CHAPITRE –5

660 Parole
Chapitre 5 : Dans les ténèbres de la meute L’escalier en colimaçon s’enfonçait dans la terre comme un œsophage de pierre. À chaque marche, la lumière des torches faiblissait, remplacée par une humidité glaciale qui s’infiltrait sous ma peau. Mes pieds nus glissaient sur les pierres mouillées. Ma main broyée avait triplé de volume, et la douleur était devenue une compagne silencieuse, presque familière. Les gardes m’ont poussée sans un mot. Leur mépris était palpable pour eux, je n’étais plus la fille de l’Alpha, j’étais une condamnée, une paria. Nous avons atteint un couloir étroit bordé de cellules aux lourdes portes de fer. L’une d’elles s’est ouverte dans un grincement sinistre. On m’a jetée à l’intérieur. Je me suis écrasée sur un sol de terre battue. La porte a claqué derrière moi. La barre de verrou s’est abattue dans un écho définitif. Puis les pas des gardes se sont éloignés, de plus en plus faibles, jusqu’à ce que seul le silence m’entoure. L’obscurité était presque totale. Un mince rayon de lune filtrait par un soupirail grillagé, trop haut, trop étroit. Il découpait un rectangle pâle sur la paroi opposée. Le reste n’était qu’ombre et froid. Je me suis traînée jusqu’au mur le plus proche et me suis adossée à la pierre glacée. Mon souffle formait de petits nuages devant ma bouche. Ma robe en lambeaux ne me protégeait plus de rien. J’ai ramené mes genoux contre ma poitrine et j’ai enfoui mon visage dans mes bras valides. Alors, dans le noir, les vannes ont cédé. Les larmes que j’avais retenues devant le conseil, devant Kendra, devant mon père, ont jailli d’un coup. De gros sanglots silencieux ont secoué mes épaules. Pas de cris, pas de hurlements je n’en avais plus la force. Juste des larmes brûlantes qui traçaient des sillons dans la crasse et le sang séché sur mes joues. Pourquoi ? Pourquoi Chris m’avait-il fait ça ? Pourquoi mon père m’avait-il reniée ? Pourquoi ma louve ne s’était-elle jamais manifestée, me laissant vulnérable, méprisable aux yeux de tous ? J’ai fermé les yeux et j’ai cherché encore une fois, désespérément, une présence animale en moi. Le silence intérieur a été pire que l’obscurité de la cellule. Rien. Toujours rien. Juste un vide glacé à la place où aurait dû rugir ma louve. Je me suis sentie si seule que j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter. La douleur dans ma main pulsait au rythme de mes sanglots. Je savais que sans soins, mes doigts guériraient de travers. Je savais que personne ne viendrait m’apporter de l’eau ou de la nourriture. J’étais condamnée à pourrir ici, lentement, jusqu’à ce que Hilda vienne finir le travail. Mais alors, dans le silence le plus profond de la nuit, quelque chose a changé. Au creux de mon ventre, une chaleur s’est réveillée. Différente de la douleur. Plus ancienne. Plus profonde. Ce n’était pas ma louve pas encore. C’était comme une braise qu’on croyait éteinte et qui, sous la cendre, rougeoie à nouveau. La même force qui avait grondé dans la salle de cérémonie, pendant le jugement. Je ne comprenais pas ce que c’était. Mais j’ai senti qu’elle m’avait entendue. Et qu’elle attendait. Le rayon de lune s’est déplacé lentement sur le mur. Le temps s’est étiré, interminable. Je n’ai pas dormi. Je suis restée là, les yeux ouverts dans le noir, à écouter mon propre souffle, à sentir cette minuscule chaleur qui refusait de mourir. Au loin, j’ai entendu un bruit de pas. Qui revenait. Ce n’était pas l’heure des gardes. Les pas étaient plus légers, plus mesurés. Une odeur sucrée a flotté dans l’air vicié de la prison. Le parfum d’Hilda. La porte de ma cellule n’avait pas encore bougé, mais je savais qu’elle était là, derrière le battant de fer. Un frisson glacé a remplacé la chaleur naissante. La visite de la vipère allait commencer. Et moi, brisée, seule dans le noir, je n’avais que cette braise inconnue pour me défendre.
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