De cet angle, je peux voir presque tout l’étage. À ma droite, en face de moi, se trouvent les espaces réservés aux scènes. Il y en a six en tout ; quatre que je n’avais même pas remarqués quand Claire me les a présentés. Un peu plus loin se trouvent les portes que j’espère explorer un jour. J’aperçois aussi l’escalier menant à l’étage supérieur, avec un homme posté en bas, probablement pour vérifier que seuls les VIP montent.
Je sens un regard sur moi, et quand je me tourne, je vois l’homme derrière le bar m’observer. Il est d’une beauté classique, cheveux blonds courts, yeux bleus. Je rougis et détourne vite les yeux. Ce n’est pas mon type, mais il est séduisant.
— Tu veux boire quelque chose ? Celle-ci est pour moi, dit Claire en tapotant doucement le comptoir du bar.
— Avec plaisir, dis-je en souriant. J’aime vraiment cette femme.
— Chris, appelle-t-elle le barman. Tu peux nous servir un gin pour moi et… ?
Elle me regarde en attendant ma réponse.
— Un scotch avec des glaçons, s’il te plaît.
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LE POINT DE VUE : Emma
— Et un scotch sur glace pour cette jolie demoiselle ? dit Claire en terminant notre commande.
Chris s’approche de nous, s’arrêtant près de moi.
— Bien sûr. Mais d’abord, qui est-ce ? demande-t-il à Claire tout en me regardant avec une telle attention que mon cœur se met à battre plus vite.
— Chris, voici Emma. Emma, voici Sir Chris, même s’il préfère qu’on ne l’appelle “sir” que par sa soumise.
— Enchanté, Emma. J’espEnchantétu aimes ce que tu vois ? Sa voix est légèrement grave, avec juste assez de profondeur pour me faire contracter le ventre.
Après tout ce que j’ai vu aujourd’hui, je suis plus qu’excitée, je suis désespérée de trouver du soulagement. Mon corps, apparemment, n’est pas aussi exigeant que mon esprit.
Ce que je vois ? Oh, il parlait sûrement du club.
— Oui, beaucoup, je réponds poliment.
Il semble satisfait de ma réponse et part préparer nos boissons.
— Vraiment ? dit Claire en arquant un sourcil, surprise. Je t’aurais plutôt imaginée du genre Margarita.
Je ris.
— La première fois que j’ai commandé un verre dans un bar, le scotch sur glace était la seule boisson que je connaissais. C’était celle que mon père prenait toujours, alors c’est devenu la mienne aussi. Pour être honnête, j’ai toujours eu du mal dans les soirées. Au début, je n’aimais pas le goût du scotch, mais c’était le seul nom que je pouvais dire sans hésiter. J’aurais buté sur tous les autres. Avec le temps, c’est devenu mon préféré.
— Chacun ses goûts, j’imagine. Bon, maintenant que je t’ai montré ce que nous avons à offrir, tu as des questions ?
Des questions ? J’en déborde.
— Tu as parlé de règles. J’aimerais savoir lesquelles.
— Eh bien, nous donnons toujours une liste à tous nos nouveaux membres. Mais oui, nous en avons plusieurs pour protéger aussi bien les dominants que les soumis. Je t’ai déjà parlé de l’alcool et de l’après-soin. On n’autorise jamais quelqu’un à toucher une autre personne sans son consentement. Le consentement, c’est notre loi ; on le vit et on le respire. Tu ne touches pas non plus aux jouets de quelqu’un sans permission. Tu dois toujours négocier ton rôle avant d’entrer dans une scène. Les mots de sécurité sont non négociables ; chaque soumis doit en avoir un. Tu ne dois pas interrompre une scène dont tu ne fais pas partie. Tu respectes le code vestimentaire, ce que, je vois, tu fais très bien. D’ailleurs, j’adore ta tenue. Elle est très sexy.
À ces mots, je rougis. Je n’ai jamais été à l’aise dans mon corps. Quand je faisais l’amour, c’était toujours dans le noir. Je veux me débarrasser de ça, apprendre à m’aimer. J’espérais qu’en venant ici aujourd’hui, en me promenant presque nue, j’arriverais à franchir un pas.
— Merci, j’avais un peu peur que ce soit trop, j’avoue.
L’invitation sur le site fétichiste où j’ai trouvé ce club disait simplement de porter quelque chose de sexy et noir. La lingerie était suggérée, ainsi que le cuir.
— N’importe quoi ! Tu as fait un sans-faute. Crois-moi, j’ai vu au moins dix personnes te dévorer des yeux dès que tu as mis un pied dans la salle.
Waouh. Je n’avais rien remarqué, trop nerveuse pour lever les yeux.
— Pour revenir aux règles, tu ne peux faire des jeux sexuels et te mettre nue que dans les espaces réservés. Il y en a d’autres, mais tu n’as pas besoin de toutes les connaître tout de suite.
— Ça me paraît raisonnable. Et…
Je m’interromps. Quelque chose capte mon attention.
À l’étage, près de la rambarde, se tiennent trois hommes en costume. Je ne les distingue pas clairement, mais je ne peux pas m’empêcher de les fixer. Ils sont grands, avec des corps musclés devinés sous leurs vêtements parfaitement ajustés. Deux ont les cheveux foncés, assez courts, et le troisième a des cheveux châtain clair, peut-être blonds, qui tombent sur ses épaules.
Il y a quelque chose chez eux… une aura qui m’hypnotise. Quand je regarde autour de moi, je remarque que d’autres les observent aussi.
Même de loin, je sens leur puissance. Ces hommes ne sont pas à prendre à la légère.
— Ils ne sont pas pour toi, commente Claire.
Je détourne les yeux, soudain honteuse, et fixe le verre que Chris vient de déposer devant nous. Ai-je été si évidente ?
— Quoi ? je murmure, gênée d’avoir été surprise.
— Eux.
Claire incline la tête dans leur direction.
— Ils ne sont pas pour toi. Ils ne cherchent pas une soumise.
Je fronce les sourcils, confuse.
— Qu’est-ce que tu veux dire ? Ils cherchent des dominants ?
Impossible, pas avec l’autorité qu’ils dégagent.
— Non. Ils cherchent une esclave, répond-elle d’un ton détaché, comme si elle parlait du temps qu’il fait.
Vouloir être dominée, je peux comprendre. Mais vouloir un maître ? Quelqu’un qui contrôle non seulement au lit, mais dans toute ta vie, à chaque instant ? Ça, je n’arrive pas à l’imaginer. Mais manifestement, certaines le veulent. Moi, non.
— De toute façon, ça ne sert à rien de spéculer. Ce sont les hommes les plus incroyablement exigeants que j’aie jamais rencontrés. Ils cherchent depuis des années, et aucune ne leur convient. Ah, si seulement ils étaient de simples dominants… soupire-t-elle en s’éventant de la main. Même moi, je serais tentée de devenir soumise s’ils me commandaient. Bon sang, ils sont beaux.
Je l’écoute, mais mon esprit reste bloqué sur deux mots : trouver une.
Est-ce qu’elle veut dire une pour chacun, ou une seule pour les trois ?
Si je n’étais pas déjà excitée, je serais trempée rien qu’à cette idée. Imaginer ce que trois hommes pourraient me faire…
Je suis à deux doigts de demander à Claire de préciser, mais je garde le silence. Comme elle l’a dit, ils ne sont pas pour moi. Je ne cherche pas de maîtres, et eux ne cherchent pas de soumise.