Chapitre 1
Wyatt
— Gil... On a un c*****d bourré dans le salon VIP numéro 2 qui n’a pas l’air de capter le sens du mot « non ». Je ne sais pas pourquoi Misty n’est pas d’accord, mais va t’occuper de lui, m’ordonne Lance Portman en me prenant par l’épaule pour attirer mon attention par-dessus la musique.
Heureusement, mon nouveau surnom de Gil me vient très naturellement maintenant, et je crois même que si on m’appelait Wyatt, je ne réagirais pas tout de suite.
C’est simplement le résultat de trois mois d’infiltration sous le nom de Charles « Gillette » Hawkins... ou « Gil » pour mes amis, connaissances criminelles, et collègues de travail. J’assume entièrement ma nouvelle identité et, mis à part mon dégoût profond de travailler au Platinum Club, cette boîte de strip-tease sordide, l’opération se déroule bien.
Je fais un signe de tête vers Lance, le sous-directeur des lieux, et je me tourne vers l’escalier. Du coin de l’œil, je vois Leisha en train de ramper sur scène en balançant d’avant en arrière ses énormes bonnets D en direction d’un client qui agite un billet de cinquante dollars. Je capte le regard de Leon pour lui demander de garder un œil sur la scène, et je lève la tête en lui indiquant que je vais à l’étage. La bagarre a déjà éclaté plus d’une fois quand Leisha agite ses roberts devant les clients, et Leon est l’un de nos videurs les plus fiables ici. Je n’hésite pas à m’éloigner du niveau principal quand il est là. Ses énormes biceps de la taille de deux jambons suffisent à calmer les clients les plus turbulents en mon absence.
Mon travail de manager ici comporte de multiples facettes. Officiellement, je supervise toutes les danseuses et le personnel d’appoint (barmans et videurs) ; je gère l’inventaire, j’encaisse la recette tous les soirs, et je la dépose à la banque. J’organise les plannings pour tout le monde et je suis de service tous les soirs pour m’assurer que tout se passe bien. En gros, je fais des tâches quotidiennes de gestion d’entreprise. Plus officieusement, et moins légalement, je supervise aussi pas mal de choses. Après avoir gagné la confiance de la direction, l’un de mes premiers gestes criminels a été d’identifier les clients intéressés par plus qu’une simple danse sur les genoux.
Oui, dans la pratique, je suis devenu le proxénète de la maison. Je m’assure que les types excités qui ont le budget adéquat peuvent se faire s***r par les danseuses, ou même les b****r s’ils réussissent mon test.
C’est la raison pour laquelle je suis en ce moment même en route vers le salon VIP numéro deux. Misty a deux gentlemen (et j'utilise ce terme plus que libéralement) en sa compagnie. Ce sont des clients réguliers qui dépensent beaucoup d’argent, et Simon veut qu'ils soient bien traités. Malgré le sentiment de malaise que cela génère en moi, je dois faire en sorte que Misty honore la promesse qu’elle leur a faite, sinon c'est moi qui vais avoir le feu aux fesses si jamais Simon a le moindre soupçon. C’est grâce à cette petite activité de p**********n que j’ai réussi à gagner sa confiance, et à être admis dans son noyau proche.
Simon Keyes est ma cible principale. C’est lui que j’essaie de faire tomber dans cette opération.
C’est le propriétaire du Platinum Club et en parallèle, il a aussi d’autres petites affaires qui frôlent plus ou moins les limites de la légalité, notamment : un commerce de prêteur à gages qui masque une activité de recel et de revente de biens volés ; une franchise de la Western Union, qui encaisse des chèques d'aide sociale bidon en échange d'une partie des recettes ; et une boulangerie qui sert de façade à un trafic de méthamphétamine. Aucune de ces activités ne nous intéresse, ni moi, ni la police de Raleigh, ni le FBI.
Non, l’activité que nous voulons démanteler est très secrète et il m’a fallu pas mal de temps pour m’en rapprocher. Parce que si Simon se fait prendre pour ce qui nous intéresse vraiment, il sera mis hors d’état de nuire une bonne fois pour toutes. Il se montre donc extrêmement pointilleux sur les gens à qui il accepte d’accorder sa confiance.
Simon Keyes opère dans le trafic humain : il vend des esclaves du sexe. Il est apparu sur le radar du FBI il y a environ deux ans, lors d’une enquête ouverte suite à la plainte de Laney Tellar, une jeune femme de Denver. Elle s'est présentée au poste de police en racontant qu'elle avait été enlevée et vendue comme esclave sexuelle. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle avait été détenue, mis à part qu’il s’agissait d’une propriété privée dans un quartier inconnu. Elle avait été enchaînée pendant toute la durée de sa captivité, et elle n'avait donc jamais su dans quel État elle se trouvait. Cependant, son propriétaire, « le maître », comme on lui avait dit de l'appeler, ne pouvait apparemment pas se séparer d'elle et avait insisté pour qu'elle l'accompagne en voyage d'affaires à Denver. Là aussi, il l'avait enchaînée dans l’élégante chambre d'hôtel qu'il avait réservée pour trois jours.
Il avait commis l'erreur de laisser la clé des menottes sur la table de nuit en allant prendre une douche et elle s'était libérée puis avait pris la fuite le plus vite possible. Le temps que la police obtienne sa déposition et envoie des unités à l'hôtel, l'homme avait déjà filé depuis belle lurette. Bien sûr, il avait réservé la chambre sous un pseudonyme et s’était envolé sans laisser aucune trace. Laney avait mentionné dans sa déposition qu'il leur avait fallu environ six heures pour rejoindre Denver en voiture depuis l'endroit où elle était détenue, de sorte qu’on avait pu déterminer le rayon géographique approximatif de sa prison, mais sans plus de détail.
La seule certitude, c’est que Laney avait été enlevée à Raleigh, en Caroline du Nord, où elle vivait depuis qu'elle avait laissé tomber l'université à l'âge de dix-neuf ans. À vingt ans, elle dansait au Platinum Club et était accro à la c*****e. Ses derniers souvenirs précis de la Caroline du Nord remontaient au moment où elle s'était couchée dans son petit appartement miteux de Cowell Street en centre-ville.
Elle s'était réveillée bâillonnée, pieds et mains ligotés, ballotée à l'arrière d'un fourgon.
Elle avait rencontré son « maître » deux jours plus tard et avait enduré près de deux mois de viols quasi quotidiens avant de pouvoir s'échapper.
À ce stade, rien ne permet d’établir avec certitude un lien entre le Platinum Club ou Simon Keyes et son e********t. Keyes est connu des services de police pour avoir fait plusieurs séjours en prison suite à des crimes mineurs, mais mis à part son passé douteux, il n’existe aucune piste tangible sur laquelle s’appuyer et qui permette de faire le lien entre Simon et l'e********t. La seule chose ayant retenu l'attention du FBI, c’est la disparition mystérieuse de plusieurs danseuses de son club sur les deux dernières années. Du jour au lendemain, elles arrêtent de se présenter au travail, et le taux de roulement de ses danseuses est anormalement élevé pour cette industrie. En règle générale, ces femmes se voient offrir bien plus d'argent qu'elles ne peuvent rêver d’en gagner. C’est le genre de somme dont elles pourraient difficilement se passer.
La police et le FBI savent que le taux de rotation des danseuses est élevé pour le milieu grâce à la taupe qu’ils ont sur les lieux. Ce n'est qu'un videur et il n'a aucune chance de pouvoir gagner la confiance de la direction, d’autant plus que ce n’est pas son travail. Mais on lui a demandé de garder un œil sur ce qui se passait et de signaler toute anomalie, et c'est ce qu'il a fait pendant près de dix-huit mois, en alertant les enquêteurs sur le nombre anormalement élevé de femmes qui arrêtaient de venir au travail comme prévu. La police s’était subrepticement déplacée pour assurer un suivi d’enquête, et pour tenter de retrouver la trace de ces femmes, mais en vain. Toutes étaient restées introuvables. À chaque fois, leur appartement avait l’air normal en apparence, comme si elles étaient juste sorties faire des courses. Leurs vêtements et leurs effets personnels étaient encore sur place, y compris leur portefeuille et leur pièce d'identité. Elles avaient de toute évidence été enlevées. Depuis trois mois que je suis ici, encore deux danseuses ont disparu. Le plus triste, c'est que leur disparition n'est jamais signalée par personne. Elles n’ont aucune famille, pas d'amis. Les victimes sont clairement ciblées et identifiées comme des filles qui ne manqueront jamais à qui que ce soit.
Entre la moyenne de l'industrie (il faut dire que le FBI a des statistiques sur tout, ou presque), et la disparition pure et simple de ces filles, le FBI a la conviction que le club de strip-tease, et surtout Simon Keyes, sont impliqués jusqu’à la moelle dans une activité extrêmement vile.
L'hypothèse étant le commerce d'esclaves du sexe. Mais il faut des preuves solides pour établir un lien avec Simon Keyes dans cette affaire et réussir à démanteler le réseau.
Je n’ai pas eu de mal à obtenir un poste au club, mais il m’a été beaucoup plus difficile de gagner la confiance de Simon. Le FBI m'a fourni un pseudo d'emprunt très solide, Charles « Gillette » Hawkins. J'ai soi-disant fait de la prison pour t**************e, et on m'a surnommé « Gillette ». Comme vous l'aurez compris, ce surnom est un rappel de mes compétences expertes dans le maniement des cutters et des lames de rasoir. Je suis arrivé chez Simon Keyes hautement recommandé par un informateur du FBI encore actif dans le milieu criminel, qui rend service au gouvernement en échange de certaines faveurs. Cet informateur connaît bien Simon Keyes et a même des liens avec la mafia, sa parole a donc énormément joué en ma faveur auprès de Simon.
Simon m'a embauché sur le champ après un entretien improvisé alors que nous étions assis au bord de la scène principale une après-midi, à regarder des seins et des fesses tournoyer dans tous les sens.
J'ai commencé comme videur et j'ai rapidement fait mes preuves. J'ai accepté chacune des petites « missions » que Simon me confiait, qui, j'en suis convaincu, étaient illégales. Mais malgré cela, il ne me faisait pas assez confiance pour m’en révéler le détail. Il pouvait s'agir de « récupérer un paquet » chez un associé ou de « livrer une mallette avec du liquide » à un autre associé. Je n'ai jamais posé de question, je me suis concentré sur mon travail, et j'ai prouvé à Simon que j'étais loyal et que je savais tenir ma langue. Au bout de deux mois, il m’a promu au poste de manager.
J’ai réussi une première grande percée pour gagner sa confiance en lui apportant la preuve de mes compétences criminelles. La p**********n sévit activement au Platinum, et on m’avait expliqué lors de mon briefing de préparation que le club avait déjà été obligé de fermer une ou deux fois par le passé à cause de ça. Ce n'était pas grand-chose, rien de suffisant pour pouvoir coincer Simon Keyes. Néanmoins, cela m’a suffi à m’engouffrer dans la brèche. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que la p**********n était omniprésente au club, et que la plupart des filles étaient dans le coup. Les images des caméras installées dans les salons VIP me l'ont confirmé.
Je suis donc passé à l’action. Je suis allé frapper à la porte de son bureau une nuit après la fermeture.
— Simon... tu aurais une minute ?
Ce type est une véritable ordure, mais à s’en fier aux apparences, on ne s’en douterait absolument pas. C'est un bel homme de quarante-deux ans avec d’élégants cheveux bruns, qui porte des costards à mille dollars la pièce et qui arbore une civilité bien cultivée.
— Bien sûr... Entre, Gil.
Il a refermé un registre comptable sur son bureau et s’est levé de sa chaise.
Je suis entré, j'ai fermé la porte et je l'ai regardé ouvrir le coffre-fort derrière son bureau. Après y avoir rangé l’épais registre et l’avoir refermé, il s'est retourné et s'est rassis, en me faisant signe de prendre place sur une chaise en face de lui, de l’autre côté du bureau.
— De quoi s’agit-il ? a-t-il demandé en posant ses coudes sur le bureau et en appuyant son menton sur ses mains croisées.
— Écoute... Je suis de très près tout ce qui se passe au club, et à mon avis, tu as un problème. Je suis presque certain que les filles se tapent des clients dans les salons VIP et qu’elles empochent le fric.
Je l'ai observé attentivement pour noter sa réaction, mais cela n’a pas été nécessaire pour me confirmer ce que je savais déjà. Simon Keyes est parfaitement au courant de ce qui se passe dans son club. Rien ne lui échappe, et comme il touche une partie des pourboires des filles tous les soirs, il sait exactement par quels moyens elles se font ce genre de blé.
— Vraiment ? Ce n’est pas bien du tout, a-t-il commenté d’un ton neutre.
— Ce qui n'est pas bien du tout, c’est la façon dont ça se passe, ai-je rétorqué.
En le voyant froncer un sourcil curieux vers moi, j’ai continué sur ma lancée.
— Il n'y a aucune raison pour qu’un pourcentage de ce business ne te revienne pas. C’est toi qui mènes la danse ici, et c’est aux filles de te suivre. Tout cet argent qu'elles gagnent, elles le gagnent uniquement parce qu’elles ont l'opportunité de danser ici. Grâce à toi.
J'ai marqué une pause dans l’attente de sa réaction, qui ne m’a pas échappé. Un soulèvement à peine perceptible du coin de la bouche et un profond intérêt dans son regard.
Malgré cela, il est resté sur ses gardes ; je ne faisais pas encore partie des proches dignes de sa confiance.
— Sauf que la p**********n est illégale.
J'ai reniflé un grand coup, pour accentuer l’effet dramatique, en me penchant plus en avant sur ma chaise.
— Aucune importance, du moment que tu ne te fais pas prendre, ai-je lancé avec suffisance. J'espère juste que j’aurai droit à une part équitable si je règle ça pour toi.
Simon a froncé les sourcils un instant, et il m’a jugé digne de sa confiance. Et c’est là que j’ai eu un premier aperçu de deux de ses collaborateurs les plus proches : Simon Keyes et son bras droit, Lance Portman.
— Je le sais, que les filles b*****t pour se faire du fric. Je reçois déjà une part du gâteau, s’est-il écrié, en chassant une poussière imaginaire du coin de sa veste.
D’un regard insistant, il m’a scruté de près, pour me jauger, à l’affût de la moindre faille.
C’était exactement la réaction que j’attendais, et j’avais déjà ma réponse toute prête, pour lui prouver que j'étais digne de sa confiance. Je l’ai félicité, histoire de flatter son ego déjà démesuré.
— Ça ne m’étonne pas, évidemment. Après tout, tu es un homme d'affaires avisé. Mais moi, je peux te faire gagner encore plus d'argent.
Il m'a regardé intensément en se pendant par-dessus son bureau.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— J'ai pas mal d'expérience dans le domaine. Pour l'instant, tu n’as qu’une poignée de clients réguliers. Mais je parie que je pourrais passer en revue tous les clients potentiels, établir un menu avec une grille de prix, et faire payer ceux qui b*****t beaucoup plus cher. Et après, tu partages les bénéfices avec les filles : moitié-moitié. Sans compter que je sais renifler un flic en planque à des kilomètres.
— Et tu veux quoi, en échange de tes services ? a-t-il demandé avec une lueur glaciale dans le regard.
Je me suis avancé vers lui, le regard confiant, en répliquant :
— Je veux dix pour cent. Je développe ton business, je m’occupe de protéger les filles, et je te garantis que les flics ne te coinceront jamais.
Les yeux de Simon ont brillé de cupidité et j'ai compris que c'était un marché conclu.
Bien sûr, mes dix pour cent iraient directement aller alimenter les preuves, et s’ajouteraient aux charges complémentaires que j'espérais pouvoir faire peser sur lui jusqu'à ce qu'il soit hors d’état de nuire.
J’étais malade rien qu’à l’idée de devenir proxénète, mais j’ai quand même réussi à m’infiltrer parmi les proches collaborateurs de Simon et à obtenir sa confiance.
Une fois arrivé en haut des escaliers, je me dirige à droite, en direction du couloir étriqué qui abrite les trois salons VIP. Chacun d’entre eux est meublé d’un canapé, de fauteuils en velours et d'une barre de strip-tease privée. Chaque pièce possède également un large miroir sans tain posé au mur et qui donne sur l'intérieur du club : ainsi, les clients VIP peuvent choisir d’assister à leur propre spectacle particulier, ou alors suivre ce qui se passe sur scène.
J'ouvre la porte du numéro deux et je trouve Misty assise sur le canapé, les jambes croisées, occupée à se limer les ongles avec une expression d’ennui profond sur le visage. Elle porte un corset noir bordé de dentelle rouge, un string, et des talons compensés noirs. Ses cheveux blonds sont relevés en une longue queue de cheval, sa marque de fabrique ; elle m'a confié un jour qu'elle les attachait ainsi pour ne pas être gênée quand elle suçait les clients.
C’est la finesse incarnée, celle-là.
Deux réguliers qui profitent de nos salons VIP plusieurs fois par semaine sont debout dans le coin. Celui qui se fait appeler John s'approche de moi, visiblement en colère.
— J’ai payé cette s****e, mais elle refuse de faire le boulot ! éructe-t-il en crachant partout.
Tout en essuyant calmement le postillon qui vient d’atterrir sous mon œil, je regarde Misty.
— C'est vrai ?
Elle lève ses grands yeux noirs vers moi en prenant un air innocent.
— Ils veulent une double pénétration ! Je ne vais pas me la faire mettre deux fois dans le c*l pour cinq cents dollars de rien du tout. Si c'est tout ce qu'ils peuvent lâcher, il n’y en a qu’un qui aura ma chatte. L'autre n’a qu’à prendre ma bouche.
Je me fais violence pour éviter de grimacer de dégoût, mais je me retourne vers les types.
— Le tarif est de mille dollars pour ce que vous demandez les gars. Si vous n'avez que cinq cents dollars, vous aurez droit à un peu d'action bouche et chatte, mais ça s’arrête là.
Les gars grommellent, mais sortent leur portefeuille pour en extraire cinq cents dollars de plus. John les compte rapidement et les tend à Misty en marmonnant des insultes. Elle prend calmement l'argent et le fourre dans la jarretière autour de sa cuisse, puis entreprend d’ôter son corset.
Alors que je me détourne pour quitter la pièce, sachant mon travail terminé, la voix de Misty m’interpelle :
— Tu devrais rester et regarder.
Ma tête pivote dans sa direction.
— Le beau gosse ici présent est pas mal bourré, et je ne me sens pas vraiment en sécurité avec ces deux-là. Tu devrais rester... tu sais, histoire de t'assurer que les choses ne partent pas dans tous les sens.
Je ne peux pas m'en empêcher. Cette fois, mon nez se plisse, c’est trop répugnant. D’un ton assuré, j’insiste :
— Je te garantis que tu es en sécurité.
Je fixe les hommes bien en face avant de reprendre :
— Ces messieurs seront très doux, n'est-ce pas ?
Tous deux acquiescent rapidement, les yeux directement scotchés sur les énormes seins de Misty qui s’échappent du corset.
— Parfait. Dans ce cas, amusez-vous bien.
Je me retourne une fois encore.
— C'est dommage, retentit encore la voix moqueuse de Misty. Je sais que tu aimerais beaucoup me voir au travail, Gil.
Je rétorque sans même la regarder.
— Ça ne me botte pas.
Je sors en refermant doucement la porte derrière moi.
Bon sang, qu’est-ce que je hais cette partie de l'opération. Vendre du c*l à des gros dégueulasses qui trompent leurs femmes pour se taper le grand frisson. Ça me débecte à un point… c’est carrément abyssal. Je continue à me répéter en boucle que le but ultime de tout ceci est de sauver un maximum de femmes.
Dès que j’en aurai fini avec cette affaire sordide, je me passerai au désinfectant de la tête aux pieds : aucun doute là-dessus. Juste pour que cette saleté ne me colle pas à la peau. Je sais aussi que quand tout sera terminé, je ne travaillerai plus jamais sous couverture.