ses grandes ailes et de doucement planer vers elle, atterrissant sans un bruit. Évelyne eut un moment d'admiration total, le fixant sans un mot. Elle ne l'avait encore jamais vu voler jusqu'ici et il avait une tout autre allure à présent qu'il avait entretenu sa barbe. Elle trouva le spectacle magnifique, s'imaginant alors à quel point la sensation de liberté devait être grisante. Mais bien vite, elle fut rappelée à l'ordre. - Combien de temps ça va prendre encore ? Tu te fous de moi ? - Non, pas du tout, je suis vraiment désolée, je sais que cela prend du temps, mais je te promets que je fais ce que je peux. Fais-moi confiance ! - Arrête avec ça ! Faire confiance a un humain, tu es sérieuse ? Il n’y a rien d'autre qui vous intéresse que vous ! - Non, ce n'est pas vrai... je souhaite vraiment t'aider ! Nous trouverons ta soeur et vous retournerez vivre chez vous ! - Chez nous ? Mais tu sais ce qu'ils ont fait de chez nous ? Ces putains d'esclavagistes ? Ceux qui vous amènent des serviteurs par flotte ! Ils ont brulé nos maisons et les vieux du village. Tu sais ceux qui ne peuvent plus servir ! Vous, les humains, vous n'êtes bon qu'à une chose, la b***e et encore ! Il s'était tant approché de la demoiselle qu'elle avait fini par fermer les yeux d'anticipation, presque apeurée par l'idée qu'il puisse lever la main sur elle. Mais il n'en fit rien, se contentant d'un regard rempli d'animosité. - Dis-moi un truc l'humaine, tu penses que les elfes ont créé les sceaux pour réduire tout le monde à votre service ? Tu as déjà seulement réfléchi à ça ? Tu sais ce que ça fait d'être marqué comme du bétail là ? Vous nous regardez comme-ci nous étions des monstres, mais y a rien de pire a mes yeux qu'une misérable petite humaine bourge qui se prend pour Dieu ! Si tu le décidais demain tu pourrais m'ordonner de me foutre en l'air et après tu me demandes gentiment de te faire confiance ?! Tu es la dernière personne en qui je pourrais avoir confiance, alors ne revient pas tant que tu n'as rien d'intéressant à me chanter ! Bien sûr il sentait parfaitement l'odeur des larmes qui perlaient doucement derrière ses yeux clos, mais cela lui importait peu. Qu'elle saigne ou qu'elle pleure, rien dont il se préoccuperait. En cet instant, elle n'était rien d'autre qu'une humaine parmi tant d'autres. Les humains avaient la particularité d'être de bons parleurs et étaient tous de pures égoïstes incapables de pensée à autre chose que leur petite personne. Qui était elle pour venir lui réclamer des choses qui ne s'accordent qu'avec le temps ? Alors elle pouvait bien aller pleurnicher dans les bras de son précieux papa qu'il s'en fichait ! Il fallait qu'il se tire d'ici... C'était tout ce à quoi il pensait en la regardant partir doucement comme une automate. Elle n'avait rien ajouté et il savait qu'elle avait retenu ses larmes aussi longtemps que possible. Il ne l'avait alors plus revu pendant plusieurs jours, laissant alors la stupide petite fée lui apporter le panier-repas. Toute cette mascarade allait bien finir par s'arrêter ! Tout cela pour se donner bonne conscience... C'était si ridicule quand on retenait esclave des êtres vivants ! Le fier dragon n'avait alors que peu de solutions. Il devait impérativement arrêter de tout mettre sur le dos de l'humaine et s'assurer lui-même qu'elle agissait réellement. Si ce n'était pas le cas, il devait alors trouver une solution pour s'enfuir et partir sauver sa soeur lui-même. Pendant plusieurs jours alors il s'était perché tantôt sur l'appui de fenêtre de cette femme tantôt sur le balcon de sa chambre, écoutant aux portes sans l'ombre d'un remords. Il avait bien compris alors qu'elle était sérieuse et ne lui avait pas menti, mais que les confirmations tardaient comme elle lui avait dit. Il avait ri sous barbe quand elle avait presque supplié l'idiote de fée de venir lui apporter son repas, cinéma qui se répétait chaque jour. Et puis alors, il avait entendu une conversation qu'il estimait intéressante. - Marius s'est rendu a une réunion des Régents avec son père, et si le silence de Croner ... enfin tu comprends... Vani, tu penses qu'il lui a dit des ... choses ? - Je ne pense pas, Miss, Monsieur Croner ne semble pas être homme a prêtait attention a ce genre de babillage sans intérêt ! De plus, n'importe qui prenant le temps de vous connaitre comprendrez rapidement que toutes ces rumeurs sont d'une stupidité sans nom ! répondit-elle, cinglante au possible - Merci, Vani, ça me touche beaucoup ! Ça puait la lèche botte à des kilomètres à la ronde ! soupira-t-il intérieurement, mais il fut bien vite interrompus dans ses grommèlements silencieux que l'on frappa a la porte. - Votre courrier du jour Miss Sirinava - Merci, posez-la s'il vous plait Le grand majordome de son père s'exécuta et repartit tout aussitôt, n'ajoutant rien. - Pourrais-tu me préparer une tasse de thé au Jasmin pendant que je m'occupe de ça ? - Bien sûr Miss - Oh Vani ! Il y a une lettre de Cyril Croner ! C'était le nom de l'enfoiré qui avait osé acheter sa soeur ! Il tendit alors l'oreille, à l'affut. - C'est elle ! Nous l'avons trouvée ! Il écrit que c'est bien le nom de l'élémental qu'il a acheté et il précise même qu'elle se porte bien. Nous allons pouvoir aller la récupérer ! Oh... Les sens du dragon étaient si aiguisés qu'il devina de suite que la suite de la missive laissait l'humaine en émoi. Il entendit clairement son coeur s'accélérer et sa respiration s'enhardir de son perchoir. Alors sa maudite maitresse s'entichait du maitre de sa soeur ! Quelle heureuse nouvelle ! - Il dit aussi que les télégrammes n'offrent que peu d'intimité. Il a préféré m'envoyer une lettre... C'est pour ça que ça a pris autant de temps... Elle semblait si perturbée par ce simple fait que le dragon devina tout de suite qu'il avait à faire à une femme qui n'avait encore gouté aux délices de la chair. m***e alors il avait tiré le gros lot ! Une sainte nitouche qui voulait se donner des airs de bonne conscience ! Elle était bien bonne ! - Enfin il faut que j'aille le lui annoncer, il va être si soulagé ! - À mon avis vous devriez laisser cet animal crever dans un coin du domaine... - Ne dis pas de bêtises Vani ! Il a raison... Je ne suis qu'une hypocrite ! Jusqu'ici je... je n'avais jamais réfléchi à tout ça. Ma mère y a consacré sa vie, mais je lui en voulais tellement que je n'ai jamais réfléchi... Même pour toi ! Je ne suis qu'une horrible hypocrite et je ne peux pas lui demander de me croire sur parole ! - Miss, je n'ai besoin de rien de plus ! Cet animal par contre aurait bien besoin de quelques cours d'éducation ! - Enfin bon, pourrais-tu s'il te plait te renseigner sur les bateaux en partance de Nordus ? Réserve-nous trois places pour celui qui part le plus tôt possible, qu'importe le prix ou le bateau! Tout ce temps perdu doit lui paraitre comme une éternité ! J'aimerais au moins arriver le plus tôt possible... - Prenez garde en allant le voir, je doute que cet animal puisse ne serait ce qu'apprécier votre bonté ! Ne lui donnez pas le luxe de vous atteindre davantage ! Et pour information, qu'importe les espèces, un coup bien placé vous met un mâle K.O. ! - Seigneur Vani, je doute de pouvoir faire une chose pareille ! Le dragon eut une mimique presque amusée, cette bonne nouvelle jouant assurément sur son humeur et s'envola alors en direction de sa clairière. Sa soeur allait bien ! Il allait la retrouver... 
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