La nymphe aux souhaits

1076 Words
Pris de compassion, il tend la main vers l’inconnue qui vient la saisir. « Après tout, je suis protégé donc, quoi qu'il se passe, ça va aller. » pense t-il. L’enfant semble avoir été mouillée elle aussi par la pluie, son corps tremblant le prouve. —D’où est-ce que tu viens ? demande t-il à la petite dans le langage fon. Elle tourne la tête de gauche à droite pour signifier qu'elle ne se souvient pas de la direction à prendre. —On habite dans la forêt, répond t-elle en pointant le cœur de la végétation du bout de son index. —D’accord. On va trouver ta maison. Mais, on va chercher demain matin. Il fait trop pour qu'on puisse se repérer. Ais confiance. La fillette hoche la tête. Raphaël la soulève pour l'installer près de lui à l’endroit où il s’était reposé quelques minutes plus tôt. En analysant les traits de l’enfant, il remarqua qu'elle est très jeune. « Elle ne dois pas avoir plus de quatre ans. » pense t-il. Il étreint l’enfant après l'avoir couverte de son pull-over afin de lui donner un peu de chaleur et éviter qu'elle ne tombé malade. —La nuit sera longue, murmure t-il à lui-même. Autour d'eux, les insectes nocturnes chantent pour égayer la nuit tandis que les feuillages des arbres, malmenés par le vent, produisent un autre chant comparable à une berceuse. Depuis son enfance, Raphaël a toujours ressenti à la fois de la fascination et de la crainte envers les espaces forestiers. Le doux murmure des feuillages et le chant des oiseaux ont toujours été une merveilleuse mélodie pour lui. C'est pour cela que dans son village, il aimait souvent se balader près de la forêt derrière leur champ sans pour autant avoir le courage d'y pénétrer, craignant de rencontrer un quelconque démon. Perdu dans ses souvenirs d'enfance, il se demande comment est-ce que des gens peuvent ils vivre au milieu de cette végétation sauvage. —Comment vous vous appelez, tonton ? demande t-elle tout à coup. La voix de sa nouvelle compagne le ramène à la réalité. —Moi, je suis Raphaël, répond t-il avec un sourire. Et toi, petite ? —Je suis Doguecimi. —Ah ! s'exclame t-il. « Doguecimi » Ce prénom, il en a déjà entendu parlé au collège. C’était le nom d'un ouvrage très célèbre ; il signifie “élève moi”. — Tu es une princesse alors ? L'enfant ne répond pas. Lorsqu'il se tourne vers elle, cette dernière a déjà les yeux fermés. —Elle s'est endormie, remarque t-il. Doguecimi a les yeux fermés certes, elle ne dort pas. L'enfant ne dort jamais et, pour éviter d'effrayer cet inconnu, elle a préféré faire en sorte de paraître normale. Blottie contre Raphaël, la fillette se demande pourquoi elle a été attirée vers lui. D'habitude, ce sont les humains qui l'implorent pour la voir mais, lui, lorsque ses yeux se sont posés sur lui, elle n'a pu s'empêcher de se rapprocher. Est-ce parce que son âme est pure ? Peut-être. « J'ai toute le nuit pour réfléchir en ce qui le concerne. » conclue t-elle.   La nuit se passe sans encombres. Contrairement à ce qu'il aurait pensé, Raphaël dort d'un sommeil paisible. La présence de cette enfant semble lui avoir apporté la paix et la sérénité. Quand il se réveille le lendemain, son mal de tête a totalement disparu. Le plus étrange est qu'il ne ressent plus aucune douleur et encore moins la faim qui l'avait tiraillé la veille. Il fait encore nuit mais, un coup d’œil à l'horizon montre que cela ne devrait pas tarder. Lorsque Raphaël se lève, il remarque Doguecimi, déjà levée et prête à prendre la route. Ennuyée, de devoir rester dans la même position et faire semblant de dormir, elle a fini par se lever pour se balader dans les bois. Elle en a d'ailleurs profité pour se rendre chez Dansi afin de la prévenir de l'arrivée d'un jeune homme et de la décision qu'elle a prise de l'aider. Elle est revenue avant le réveil de Raphaël pour ne pas éveiller de soupçon. Raphaël, sortant de son sommeil, a les yeux rivés sur cette enfant qui fixe le lointain. « Depuis combien de temps est-ce qu'elle est réveillée ? » se demande t-il. Il baille et s’étire bruyamment. Doguecimi se tourne alors vers lui. Elle lui sourit et lui tend son pull-over. —Garde le. Il ne faut pas que tu attrapes froid. conseille t-il. La pluie de la veille a rendu la nuit fraîche et la température ne risque pas de s’élever avant midi. C'est ce que pense Raphaël. Néanmoins, ses prévisions météorologiques peuvent être faussées puisque le mois de mars–mois dans lequel ils se trouvent– fait partie de la période des saisons pluvieuses et qu'une autre pluie est à redouter. Le plus important à cet instant précis serait donc pour lui retourner à Cotonou au plus vite. Prenant Doguecimi dans ses bras, il se met à marcher, non pas sur la route mais à travers la végétation. —Doguecimi ? —Oui ? —On est où ici ? —Je ne sais pas, ment elle. La fillette, étant une habitante de la forêt depuis plusieurs nb années, connaît parfaitement de nom l'endroit où ils se trouvent. D'ailleurs, elle n'a pas non plus perdu son chemin et, grâce à sa capacité de s'introduire dans les pensées des hommes, elle arrive à guider les pensées de Raphaël. Ce dernier suit son intuition et fait le trajet que Doguecimi avait prévu. —Merde. Un soupir résigné s’échappe de ses lèvres. « Idiot. Comment peux tu poser cette question à une gamine d’à peine quatre ans ? » se réprimande t-il. Les deux s'enfoncent de plus en plus dans la forêt. Raphaël se demande au bout d'une heure s'il ne serait pas préférable de rebrousser chemin. Il est sur le point de faire demi-tour lorsque la fillette de met à jubiler. —Là-bas. Là-bas. s'écrie t-elle en pointant une masse sombre sur la droite. —Tu es sûre ? demande t-il. —Oui. Mon papa et ma maman sont là-bas. C’est ma maison. Soulagé, Raphaël pose la petite et tous deux avancent vers la masse sombre qui peu à peu de transforme en un ensemble d'habitations faites en branches de palmiers. Ces constructions attirent la curiosité du jeune homme qui n'a jamais vu ni entendu parlé de ce type de village.
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