Le lendemain matin — Villa de Lorenzo.
La lumière pâle du matin filtrait à travers les rideaux entrouverts, caressant doucement le visage de Chloé. Allongée sur le grand lit, les cheveux éparpillés comme une auréole sombre autour d’elle, la jeune femme dormait encore, immobile, le teint d’une blancheur presque spectrale. Ses lèvres étaient sèches, ses cils encore humides de larmes anciennes. Depuis des heures, elle n’avait pas ouvert les yeux. La veille, après la tragédie à l'hôpital, Marco avait pris soin de la ramener ici, dans la villa, et n’avait pas quitté les lieux depuis. Il avait veillé sur elle toute la nuit, le cœur lourd.
La chambre baignait dans un silence pesant, celui qui précède les tempêtes de l’âme. Mais, en bas, ce silence se brisait. Dans le salon, des sanglots déchirants résonnaient, emplissant la villa d’un écho douloureux. La mort de Lorenzo s’était déjà répandue comme une traînée de poudre. Les journaux du matin titraient à la une « Le fils de Carlo De Santis assassiné ». Toute la ville ne parlait que de cela.
Sur le canapé, Rosa, la mère de Lorenzo, le visage ravagé par les pleurs, sanglotait sans discontinuer. Face à elle, Carlo, le père, marchait nerveusement de long en large, le journal froissé entre ses doigts. Ses yeux rouges trahissaient la nuit sans sommeil et l’incompréhension.
Chaque mot imprimé sur le papier semblait le frapper en plein cœur.
Rosa (en larmes)
— Je veux voir mon fils… Je ne peux pas y croire… Non, je refuse d’y croire ! Rendez-moi mon Lorenzo, rendez-moi mon enfant !
Ses cris résonnaient dans toute la pièce. Elle tremblait, suffoquait entre deux sanglots. Carlo, désemparé, s’approcha et la prit dans ses bras, la serrant fort contre lui.
Carlo (voix tremblante)
— Rosa… garde ton sang-froid, je t’en prie. Reste calme… tout ira bien…
Rosa (sanglotant)
— Tout ira bien ?! Carlo, notre fils vient de mourir ! Comment veux-tu que je sois calme ? Je le savais… Je savais qu’un jour je le perdrais…
Carlo baissa les yeux, incapable de prononcer un mot. Lui aussi avait mal. Son cœur saignait, mais il devait rester debout pour elle. Ses larmes glissèrent malgré lui le long de ses joues tandis qu’il resserrait son étreinte sur sa femme.
C’est à ce moment-là que la porte du salon s’ouvrit doucement. Marco entra, le visage fermé, les traits tirés par la fatigue et le chagrin. À la vue du couple effondré, il sentit son propre cœur se contracter. Il referma la porte derrière lui et s’avança lentement.
Marco (poliment, la voix basse)
— Bonjour…
Rosa se leva d'un bond, s'approchant de Marco les doigts tremblante.
Rosa (le coupant, désespérée)
— Marco ! Où est mon fils ? Je veux le voir ! Amène-moi le voir, je t’en supplie !
Marco (d’une voix tremblante)
— Calmez-vous, madame, je…
Carlo (intervenant, les yeux rougis)
— Marco, comment tout cela est-il arrivé ? Dis-moi la vérité. Comment se fait-il que j’apprenne la mort de mon fils dans les journaux ? Qui lui a tiré dessus ? Lorenzo avait encore des ennuis, n’est-ce pas ? C’était un de ses ennemis ?
Marco (essayant de rester calme)
— Je vous en prie, gardez votre calme. Je vais enquêter, je découvrirai qui a fait ça, je vous le promets…
Rosa (hurlant entre deux sanglots)
— À quoi bon ?! Mon fils n’est plus là ! À quoi me servira la vérité ? Je veux mon enfant, Carlo… Ramène-moi mon Lorenzo !
Carlo ferma les yeux, submergé. Il n’y avait rien à dire, rien à faire. Il ne pouvait qu’être là, impuissant, tenant sa femme contre lui, dans ses bras, priant pour que cette douleur passe un jour.
Marco, profondément bouleversé, baissa la tête.
Marco(voix cassée)
— Je vais monter voir si Chloé s’est réveillée.
À l’étage, la chambre de Chloé baignait dans une lumière douce.
Soudain, un faible gémissement brisa le silence. Elle venait d’ouvrir les yeux.
Pendant un instant, elle resta allongée, le regard perdu vers le plafond. Les souvenirs flous de la veille refusaient d’émerger. Puis, peu à peu, tout revint, la sirène de l’ambulance, le sang sur ses mains, la voix du médecin: « Le patient vient de rendre l’âme… toutes mes condoléances. »
Les mots résonnèrent dans sa tête comme une détonation. Ses yeux s’écarquillèrent. Son souffle se bloqua.
Chloé (hurlant)
— NOOOOOOOON !
Elle se redressa brusquement, le cœur battant à tout rompre, les mains tremblantes. Ses larmes jaillirent aussitôt, inondant son visage.
La porte s’ouvrit dans la seconde.
Marco accourut, paniqué.
Marco (affolé)
— Chloé ! Tout va bien ? Comment tu te sens ?
Mais la jeune femme ne l’écoutait pas. Elle cherchait frénétiquement autour d’elle, ses yeux remplis d’effroi.
Chloé (d’une voix brisée)
— Lorenzo… Où est Lorenzo ? Où est mon mari, Marco ? Je veux le voir ! J’ai fait un cauchemar, n’est-ce pas ? Dis-moi qu’il va bien… dis-moi qu’il va bien, je t’en supplie !
Marco ne savait plus quoi dire. Le silence s’était abattu sur la pièce, lourd, presque étouffant. C’est alors que la porte s’ouvrit de nouveau doucement. Les parents de Lorenzo entrèrent, le visage ravagé par les larmes, les traits tirés par la douleur.
À cet instant, Chloé comprit. Ce n’était pas un cauchemar, pas une illusion.
C’était la réalité. Une réalité cruelle, brutale, impossible à accepter. Son corps se mit à trembler. Elle glissa hors du lit, manquant de tomber. Ses jambes semblaient ne plus pouvoir la porter. Toujours vêtue de son jean Boy friends et de son pull de la veille, les cheveux en bataille, le cœur battant à tout rompre, elle s’approcha lentement de Rosa. Ses yeux, baignés de larmes, cherchaient désespérément un signe, un mensonge, une lueur d’espoir.
Chloé (pleurant)
_ Belle-maman… c’est faux, n’est-ce pas ? Dites-moi que c’est faux… S’il vous plaît… Lorenzo va bien ? Il… il… il…
Les mots s’étouffèrent dans sa gorge, étranglés par ses sanglots. Sa respiration se fit saccadée, ses épaules tressautaient. Rosa, incapable de rester immobile, s’élança vers elle et la serra dans ses bras.
Rosa (pleurant)
_ Sois forte, ma chérie… sois forte…
Mais Chloé se dégagea brusquement, ses yeux désormais rougis par la colère et la douleur. Son regard se tourna vers Marco.
Chloé (criant)
_ Amène-moi voir mon mari, Marco ! Je veux voir mon Lorenzo ! JE VEUX LE VOIR IMMÉDIATEMENT !
Marco s’approcha d’elle lentement, craignant qu’un mot de trop ne la fasse s’effondrer davantage. Il posa doucement ses mains sur ses épaules, tentant de contenir les tremblements de son corps.
Marco (calmement)
_ Chloé, tu ne vas pas bien du tout… Essaie de rester calme, s’il te plaît. Il faut que tu sois forte… pour toi, et pour ton bébé.
Chloé, Rosa et Carlo (surpris)
_ Bébé ???
Marco hocha la tête, les yeux baissés.
Marco (doucement)
_ Oui… J’ai appris hier à l’hôpital que tu es enceinte, Chloé, enceinte de trois mois.
Chloé (en larmes)
_ Enceinte…? Non… je… je dois le dire à Lorenzo ! Il doit le savoir ! Amène-moi le voir ! Il se réveillera quand il apprendra qu’il va être papa… il… il…
Sa voix se brisa de nouveau. Ses jambes cédèrent sous elle. Elle s’effondra sur le sol, les mains tremblantes, les sanglots déchirant le silence. Rosa fit un pas vers elle, mais Carlo lui prit la main pour l’arrêter.
Carlo (tristement)
_ Laisse-la, Rosa… Laisse-la pleurer. Elle a besoin d’évacuer sa douleur.
Rosa hocha la tête, la gorge serrée, avant de quitter la pièce, suivie de Marco, puis de Carlo.
Le silence revint, encore plus lourd qu’avant. Seule désormais, Chloé se leva difficilement. Ses yeux se posèrent sur la table de chevet. Là, encadrée, une photo de Lorenzo s'y trouvait.
Elle s’approcha à pas hésitants, prit le cadre dans ses mains tremblantes, et s’assit par terre, adossée contre le bois froid du lit. Ses doigts glissèrent sur le visage figé sur la photo.
Chloé (pleurant)
_ Reviens-moi, Lorenzo… Reviens-moi mon amour… Je refuse de croire que tu es mort… Tu n’avais pas le droit de me faire ça… Tu m’avais promis d’être là, quand mon père est parti… Tu m’avais juré de ne jamais m’abandonner…
Ses mots se perdaient dans un flot de larmes.
Chloé( voix cassée)
_ J’ai que toi, mon amour… Que toi… Qu’est-ce que je vais devenir sans toi ?
La photo trembla dans ses mains, et ses pleurs se mêlèrent au vent qui gémissait doucement à travers la fenêtre entrouverte. Dans cette chambre, tout semblait s’être arrêté. Seule la douleur continuait de vivre.
Et pendant qu'elle vidait toutes les larmes de son corps, de l’autre côté de une grande maison, dans un vaste salon aux murs crème et aux baies vitrées qui reflétaient des lueurs dorées, sa mère était confortablement installée sur un canapé en cuir. Un flûte de champagne à la main, elle affichait un sourire froid, parfaitement contrôlé. À ses pieds, son homme de main venait de lui annoncer la nouvelle qu'elle attendait.
La mère de Chloé (un sourire carnassier au coin des lèvres)
— Enfin une bonne nouvelle après tout ce temps. Maintenant que cet homme est mort, je pourrai me rapprocher plus facilement de ma fille. Tu as fait du bon boulot.
L’homme, qui n’était autre que celui qui avait tiré sur Lorenzo, se tenait debout en face d’elle. Son visage était impassible, mais un sourire dangereux fendait ses traits.
L’homme (voix basse, grave)
— Tout s’est bien passé, madame. Je dirai à Carlos de reprendre contact. La petite aura besoin de consolation après cette mort tragique. Carlos fera le nécessaire pour la ramener sans éveiller le moindre soupçon, sans violence inutile.
La mère de Chloé plissa les yeux, satisfaite. Son sourire n’avait rien d’un sourire maternel : c’était un calcul froid.
La mère de Chloé (avec un air de commandement)
— Très bien, je veux la voir le plutôt que possible . Je n’ai plus de temps à perdre.
L’homme la rassura d’un ton sûr, presque avare d’empathie.
L’homme (rassurant)
— Ne vous inquiétez pas, patronne.
Quelques heures plus tard.
Villa de Lorenzo.
La nuit avait déjà enveloppé la villa. L’obscurité rendait la grande maison encore plus silencieuse, comme si la douleur qui l’habitait absorbait les sons. L’air était lourd de tristesse. Les parents de Lorenzo et Marco étaient partis, Chloé avait exigé de rester seule, un isolement glacial pour contenir l’orage qui la traversait.
Assise sur le canapé du salon, toujours vêtue des mêmes habits froissés depuis la veille, Chloé tenait encore, serrée contre elle la photo de Lorenzo. Ses doigts tremblaient ; ses cheveux en bataille accrochaient la lumière des lampes. Son visage, creusé par les larmes, était marqué par une douleur vive qui lui broyait la poitrine. Pourtant, sous cette douleur, une colère noire grondait, sourde et prête à éclater.
Chloé (voix intérieure, haletante)
— Il l’a tué… je l’ai vu. J’ai vu cet homme tirer sur Lorenzo et je n’ai rien pu faire. Pourquoi lui ? Pourquoi me l’ont-ils pris ? Pourquoi ?
Les sanglots secouaient son corps, mais ce n’étaient pas que des larmes : c’étaient des éclats de rage qui lavaient à la fois l’amour et l’horreur. Elle serra la photo contre son cœur jusqu’à en blanchir le papier.
Chloé (murmure, la mâchoire serrée)
— Je ne le laisserai pas s’en tirer. Je te le promets, mon amour. Il paiera, je le retrouverai et je lui ferai payer ce qu’il t’a fait, même si je dois devenir une meurtrière pour cela.
La dernière phrase sortit comme un souffle coupé, ni cri ni prière, mais une promesse froide. Elle essuya brusquement ses larmes d’un revers de main. Son regard vide se perdit un instant sur la photo de Lorenzo qu’elle tenait serrée contre elle. Elle la déposa doucement sur le canapé, inspira un grand coup puis se leva d’un bond, comme animée d’une énergie soudaine.
Ses doigts tremblaient quand elle fouilla dans la poche de son jogging. Elle en sortit le téléphone de Lorenzo, celui qu’elle avait gardé depuis la veille et l’alluma. Sans réfléchir, elle chercha le numéro de Marco et lança l’appel, tournant en rond dans le salon, le cœur battant à tout rompre.
Quelques secondes plus tard, la voix de Marco résonna dans le combiné.
Marco
_ Allô, Chloé ? C’est toi ?
Chloé (calme, mais ferme, la voix serrée)
_ Marco, faut qu’on se voie, maintenant. Je veux comprendre ce qui est arrivé à mon mari.
Marco (surpris)
_ Qu’est-ce que tu racontes ? Tout va bien ?
Chloé (coupant, plus dure)
_ J’ai dit que je veux te voir. Viens à la villa. Tout de suite.
Sans attendre de réponse, elle raccrocha et jeta le téléphone sur le canapé. Son souffle se brisa, et les larmes recommencèrent à couler, brûlantes, incontrôlables. Elle s’effondra à nouveau sur le canapé, attrapa la photo de Lorenzo et la caressa du bout des doigts comme si le contact pouvait le ramener.
Chloé (voix cassée, presque un murmure)
_ Mon amour... pardonne moi. Si seulement t’étais pas venu me chercher chez Val… peut-être que tout ça serait jamais arrivé.
Sa voix se perdit dans le silence. Elle ferma les yeux, le cœur serré à s’en étouffer. C’est alors que la sonnerie de la porte retentit. Le bruit la fit sursauter violemment. Elle resta figée quelques secondes, le regard vide fixé sur la porte, avant de se lever lentement. Elle reposa la photo, essuya ses joues trempées et alla ouvrir.
De l’autre côté, Valentina se tenait là, les yeux rougis, les larmes coulant sans retenue. À côté d’elle, Carlos affichait une mine sombre, les mains enfoncées dans les poches.
Val (en pleurs)
_ Ma chérie… je viens d’apprendre la nouvelle. Toutes mes condoléances.
Chloé n’eut pas la force de répondre. Elle s’effondra dans les bras de Valentina, éclatant à nouveau en sanglots. Val la serra fort, caressant doucement ses cheveux, murmurant des mots qu’elle n’entendait même pas.
Val (doucement, la voix tremblante)
_ Je suis là, ma belle. T’es pas seule, d’accord ?
Chloé (étouffée par les sanglots)
_ Val… Lorenzo n’est plus. Il est parti… tout est allé si vite… j’arrive pas à y croire…
Les deux femmes restèrent enlacées un long moment, leurs larmes se mêlant. Puis Chloé recula, les yeux gonflés, vidés de toute lumière.
Carlos s’approcha d'elle en hésitant, posa une main lourde sur son épaule comme pour l’ancrer au sol.
Carlos (d’une voix contrite)
— Je suis vraiment désolé pour ton mari… lui et moi, on s’est connus sur de mauvaises bases, mais ça n’enlève rien à la peine. C’est… c’est triste.
Chloé se remit à sangloter, sans retenue. Les sanglots secouaient sa poitrine, sa tête avait du mal à rester droite. Carlos fit un pas et l’entoura. Elle s’effondra presque entre ses bras, cherchant un point d’appui. Il la serra contre son torse, ses doigts passèrent une fois dans ses cheveux comme pour apaiser, un geste doux mais un peu trop intime pour l’instant.
Carlos (murmurant, trop calme)
— Allez, ma belle, tiens bon. Je suis là pour toi. Tu peux compter sur moi, tout ira bien.
Chloé se recula lentement, les yeux rouges, la poitrine encore heurtée par les pleurs. Sa voix était brisée.
Chloé (à voix cassée)
— Merci… merci pour le soutien. Je ne veux pas paraître froide, mais j’ai besoin d’être seule, s’il te plaît.
Val, qui restait près d’eux, se redressa, la mine inquiète.
Val (pressante)
— Non mais attends, ma belle, tu peux pas rester seule comme ça. Tu vas pas tenir.
Chloé (insistante, tremblante)
— T’inquiète pas, je vais… je vais m’en sortir.
Carlos (calmement)
— Écoute Val, Chloé. Laisse-nous rester avec toi.
Chloé souffla, comme si chaque mot la vidait un peu plus.
Chloé (faiblement)
— Je suis désolée, Carlos, mais je veux vraiment être seule… je…
Val (ferme)
— Non, je restes ici avec toi. Carlos, tu peux rentrer.
Le regard de Val se posa sur Carlos avec une autorité froide. Il acquiesça, sans insister mais son sourire était vague, pas tout à fait naturel. Il s’approcha de Chloé, déposa un b****r sec sur son front, un geste qui se voulait protecteur mais qui laissa Chloé mal à l’aise, comme si le contact avait été calculé. Puis il tourna les talons et quitta la pièce, sans un mot de plus.
Chloé glissa jusqu’au canapé; Val la suivi après avoir verrouillé la porte et s’assit à côté d’elle, passant sa main, tremblante, dans sa chevelure emmêlée.
Val (les yeux brillants)
— Dis-moi ce qui s’est passé… je comprends rien. J’ai lu que… ils lui ont tiré deux balles dans le dos.
Chloé laissa échapper un sanglot qui ressemblait à un cri étouffé.
Chloé (en pleurs)
— Ils l’ont tué, Val… je l’ai vu. C’était un type masqué. J’attendais qu’il arrive pour ouvrir la porte, et là, j’ai vu un type avec une arme. Il était derrière lui. J’ai pas eu le temps de prévenir Lorenzo. Tout s’est passé en une fraction de seconde.
Val secoua la tête, les traits tirés, la gorge serrée.
Val (attristée)
— Pauvre Lorenzo… il était grincheux, mais c’était un bon gars. Il méritait pas ça. Est-ce qu’il avait des ennemis ? Tu sais quelque chose ?
Chloé planta son regard vide dans le sien, une flamme noirâtre passant par-dessus la tristesse.
Chloé (voix étranglée)
— Je sais pas encore, mais je vais le savoir. Je te jure que je lui ferai payer. Je te le jure.
Val, curieuse et inquiète, demanda d’une voix basse :
Val
— T’as vu le corps ?
Chloé secoua la tête, comme si l’image même de la scène la repoussait.
Chloé (entre deux sanglots)
— Non, je me suis écroulée quand ils nous ont annoncé la nouvelle. Marco était là. Je me suis réveillée à la maison aujourd’hui, ils m’ont sûrement transférée. Mes beaux-parents doivent aller à l’hôpital pour récupérer le corps. Je vais y aller demain… même si au fond de moi, j’ai du mal à y croire. C’est pas possible qu’il soit mort dans cette salle d’opération.
Val passa sa main sur l’épaule de Chloé, mal à l’aise devant l’abîme de douleur de son amie.
Val (douce mais réaliste)
— Même si c’est dur, tu dois accepter et essayer d’avancer, de continuer à vivre…
Chloé leva des yeux rouges vers elle, son visage était devenu dur, comme taillé dans la rage.
Chloé (d’une voix froide et contenue)
— Jamais, jamais je ne vivrai sans lui. Si il est mort, c’est en partie ma faute. S’il n’était pas venu me chercher, tout ça n’aurait peut-être pas eu lieu.
Val se raidit, refusant cette culpabilité absurde.
Val (ferme)
— Non, tu n’es pas responsable. Le seul coupable, c’est celui qui a appuyé sur la gâchette. C’est lui qu’il faut arrêter. Il mérite de...
Chloé coupa Val, sa voix devenue tranchante, glaciale, presque étrangère.
Chloé (les yeux incendiaires)
_ Mourir, ce fils de p**e mérite de crever, et je m’occuperai de lui moi-même.
Val fronça les sourcils, une alarme muette dans son expression. La phrase de Chloé n’était plus un cri de douleur mais une promesse lourde, noire. Dans ses yeux, Val vit quelque chose qui n’était plus la Chloé joyeuse qu’elle connaissait : une haine sèche, mécanique, prête à tout pour se nourrir de vengeance. Sa main, posée sur la nuque de Chloé, tremblait.
Chloé était vidée de toute autre émotion ; son visage était figé, ses traits durs comme une pierre. Ses larmes coulaient sans cesse, mais c’était une pluie froide, sans apaisement. Val, à côté d’elle, continuait de caresser ses cheveux avec une douceur inquiète, l’amitié en bouclier, la peur au ventre devant ce qu’elle voyait : son amie prête à basculer.
À suivre...