chapitre 24: la course de la colère à la douleur.

2809 Mots
La voiture de Lorenzo filait comme une balle. Les mains crispées sur le volant, les jointures blanchies, il conduisait à une vitesse folle et chaque virage faisait trembler la carrosserie. Son regard rouge, chargé de rage et de fatigue, restait rivé sur la route, comme s’il voulait la transpercer. À côté de lui, Chloé serrait nerveusement ses doigts, son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression qu’il allait exploser. Ses yeux inquiètes ne quittaient pas le visage fermé de Lorenzo. Elle voyait bien que quelque chose clochait, mais n’osait pas encore ouvrir la bouche. À l’arrière, Valentina et Marco s’étaient figés. Le silence était lourd, étouffant. Aucun d’eux n’osait respirer trop fort, encore moins lancer une parole de travers. Ils se contentaient de fixer la route, priant intérieurement pour que la folie de Lorenzo ne les envoie pas tous dans un mur. Lorenzo (voix intérieure) Putain… j’suis en feu là. Je cogite comme un taré et j’arrive même plus à réfléchir. Comment ce malade a su que le daron de Chloé était à l’hôpital, alors que même moi, même ELLE, on n’était pas au courant ? C’est quoi ce délire ? La dernière fois que j’ai parlé avec son père, il m’avait dit cash que c’était foutu, que sa maladie était en phase terminale. Une infirmière devait être sur son dos H24, alors comment il s’est retrouvé à l’hôpital sans que personne nous prévienne ? Ça sent la merde à plein nez. Chloé (voix intérieure) Il a l’air hors de lui. Ses mains tremblent presque sur le volant… qu’est-ce qui s’est passé ? Ça a sûrement un rapport avec le mec qui est venu sonner chez nous tout à l’heure. Que dois-je faire ? je flippe. On a franchi une étape ensemble, il est devenu un peu plus tendre, presque comme un mari avec moi. Mais là… j’ai peur de me prendre son mur, son côté glacial. Et je pourrais pas encaisser ça, pas maintenant. Mais il faut aussi que je sache, ce qui ne va pas. Même si ma voix tremble, je dois essayer. Après plusieurs minutes d’hésitation, Chloé inspira profondément et osa briser le silence. Sa voix, douce, presque étouffée par l’angoisse, résonna dans l’habitacle. Chloé (inquiète, voix basse) _ Ça va, mon cœur ? Tu peux me dire ce qui t’arrive ? Ses mots flottaient dans l’air, fragiles, comme si elle avait peur qu’ils se brisent en chemin. Lorenzo tourna légèrement la tête, décrochant enfin son regard de la route. Ses yeux, rouges de rage quelques instants plus tôt, s’adoucirent en croisant ceux de Chloé. Son souffle se calma un peu. Malgré la tempête en lui, il y avait dans ses yeux cette lueur qui n’appartenait qu’à elle. Lorenzo (voix calme, rassurante) _ Tout va bien, t’inquiète pas. Je suis là, et je te promets que rien de mal ne va arriver. Chloé sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Lorenzo attrapa sa main dans la sienne. Il l’approcha doucement de ses lèvres et déposa un b****r brûlant sur le dos de sa paume. Elle frissonna à ce contact, un sourire timide éclaira son visage. Son angoisse se calma un peu, comme si ce simple geste avait suffi à repousser ses peurs. Lorenzo lui lança un clin d’œil, un sourire en coin étirant ses lèvres malgré la rage qui bouillonnait encore en lui, puis il reporta son attention sur la route. À l’arrière, Marco n’arrêtait pas de fixer Valentina. Ses yeux ne la lâchaient pas, comme s’il n’y avait qu’elle dans la voiture. Valentina, gênée, sentit ce regard pesant et finit par pencher la tête vers lui. Valentina (agacée, à voix basse) _Tu peux arrêter de me regarder comme ça ? Tu vois pas qu’on est dans une situation flippante ? Un sourire étira les lèvres de Marco. Il se pencha à son tour vers son oreille, sa voix basse et charmeuse effleurant sa peau. Marco (charmeur) _ Je peux pas m’empêcher… t’as l’air encore plus mignonne quand t’es stressée. Valentina sentit le rouge lui monter aux joues. Elle détourna aussitôt le regard, se redressa et fixa droit devant elle, fuyant son insistance, mais son cœur s’emballa malgré elle. Quelques minutes plus tard, la voiture freina brutalement devant l’hôpital indiqué dans le message. Lorenzo coupa le moteur d’un geste sec, ouvrit sa portière et bondit dehors. Son pas rapide et lourd trahissait sa colère contenue. Il contourna la voiture, ouvrit la portière côté passager et aida Chloé à sortir. Sans un mot, il lui saisit le poignet avec une fermeté douce mais inébranlable, comme s’il refusait de la lâcher. Valentina et Marco sortirent à leur tour et suivirent en silence. Chloé (inquiète, la voix tremblante) _ Pourquoi… pourquoi on est dans un hôpital ? C’est ton épaule qui te fait mal ? Lorenzo ignora sa question, les mâchoires serrées. Il entra directement dans le hall de l’hôpital, traînant presque Chloé derrière lui. Ses doigts autour de son poignet étaient comme un cadenas : il n’était pas question qu’elle s’éloigne de lui. Arrivé à la réception, il planta son regard sombre dans celui de la secrétaire. Lorenzo (voix grave, autoritaire) _ Chambre de monsieur Martin. À cet instant, Chloé sentit son cœur rater un battement. La panique s’infiltra dans ses veines. Elle releva les yeux vers Lorenzo, complètement bouleversée, puis arracha sa main de la sienne dans un geste désespéré. Chloé (le cœur battant) _ Mon père ?… Il… il est ici ? La réceptionniste releva la tête, visiblement gênée, et répondit d’une voix neutre. Réceptionniste (calme) _Chambre 204... Vous trouverez… le corps de monsieur Martin dans la chambre 204. Les mots tombèrent comme une bombe. Lorenzo, Chloé et Valentina (criant, choqués) _ Le corps ??? Chloé écarquilla les yeux. Ses lèvres tremblaient, aucun son ne sortait, comme si sa gorge s’était nouée. Elle fixa la réceptionniste, le souffle coupé, tandis qu’une douleur sourde lui broyait la poitrine. Lorenzo, lui, resta figé une seconde, pris de court par la violence de la nouvelle. Puis ses poings se serrèrent si fort qu’on pouvait entendre ses jointures craquer. Son visage vira au rouge, ses yeux lançaient des éclairs. Derrière eux, Marco et Valentina restaient tétanisés, aussi choqués qu’eux par ce qu’ils venaient d’entendre. Lorenzo (furieux, explosant) _ Vous vous foutez de ma gueule ou quoi ?! Comment ça "le corps de monsieur Martin" ?! Il est encore en vie, n’est-ce pas ? Réceptionniste (sérieuse) _ Non monsieur, je suis désolée. Monsieur Martin devait être opéré demain selon le programme, mais on l’a reçu en urgence aujourd’hui… Malheureusement, on n’a rien pu faire. Il est mort depuis deux heures déjà. L’homme qui l’a amené nous a dit que ses proches viendraient chercher le corps. Chloé (voix tremblante, hurlant) _ QUOIIIIIIIII ????? Mon père e...s...t… Elle n’eut même pas la force de finir sa phrase. Ses jambes se dérobèrent sous elle et son corps s’écroula lourdement. Mais avant qu’elle ne touche le sol, Lorenzo la rattrapa d’un geste vif, la soulevant dans ses bras en mode princesse. Son visage s’assombrit d'inquiétude. Il avait la rage, la certitude de s’être fait avoir par son ennemi. Il pivota brusquement vers Marco, son regard sanglant planté dans le sien. Lorenzo (voix tremblante de colère) _ Il m’a eu… ce fils de p**e m’a tendu un p****n de piège. Mec, occupe-toi du corps. Qu’il soit mis à la morgue et fouille-moi cet hôpital de fond en comble. Je veux savoir QUI a ramené le père de Chloé ici. Et retrouve-moi aussi cette infirmière qui s’occupait de lui. Marco (tristement, tête baissée) _ Compte sur moi, boss… toutes mes condoléances. Valentina (en larmes) _ Et Chloé alors ? Tu l’amènes où ? Lorenzo (voix imposante, sèche) _ Je rentre avec ma femme. Je vais pas donner une autre occasion à ce taré de me faire du mal. Il lança ces mots avec une froideur tranchante, puis tourna les talons. Serrant Chloé inconsciente contre lui, ses cheveux éparpillés sur son bras, il traversa l’hôpital à grands pas et sortit sans se retourner. Valentina, elle, ne pouvait retenir ses larmes. Son cœur se brisait pour son amie, et pour ce père qu’elle considérait presque comme le sien. Marco s’approcha d’elle et la serra contre lui, caressant doucement son dos. Elle se laissa aller dans ses bras, pleurant à chaudes larmes. Marco (rassurant, à voix basse) _Shhhht… calme-toi, tout ira bien. Valentina (voix tremblante) _ Tu vois pas ce qui vient de se passer ?! Quand Chloé se réveillera et qu’elle saura que son père est vraiment mort, elle va péter un câble… Elle va pleurer toutes les larmes de son corps. Elle va être anéantie, tu comprends ? Parce que cet homme, c’était tout pour elle. Son père, c’était à la fois son père ET sa mère. C’est lui qui s’est occupé d’elle depuis des années. J’arrive pas à y croire… la semaine dernière encore, on était toutes les deux parties le voir après les cours. Il nous a même promis d’informer Chloé le jour de son opération. Je lui ai promis d’être là, moi aussi. Cet homme… c’était comme mon père… Valentina pleurait si fort qu’on aurait dit qu’elle venait de perdre son propre parent. Marco, impuissant, resserra son étreinte et passa sa main dans ses cheveux pour la calmer, son regard sombre fixé dans le vide. Pendant ce temps, Lorenzo roulait déjà comme un fou sur la route du retour. Sur la banquette arrière, Chloé était toujours inconsciente. Chaque fois qu’il jetait un œil dans le rétroviseur et la voyait si fragile, le cœur battait trop vite, il bouillonnait encore plus de rage. Ses doigts s’enfonçaient dans le cuir du volant, tellement fort qu’on aurait cru qu’il allait l’arracher. Lorenzo (voix intérieure, rage contenue) Ce bâtard savait que le vieux était déjà mort avant de m’envoyer ce p****n de message. Il avait tout préparé. Tout ce qu’il voulait, c’était me foutre la pression, me faire flipper, me piéger. Et il a réussi. Il me répétait dans ses menaces qu’il allait m’arracher Chloé, mais il savait qu’avant de l’atteindre, il pouvait la briser en visant son père. Et c’est exactement ce qu’il a fait. J’avais prévu de trouver les meilleurs spécialistes pour que son opération se passe bien. Je voulais au moins m’assurer qu’il ait une chance… mais là, c’est foutu. Quand Chloé va se réveiller, elle sera inconsolable. Comment je vais la regarder dans les yeux, alors que je sais que c’est à cause de moi que son père est mort ? Comment je vais jouer le mari doux alors qu’à l’intérieur je crève de colère ? p****n… je déteste qu’on se foute de moi. Et lui, ce chien, il m’a déjà trop pris pour un con. Mais cette fois, c’est terminé. J’ai mon plan. Le jour où je le chope… je vais le broyer sans effort. Quelques minutes plus tard, la voiture de Lorenzo dérapa légèrement en s’arrêtant brutalement dans la cour de la villa. D’un geste sec, il ouvrit sa portière, puis fonça vers l’arrière et récupéra Chloé dans ses bras. Son docteur personnel l’attendait déjà devant la porte, il l'avait déjà alerté par téléphone pendant le trajet. Ce dernier ouvrit aussitôt, et Lorenzo entra sans ralentir, suivi du médecin qui referma derrière eux. Ils traversèrent rapidement le salon et montèrent les escaliers. Lorenzo poussa la porte de sa chambre d’un coup d’épaule, oubliant complètement sa propre blessure qui s’était rouverte à force d’efforts. Le sang imbibait déjà son tee-shirt, mais il n’en avait rien à foutre. Il allongea Chloé avec précaution sur le lit, puis se tourna vers le docteur. Lorenzo (voix grave, pressante) _ Elle a reçu une nouvelle trop violente… ça l’a fait perdre connaissance. Occupe-toi d’elle, je veux pas qu’il lui arrive quoi que ce soit. Je compte sur toi. Le médecin hocha la tête et sortit aussitôt son matériel, commençant à vérifier ses constantes. Lorenzo, lui, restait debout, les bras croisés, fixant Chloé avec un mélange d’angoisse et de rage. Sa propre plaie continuait de saigner, le tissu se tachant de rouge. Mais cette douleur, il la balayait. Ce qui le hantait, c’était l’image de Chloé fragile, vulnérable, brisée. Et cette certitude immonde qu’il venait de se faire manipuler comme un pion. À ce moment précis, son téléphone vibra dans sa poche. Sans détacher ses yeux de Chloé, il glissa la main dans son jean, sortit l’appareil et regarda l’écran. Un numéro inconnu s’affichait. Son cœur se serra. Il savait exactement qui c’était. Il se retourna, quitta la pièce et referma doucement la porte derrière lui. Puis il décrocha enfin l’appel et porta le téléphone à son oreille. Lorenzo (voix sanglante) – Sale con, je… Voix (le coupant violemment) – Tu as sûrement compris que si je t’ai fait bouger de la maison à l’hôpital, c’était juste pour que ta gamine apprenne que son père venait de mourir. Lorenzo serra les dents, son souffle court, brûlant de la colère qui le déchirait. Lorenzo (voix grave) – Prie tant que tu en as l’occasion. Parce que le jour où je t’aurai, crois-moi… je t’enverrai directement en enfer. Voix (riant aux éclats) – Ah, calme-toi Lorenzo. Je sais qu’un jour toi et moi on se retrouvera. Mais pour l’instant, je vais prendre un malin plaisir à te mettre hors de toi. Et devine quoi ? J’ai une autre surprise pour toi. Pas maintenant… mais elle viendra. Lorenzo (voix tremblante de rage) – Je sais que c’est toi qui as tué mon beau-père, et crois-moi, tu… Voix (le coupant, provocateur) – Au lieu de me lancer des menaces en l’air, pense plutôt à comment consoler ta petite chérie quand elle se réveillera. Dis-moi, tu vas lui dire quoi, quand elle te demandera comment tu as su que son père était hospitalisé ? Tu ne vas quand même pas lui dire que c’est moi qui t’ai prévenu ? Oups… elle risque d’être fâchée contre toi… Hahahahaha ! Bip… Bip… Bip… L’appel venait d’être coupé. Lorenzo retira lentement le téléphone de son oreille. Ses doigts se crispèrent dessus comme s’il voulait l’écraser. Ses yeux brillaient d’une rage contenue, prête à exploser. Lorenzo (murmurant, froid) – Tu ne me connais pas encore, fils de p**e… J’ai tué tellement de fois dans ma vie qu’écraser une mouche comme toi serait un jeu d’enfant. Si je t’ai laissé, toutes ces trois années, me menacer de mort, c’est parce que je n’avais rien à perdre. Même ma vie, je m’en foutais. Mais maintenant… je ne te laisserai pas toucher un seul cheveu de ma femme. Et je n’ai pas l’intention de mourir pour la laisser seule. Ce jeu que tu mènes… tu seras le seul perdant. Emporté dans ses pensées sombres, Lorenzo se retourna brusquement lorsque la porte s’ouvrit sur le docteur. Lorenzo (inquiet) – Comment va-t-elle ? Elle se réveillera avant demain ? Docteur (rassurant) – Non, elle a vraiment besoin de repos. Sa tension avait chuté, c’est pour ça qu’elle s’est évanouie. J’aurais voulu vous conseiller de l’hospitaliser, parce qu’elle aura besoin d’oxygène, mais comme je sais que ce n’est pas possible, je lui ai administré des substances pour aider sa respiration. Ne vous inquiétez pas. Lorenzo (calmement) – Bien, vous pouvez disposer. Marco vous appellera. Il faudra examiner un corps pour moi… il vous dira quoi faire. Le docteur hocha la tête calmement puis s’éloigna dans le couloir. Lorenzo lui ouvrit la porte, entra dans la chambre et la referma derrière lui. Son regard se posa aussitôt sur Chloé. Elle était allongée une perfusion plantée dans son bras, le sérum s’écoulant lentement dans ses veines. Ses cheveux bruns, éparpillés en désordre sur l’oreiller, encadraient son visage pâle. Elle paraissait si vulnérable que le cœur de Lorenzo se serra. Il s’approcha d’elle, remit délicatement le drap jusqu’à sa poitrine et s’assit sur le bord du lit. Penché vers elle, il posa ses lèvres sur les siennes, sèches et silencieuses, déposant une bise chaud dessus comme pour lui transmettre un peu de sa force. Mais au moment où il se redressa, il vit des larmes glisser de ses yeux clos. Elles roulèrent lentement sur ses tempes, traçant une ligne douloureuse jusqu’à ses oreilles. Lorenzo sentit sa poitrine se contracter, comme si une main invisible lui broyait le cœur. Avec une tendresse infinie, il effaça ces larmes du bout des doigts, caressant ensuite ses cheveux avec douceur. Lorenzo (voix basse, protectrice) – Si tu m’entends, sache que je suis désolé pour ton père… tellement désolé. Il n’est plus là, mais moi, je suis là. Il m’a dit de veiller sur toi… et je te jure que je ne te lâcherai pas. Je veux être là, je serai là. Personne ne te fera de mal, tu payeras pas le prix de ce monde que j'ai choisi. Son regard resta fixé sur elle, brûlant de colère contre le monde mais empli de promesses silencieuses pour elle seule. À suivre...
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