Nous étions face à ce moment tant attendu. notre père devait faire un choix. Un choix qui allait non seulement changer sa vie entière et la nôtre. Il était là face à nous tel un arbre qui avait perdu ses feuilles en plein automne.
Il avait l'air vidé, les yeux écarquillés, telle une personne qui n'avait pas mangé depuis des jours.
Il ne savait quoi faire, il ne savait comment réagir et surtout il ne savait quoi dire. Alors, il nous fixa longuement. Il me regardait particulièrement parce que je ressemblais le plus à ma mère. Je ne sais ce qu'il se disait en ce moment précis mais, il était face à un dilemme. Lui qui avait toujours su raisonner ma mère, ne savait pas comment réagir de lui-même.
Il soupira et s'assit sur la chaise qui était juste au coin de notre chambre. Il croisa les bras et regarda vers le ciel comme s'il attendait une réponse de ma mère. Mais celle-ci était morte que pouvait elle lui dire ?
Intérieurement j'espérais quelque chose. J'espérais enfin qu'il ait la réaction tant attendue. Une réaction qui pouvait changer le cours des choses. Qu'il dise enfin non à cette femme. Qu'il lui montre que le poison qu'elle utilisait pouvait avoir des effets néfastes contre elle.
Hélas, j'avais été dessus une fois de plus. Ma déception était énorme encore plus que celle que je ressentais quand il a épousé cette dame. Mon père nous regarda de nouveau avec ce regard vide, asséché tel le désert du Sahara. Il ne disait rien et c'est à ce moment précis que Laura comprit que le lien du sang était fort.
Elle décida alors de prendre la parole pour sortir des énormités comme d'habitude.
Laura : tu es vraiment incapable de mettre ces enfants à leur place ?
Mon père décida enfin de l’ouvrir mais, j'aurais largement préféré qu'il la ferme à jamais.
Bruno : les enfants, je sais que la perte de votre maman était difficile. Je sais aussi que, jusqu'à aujourd'hui cela vous perturbe encore mais vous devez comprendre quelque chose j'ai été à ses côtés et j'ai été à vos côtés jusqu'ici. Aujourd'hui vous voulez me remercier en détruisant et en rejetant tout ce que j'ai eu du mal à reconstruire
Laura : tu as des enfants non seulement ingrats indifférents face à ta souffrance et insolents
Bruno : ce n'est qu'aujourd'hui que je me rends compte de cela
Laura : je t'avais dit que tu me donnerais raison
Bruno : tu n’avais pas tort. Raphaël Bell, Thiméo Bell. Je ne vous ai pas éduqué comme ça
Raphaël : qu’est-ce que tu sais de nous ?
Bruno : ferme la tout de suite
Raphaël : sinon quoi papa ? Tu vas nous jeter dehors ? Sache que tu nous as jeté dehors le jour où maman a fermé les yeux
Bruno : intéressant
Raphaël : le jour où cette femme est entré ici, tu as fermé ton cœur aussi. On a dû la fermer pendant des mois, des années. Aujourd'hui nous sommes fatigués papa. Elle nous a tout pris et tu lui donnes toujours l'opportunité de tout nous arracher. Tu es la seule personne qui nous reste et j'ai l'impression que cela ne t'intéresse pas
Thiméo : tu connais encore mon plat préféré, tu sais encore à quoi j’aime jouer ? Tu connais encore ce que je déteste le plus, l’animal que j’ai toujours rêvé avoir ?
Mon père ne parlait pas. Il voulait jouer à la victime mais, il ne savait plus rien de nous.
Thiméo : papa, regarde toi, tu es incapable de répondre. Tu connais au moins ma date d’anniversaire ? La réponse est non une fois de plus car ton cerveau a été formaté
Raphaël : ce n’est pas la peine de nous jeter dehors. Ne choisit même pas papa. Ton choix a été fait il y a longtemps
Bruno : les enfants, vous n’avez pas le droit de me parler comme ça et de me juger ainsi. J’ai tout fait pour vous. J’ai quand même le droit de refaire ma vie
Laure : vraiment !
Raphaël : alors, choisi…
Bruno : votre petit frère doit grandir aux côtés de sa mère et de son père
La réponse était claire. Notre père avait choisi Laura. Mon frère et moi avions fait nos valises. Bruno et Laura étaient sortis de la chambre quelques instants après. Je vois encore le visage de cette femme s*****e, avec son sourire au coin de ses lèvres. Cela était répugnant. Mais, elle avait gagné et on ne comptait plus se battre. Au moins, on avait dit les choses telles qu'elles étaient.
Laura : nous avons une réunion, quand on reviendra, on ne veut plus vous trouver ici
Ils étaient sortis avec leurs enfants. C’était la famille parfaite.
Thimeo : tu fais quoi ?
Raphaël : il nous faudra de l’argent pour rester quelque part
Thimeo : d’accord je vois
Nous étions entrés dans la chambre de notre père. Depuis ces années, il n’avait pas changé le code du coffre fort. Il y gardait tous les documents importants et beaucoup d’argent.
Quand mon frère ouvrit, on tomba sur la photo de mariage de notre père et notre mère. On caressait ses douces joues. A un moment, nous avions eu l’impression de la voir pleurer. Notre mère pleurait sur cette photo où alors, nous devenions tout simplement paranoïaques. Mon frère prit une liasse d’argent. On ne sait pas quelle somme il y avait mais il y en avait largement beaucoup. On devait en avoir besoin pour les trois jours qu’il nous restait avant de retourner à l’internat.
On avait emporté avec nous, une photo de notre mère où elle était avec nous.
Je ne sais pas pourquoi mais ce jour on avait l'impression d'être libre… on était libéré de quelque chose.
En fait mon père avait fait un choix, le pire des choix mais avoir l'impression d'avoir vu ma mère pleurer sur cette photo me réconfortait énormément. Nous n'avions pas tardé à partir, nous avions porté nos valises. Heureusement nous n'avions pas beaucoup de vêtements. Nous avions pris un chemin inconnu sans savoir la destination finale. On marchait vers l'inconnu un chemin sans fin sous le soleil et dans la sueur.
Nous nous étions arrêtés dans un endroit.
On avait rencontré une dame qui était avec ses enfants. Nous avions décidé de lui parler, de lui demander si elle connaissait une personne qui pouvait nous héberger pendant trois jours.
Elle s’était posée des questions elle nous avait demandé si nous nous étions perdus ou tout simplement si nous étions des sorciers. C’est ça le problème quand on voit des enfants ou quand on est face à l'inconnu on a automatiquement peur. On ne pouvait pas lui en vouloir. Voir deux enfants vagabonder dans la rue sans personne est quand même inquiétant. On lui avait alors expliqué notre problème.
Dame : les enfants vous voulez me dire que vous vous baladez comme ça dans la rue et vos parents ne vous cherchent pas ?
Raphaël : vous devez absolument nous croire. Ce matin encore on avait un père
Dame : et et que s'est il passé ?
Raphaël : notre père ne veut plus nous voir il a un peu perdu la tête depuis la mort de notre mère
Dame : Oh mais vous êtes orphelin… avec un air de pitié absolu
Raphaël : oui ça fait plusieurs années déjà que notre mère est partie rejoindre les anges du ciel
Elle parti rejoindre les anges du ciel
Dame : je vais voir ce qu'on peut faire
On descendit alors avec elle dans son quartier. On avait remarqué que ses enfants nous regardaient bizarrement, et là aussi on ne pouvait pas leur en vouloir. Elle arriva dans un milieu où il y avait plusieurs personnes, apparemment elles étaient en réunion. A la réunion de quartier, les dames nous regardaient avec pitié et avec détresse. Elle maudissait les parents qui sont capables d'abandonner leur enfant comme ça.
On leur avait expliqué que notre père s’était remarié. Et que notre belle-mère était le mal incarné, elles avaient tout de suite compris la chose, elles s'étaient lancées dans un débat sans fin. Il y a d'autres qui disaient que ce n'est pas toute femme qui serait capables d'aimer les enfants d'une autre, une autre disait qu'elle est capable d'accepter même si son mari avait déjà dix enfants. Malgré la difficulté des choses nous étions là face à des inconnus qui étaient prêts à nous aider.
Une d'entre elles essaya d’appeler mon père. Il ne répondait pas. Quand il répondit, c'était juste pour nous rejeter de nouveau.
Mon grand frère avait proposé à une dame de nous garder pendant trois jours même si on dormait au sol chez elle. Il avait dit qu'on s'occuperait de ses tâches ménagères. Et qu’elle n’aurait même pas à nous donner à manger tant qu'on avait un toit sous lequel dormir pendant trois jours. Il y avait une mamie qui était au bout de la salle et quand elle entendit ces mots sortir de la bouche de mon frère elle se mit à pleurer.
La salle se retrouvait dans un engouement pas de joie mais de tristesse. La dame avait accepté de nous garder chez elle. Cette dame n'avait pas d'enfant mais elle était mariée à un monsieur très riche. Elle avait été vraiment gentille avec nous et ça je pense qu'on aura jamais assez de temps pour la remercier. Elle nous avait dit de la suivre après la réunion.
Une fois chez elle, elle nous avait réservé une chambre. Elle était dotée d’une gentillesse inexplicable. Heureusement qu’il y avait encore de bonnes personnes sur cette terre. Elle nous faisait penser à notre mère. Une femme toujours joyeuse et accueillante.
Elle s’appelait Anita. Femme mince, grande de taille, de peau très mate teint chocolat noir. Elle avait de longs cheveux.
Anita : les enfants vous pourrez rester dans cette chambre. Mon mari ne rentre qu’à dix neuf heures
Raphael : merci beaucoup madame
Anita : appelez moi Anita ou tatie Anita
Raphaël : d’accord Tatie
Thimeo : votre maison est grande
Anita : oui. Après le mariage, nous avions construit pour accueillir nos enfants
Thimeo : ah d’accord. Ils ne sont pas là ?
Mon frère me tapa à l’épaule car j’étais un garçon très indiscret.
Anita : Dieu ne m’a pas encore fait grâce d’avoir des enfants. C’est mon voeux le plus cher
Raphaël : comme il nous a aidé aujourd’hui il vous fera aussi Grâce
Anita : amen
Elle était vraiment croyante. Le soir, quand son mari rentra, elle n’avait pas hésité à nous présenter. Il était heureux de nous voir. Il sentait la maison vivre. Elle avait cuisiné le eru avec le water-fufu. Il y avait les obstacles dans le plat la ehhh. Quand j’y pense encore mon cœur se met à bouillir. Ça avait un goût incomparable. Elle nous avait donné des brosses à dents et du savon pour se doucher avant de dormir. Une fois au lit, nous nous étions vite endormi. La nuit était paisible comme si notre mère était avec nous dans le lit. Le lendemain, tôt le matin, je l’avais entendu raconter un rêve à son mari. Ils étaient dans leur salle de petit déjeuner.
Anita : chéri j’ai fait un rêve étrange
Mari : toi et tes rêves la hein…
Anita : j’ai rêvé d’une dame. Elle est venue me parler. Elle était habillée en blanc et elle brillait énormément
Mari : ça a l’air intéressant
Anita : elle m’a amené dans une salle où tout était en blanc. Elle m’a donné un œuf
Mari : tu n’as pas bien mangé avant de dormir ? En rigolant
Anita : quand elle m’a donné l'œuf, elle m’a dit de la garder précieusement. Elle m’a remercié mille fois et m’a dit que cet œuf ne doit jamais se briser. Je devais garder cet œuf dans une couveuse jusqu’à l’éclosion
Mari : c’est vraiment bizarre
Anita : avant de partir je lui ai demandé pourquoi elle faisait ça et qui elle était
Mari : elle a dit quoi ?
Anita : elle m’a dit que j’ai un grand cœur. Le cœur d’une maman. En tournant le dos elle m’a dit : " je suis Grâce, la grâce divine "
Mari : c’est tout ?
Anita : oui
Mari : on doit aller voir le pasteur pour lui en parler
Anita : je dois aller au marché j’ai vu que les garçons n’avaient pas de pyjamas
Mari : il ne faut pas t’attacher hein je te connais
Anita : on peut les adopter
Mari : ce n’est pas si simple que ça
Anita : je suis fatigué d’attendre. Ça fait cinq ans que nous sommes mariés et je n’ai toujours pas d’enfant. Voilà ta mère qui veut encore revenir avec une femme dans cette maison
Mari : quand je vais parler, on va encore dire que oh… le mariage c’est l’union entre deux personnes qui s’aiment. Ce n’est pas l’enfant qui fait le mariage
Anita : on est pas en occident ici
Mari : le jour où tu Comprendras ça, tu seras la femme la plus heureuse dans ton foyer. Merci du petit déjeuner chéri. Je dois partir au boulot
Anita : d’accord mon cœur. Il faut faire attention à toi je t’aime
Ils s’embrassent et j'ai couru vers la chambre où mon frère était encore couché.
Je l’avais réveillé pour tout lui raconter
Thimeo : il faut te réveiller
Raphaël : ohh le lit est doux il faut me laisser
Thimeo : maman est ici
Il se réveilla subitement
Raphaël : quoi ?
Thimeo : elle est ici. Tatie Anita a rêvé d’elle
Raphaël : il faut souvent arrêter d’écouter aux portes
Thimeo : c’est plus fort que moi
Raphaël : maman ne nous a pas abandonné
Thimeo : non puisqu’elle est là. Elle a remercié Anita dans son rêve et elle lui a donné un œuf
Raphaël : l'œuf représente la douceur et la fragilité si tu ne fait pas attention, tu le brises
Thimeo : que veux tu dire par là ?
Raphaël : tu as entendu quoi d’autre ?
Thimeo : Anita n’a pas accouché depuis leur mariage ça fait déjà cinq ans
Raphaël : alors, maman lui a donné un enfant cette nuit
Thimeo : c’est quoi ces interprétation ?
Raphaël : c’est logique. Anita nous garde comme si nous étions ses enfants. Elle sera béni et aura ce qu’elle attend
Thimeo : ce n’est pas bête
Anita était alors passée devant notre chambre. Elle nous avait entendu parler.
Anita : les enfants vous êtes réveillé ?
Raphaël : oui tatie
On ouvra la porte
Anita : je vais vous faire des œufs au petit déjeuner puis on va partir au marché
On avait déjeuné comme à l’époque où notre mère vivait encore. Nous étions partis au marché avec elle. Nous étions rentrés avec des vêtements neufs ainsi que des chaussures. Quand elle cuisinait, on l'aidait avec des petites tâches. On avait mangé et elle nous avait laissé voir la télévision. Le lendemain les aurevoirs étaient difficiles. Elle nous avait donné son numéro de téléphone. Elle nous avait donné à manger. Elle nous avait fait plein de cadeaux et elle et son mari nous avaient déposés à l’internat. Elle avait dit qu’on ne devait pas hésiter à l’appeler au cas ou. Et qu’elle nous attendait pour nos vacances.
Notre vie avait repris son cours normal. Mon frère avait composé son examen de baccalauréat. Quand nos vacances arrivâmes, nous étions surpris de voir une voiture qui nous attendait dehors. Alors que tout le monde a l’internat avait quelqu’un, nous n’avons personne. Subitement, une femme sorti de la voiture et nous appela. Anita était enceinte de trois mois même si ça ne se voyait pas trop, elle n’hésitait pas à le montrer à tout le monde. On l’avait reconnu et avions couru dans ses bras.
Anita : vous allez bien ?
Raphaël : oui merci d’être là
Anita : tonton vous attend dans la voiture. Je vais prendre vos valises
On avait salué son mari. La première chose qu’elle nous avait dit c’était qu’elle était enceinte. Nous étions heureux pour elle. Je me rendit alors compte des faits. C’est mon frère qui avait raison.
Anita et son mari respiraient le bonheur. Je ne travaillais plus pendant mes vacances. Mon frère avait repris son stage. Et là c’était le début d’une véritable histoire avec Taylor, la fille de son patron.