Chapitre 3

1948 Parole
Chapitre 3 Ever — Alors, as-tu des nouvelles de ton s****d d’ex ? demande Emily alors que nous roulons vers Hoboken. Je ris volontiers. — Surveillez votre langage, Mlle Burnham. Où avez-vous appris un tel mot ? Elle quitte la route des yeux pour me faire un sourire plein de malice. — C’est comme ça que Nix appelle mon ex. Ça semble approprié. Emily est l’une des rares personnes à savoir que j’ai surpris Marc en train de me tromper. Elle et moi sommes devenues de bonnes amies depuis que nous nous sommes rencontrées dans un cours de journalisme à Columbia il y a plus d’un an. Elle a les pieds sur terre et l’esprit vif. Elle a aussi été une oreille attentive quand mes fiançailles se sont soudainement arrêtées. Retournant mon attention sur sa question initiale, je lui réponds : — Eh bien… en fait, il est passé juste avant pour récupérer la bague de fiançailles. — Il a voulu la récupérer ? demande Emily avec stupeur. Je hausse les épaules. — Ça ne me dérangeait pas. Ce n’est pas comme si j’allais la porter un jour. Emily ricane. — J’aurais refourgué ce foutu truc et j’aurais acheté assez de préservatifs pour b****r tous les beaux gosses qui croisent mon chemin. C’est moi qui ricane à présent, avant de rire jusqu’à m’en faire mal aux côtes. — C’est une idée. Dommage que je lui ai déjà rendu la bague. Mais bon… maintenant que je suis une femme qui travaille à plein temps, je peux me payer mes propres préservatifs ! — Oui, s’écrie Emily en riant. Je crois fermement à l’utilisation d’un bon o*****e pour se coller un sourire sur le visage. C’est décidé ! Notre hilarité se transforme en gloussements, puis Emily me regarde à nouveau. Son visage est plein de bonté. — Sérieusement… comment vas-tu ? — Je vais bien, assuré-je. Et je le pense. — Je n’ai même pas versé une larme pour lui. Emily reste silencieuse un instant. — Ce n’est pas une bonne chose, Ever. Tu as besoin de faire ton deuil. — Je ne peux pas, avoué-je franchement. Mon cœur s’emballe un tout petit peu, puis se calme en se repliant dans son enveloppe de glace. — Peux pas ou veux pas ? Emily dispose d’une sagesse qu’aucune personne de vingt-et-un an ne devrait posséder. — Je ne peux pas. Je pense que je suis peut-être brisée ou quelque chose comme ça. J’annonce les choses telles qu’elles sont, sans amertume ni pitié. Je pense vraiment que je suis brisée, mais il n’y a pas de raison de se lamenter à ce sujet. Je regarde Emily et elle me rend un regard inquiet. Elle retire une main du volant pour attraper la mienne. — Tu n’es pas brisée. Tu as juste besoin de temps pour accepter ce qui s’est passé. Oh, si seulement elle savait. J’avais déjà accepté ce qui s’était passé. Ce n’était pas la première fois que je devais le faire car Marc n’était pas le premier homme à me trahir. Mon cœur avait déjà été brisé une fois auparavant, et la douleur m’avait presque détruite. Cette fois-là, j’avais été en deuil… sévèrement. Tellement sévèrement que j’avais pensé à tout arrêter. Heureusement, j’avais eu le courage de passer à autre chose. Après avoir enduré tant de douleur et de misère, c’était même un miracle que je me sois ouvert à Marc. J’étais tellement fermée, tellement distante que je ne pensais pas qu’il était possible pour moi de faire preuve d’amour. Mais Marc avait réussi à briser les murs que j’avais construits si soigneusement après m’être fait briser le cœur une première fois, et j’avais goûté à ce que je pensais être le véritable amour. Quelle idiote j’étais. Dès que j’ai vu Marc au lit avec Kelli, j’ai senti ces murs reprendre forme. C’était comme des parpaings et du mortier qui s’empilaient autour de moi, durcissant rapidement et rendant impénétrable l’accès à mon cœur. Et s’ils me protégeaient de toute douleur extérieure, ils gardaient aussi toutes mes émotions à l’intérieur. Il n’y avait pas une seule fissure ou crevasse par laquelle mes larmes pouvaient s’échapper. J’étais définitivement une femme brisée, coincée dans une prison de ma propre fabrication. Heureusement, Emily et moi enchaînons sur des banalités. Elle me parle de Lincoln et de certains des autres joueurs qui seront présents. Je suis assez nerveuse, à vrai dire. Je suis une grande fan des Rangers et je possède d’ailleurs un maillot de Lincoln Caldwell. J’avais même pensé à l’apporter pour lui demander de le signer, mais j’ai trouvé que ça faisait trop ringard. En plus ça ne serait pas très professionnel de ma part. Nous arrivons au bâtiment de Lincoln, qui est plutôt impressionnant. Il est entouré d’une clôture et se trouve en bordure du Hudson. Emily me conduit à travers une cour jusqu’à une zone à l’arrière couverte d’herbe. Je suis immédiatement assaillie par le son de la musique et l’odeur des steaks qui grillent. Nous tournons au coin et je suis submergée par la quantité de monde. Il doit y avoir près de trois cents personnes qui grouillent. Un terrain de volley-ball en sable a été installé et un match est en cours. Les enfants courent partout avec des ballons en forme d’animaux dans les mains. Je frissonne en voyant le clown qui les fabrique. Je déteste les clowns. Ils me font froid dans le dos. Deux grandes tentes ont été montées, abritant chacune de nombreuses tables où les gens sont assis pour manger. Je commence à regarder les invités plus attentivement et je reconnais plusieurs joueurs des Rangers. La plupart d’entre eux sont accompagnés de leur femme ou petite amie. Certains tiennent des bébés dans leurs bras ou jouent au football avec les enfants. C’est un cadre idyllique, pas du tout ce que j’avais imaginé lorsque j’ai été invitée. Mon attention est attirée par un homme qui ne peut-être que le petit ami d’Emily, Nix, qui se dirige vers elle pour la saisir dans une étreinte écrasante. Il l’embrasse ensuite avec tellement de passion que mon visage devient rouge. Après l’avoir enfin reposée, il me regarde et déclare : — Salut, je suis Nix. Tu dois être Ever. Ravi de te rencontrer. — De même. Je suis contente que tu aies pu retirer ta langue de la gorge d’Emily pour pouvoir te présenter, taquiné-je. Il ricane mais ne semble pas gêné le moins du monde. — Eh bien, venez donc manger quelque chose. Linc est en haut en train de récupérer des sacs poubelles, je vous présenterai quand il sera redescendu. Nix nous conduit devant un buffet rempli de hamburgers, hot-dogs, saucisses fumées ainsi qu’une multitude de salades et desserts. Je remplis mon assiette, réalisant soudain que je n’ai pas mangé depuis mon petit-déjeuner ce matin. J’ai été tellement occupée au travail que j’ai sauté le déjeuner, ce qui n’est pas inhabituel pour moi. Nous nous asseyons à une table et profitons de notre repas. Emily et Nix me présentent à quelques joueurs. Je demande où est son frère, Ryan, mais elle me répond que sa femme Danny ne se sent pas très bien et qu’ils ne viennent pas à la fête. Elle est enceinte de huit mois et demi et d’après Emily, elle pourrait accoucher d’un jour à l’autre. Quelque chose attire l’attention d’Emily sur notre gauche et ses lèvres se retroussent pour former un rictus. Je tourne la tête pour voir ce qu’elle regarde et il ne s’agit de nul autre que Lincoln Caldwell… entouré de trois femmes. Elles ont toutes de longues jambes et une forte poitrine. Elles prennent le thème de la plage au sérieux, arborant de minuscules bouts de tissus sur les fesses et des hauts de bikini débordant de seins. Chacune d’entre elle se tient là, à se pavaner et flirter ouvertement. L’une d’entre elle a sa main sur son torse tandis qu’une autre fait tourner ses cheveux autour de son doigt tout en faisant ressortir sa hanche osseuse. Je ricane doucement, dégoûtée par le manque de subtilité de ces femmes. Je remarque que Lincoln n’a pas l’air de se plaindre de cette attention. Il rit de ce que dit l’une des femmes, et prend même sa main pour déposer un b****r sur ses jointures. Bon sang, c’est tellement ringard. Dès qu’il lâche sa main, il se détourne d’elle et me fixe d’un regard direct qui, bizarrement, fait vibrer toutes mes terminaisons nerveuses. C’est comme s’il savait exactement où j’étais assise, car son regard ne n’est pas perdu avant de se poser sur moi. Je suis tellement choquée que je baisse les yeux et tripote la serviette que j’ai toujours en main. Je relève les yeux et il me regarde toujours pendant qu’il marche dans notre direction, sans jamais détourner le regard. Son intention est claire. Il vient pour moi et cette pensée crée une anticipation qui me serre l’estomac. Il devient de plus en plus magnifique au fur et à mesure qu’il s’approche. Il porte un short kaki et un t-shirt blanc uni plutôt serré sur son torse massif. Des tongs complètent sa tenue de plage. Ses cheveux sont décoiffés avec style et il ne s’est pas rasé aujourd’hui, ce qui lui donne l’air d’être tout juste sorti du lit. Ce look lui va à merveille et je suis surprise que ma culotte ne tombe pas d’elle-même jusqu’à mes chevilles. Emily et moi nous levons juste au moment où il atteint notre table. Elle s’approche de lui et il la serre fort dans ses bras. — Hey, ma grande, dit-il avec une affection évidente, le regard toujours rivé sur moi. Après avoir relâché Emily, il me tend la main. — Linc Caldwell. Emily termine les présentations tandis que je prends sa main. Elle est énorme et englobe complètement la mienne. Son toucher est aussi électrique que son regard. — Linc… voici Ever Montgomery. C’est la journaliste qui va t’interviewer pour le Post. J’accroche son regard alors qu’il me domine de toute sa hauteur. Je crois me souvenir qu’il mesure un mètre quatre-vingt-huit, ce qui fait trente centimètres de plus que moi. Ses yeux brillent d’un vert doré à cause du soleil de fin d’après-midi qui s’y reflète. La compréhension éclaire son beau visage. — C’est vrai. J’avais oublié ça. Alors ça, c’est intéressant. Je pensais qu’il s’était avancé vers nous parce qu’il m’avait vue assise avec Emily et savait que j’étais une journaliste ici pour l’interviewer. Il met fin à cette supposition en disant : — J’espérais rencontrer la ravissante amie d’Emily que j’avais aperçue au loin, mais je découvre que je vais avoir la chance de passer un moment privilégié avec toi pendant que tu m’interviewes. Sa voix est basse et directe, forgée par un homme qui a l’habitude de flirter sans vergogne. Un flot de conscience sexuelle traverse mon corps et je me réprimande mentalement. — Dans ce cas c’est ton jour de chance, parce que j’ai beaucoup de questions à te poser, répliqué-je. Il regarde autour de lui, et je remarque qu’il n’a pas relâché ma main. Son emprise est forte et me tient pourtant délicatement, comme s’il était conscient de sa fragilité. L’idée fugace de ses mains caressant mon corps me traverse l’esprit. Reprends-toi, Ever. Tu es ici pour faire ton travail, pas pour fantasmer sur le sujet de ton article. — Tu sais quoi, reprend Linc en interrompant mes pensées. Allons nous asseoir au bord de l’eau, loin de la musique, et on pourra parler. — Très bien. Je retire ma main de la sienne et attrape mon sac. En me tournant vers Emily, je lui fais un clin d’œil rapide. — On se voit plus tard.
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