L'enfant

1298 Words
Ces constructions attirent la curiosité du jeune homme qui n'a jamais vu ni entendu parlé de ce type de village. A présent, c'est au tour de Doguecimi de lui servir de guide. Lui tenant la main, elle l’emmène faire le tour des agglomérations. Les deux se retrouvent alors devant ce qui semble être l’entrée du village. Celle-ci est couverte de ronces et de lianes. « Comment est-ce que des gens peuvent ils vivre ici ? Comment on entre ? » —Tu es sûre que c'est ici ? demande t-il encore une fois. Sans lui répondre, la gamine l’entraîne avec elle et le fait passer le rideau de lianes. Au passage, une épine de ronces lui égratigne la seconde tempe ainsi que la main droite. Les entailles lui sont douloureuses. Un coup d’œil à sa main lui fait remarquer que la coupure est profonde. —p****n ! jure t-il. —On n'est arrivés, dit l'enfant. Raphaël observe autour de lui, suspicieux. L'endroit paraît désert. Aucun signe de vie n’émane des habitations et le doute commence à s'installer dans la tête du jeune homme. —Où est-ce que je suis encore tombé ? se demande t-il. Le silence des lieux le trouble au plus haut point. —Il y a quelqu'un ? Aucune réponse. —Merci, étranger. J'espère te revoir un jour. dit tout à coup la fillette. Surpris par le ton employé par la fillette qui est devenu tout à coup devenu plus mature, il se tourne vers elle. Une surprise attend alors Raphaël. Sous ses yeux, Doguecimi disparaît en devenant de la poussière, non pas de sable mais de cristal et qui finit par être dispersée au gré du vent. —Mais… Pris de panique, il décide de s'enfuir, redoutant d’être tombé dans un nid à esprits. —Où vas-tu, jeune homme ? demande soudain une voix féminine en langage minan dans son dos. Sans faire attention à la personne qui vient de parler, il continue sa course vers la sortie. Cependant, que n'a été sa surprise lorsqu'il se rend compte que la sortie qu'il vient d'emprunter l'a ramené à l'intérieur du village. —Quoi ? s’écrie t-il déboussolé. —Attends, dit l'autre. Raphaël n’écoute pas et retente sa chance. Et comme lors de sa précédente tentative, il se retrouve encore une fois dans le village. —Ça ne sert à rien de courir comme ça. Viens. continue l'inconnu. —Jamais. La femme de la case observe cet jeune homme têtu qui court comme un forcené. Intérieurement, elle le traite d’imbécile et se demande pourquoi Doguecimi a choisi un tel énergumène. Si cela ne tient qu’à elle, elle l'aurait laissé d'en aller, lui faisant rater l'opportunité qu'il vient d'obtenir. Un soupir s’échappe de ses lèvres, tant elle est consternée par l’attitude du jeune homme. Raphaël continue de passer par le rideau de ronces et de lianes, se coupant à chaque passage. Au bout de quarante cinq minutes, lorsque l’épuisement se fait sentir, il n'a d'autre choix que de se reposer. Ainsi, se laisse t-il s’effondrer près de l’entrée. —p****n, lance t-il entre deux souffle, qu’est-ce c'est que cet endroit ? Est-ce que je vais mourir ici ? Concentré par sa course effrénée, il n'a pas encore découvert à qui appartient la voix qui lui a parlé. Le manque de courage en est aussi la cause. Au fond de lui, il a peur que cette voix qui pourtant est douce et agréable à écouter soit celle d'un monstre comme celui décrit dans “Le démon de minuit”, l'une des nouvelles qu'il avait lu au collège. —Je ne te veux aucun mal, Finagnon, reprend l'inconnu. Les paupières du concerné s’écarquillent. Cette personne connait son second prénom alors qu’il ne l'avait pas mentionné. Instinctivement, il se tourne finalement vers l'origine de la voix et est surpris de constater que celle qui lui parle est une jeune femme d’à peine trente ans tout au plus. Celle-ci se tient sur le seuil de l'une des maisons composant cette concession. Contrairement à son imagination, l'inconnue est d'une beauté indéfinissable. Lui-même en reste bouche bé. La jeune femme observe avec amusement ce garçon qui arbore un visage plein de stupéfaction. Elle devine aisément qu'il ne s'attendait pas à voir une si belle femme dans cette forêt et encore moins dans une cabane de ce genre là. Elle secoua la tête, se demandant pour la énième fois pourquoi Doguecimi a jeté son dévolu sur ce gamin. Il a fallu du temps à Raphaël pour se remettre de cette découverte. Après son état de béatitude passé, ses lèvres se mettent à débiter un flot continu de questions. —Comment connaissez vous mon nom ? Qui êtes vous ? Où est-ce que je suis ? Où est Doguecimi ? Qu’est-ce qu'elle est ? Et lorsqu'il finit de poser toutes les questions qui lui brûlaient les lèvres, la jeune femme lui fait signe de s'approcher, ce qu'il fait sans hésiter. Il a besoin de réponses et pense en son fore intérieur que cette femme lui en fournira. « De toutes les façons, je n'ai pas le choix. J'aurai beau courir, je ne pourrai pas sortir d'ici. » Raphaël entre donc dans la demeure de l'inconnue. Le jeune homme va de surprise en surprise lorsqu'il constate que l’intérieur ne se différencie pas de celui d'une maison ordinaire. Tout est différent de ce qu'il a imaginé au départ. Ni gris-gris pendus aux murs, ni peau de bête ou queue de cheval ne sont visibles. Rien ne laisse paraître l'hypothèse selon laquelle la propriétaire pourrait être une sorcière ou une féticheuse. Le plus impressionnant est le fait que de l’extérieur, la masure semble faite en feuilles de palmiers alors que à l'intérieur, tout paraît être fait de terre. « C'est vraiment propre. » fait remarquer Raphaël à lui-même. La pièce dans laquelle il se trouve est meublé de deux tabourets, d'une natte ainsi que d'une table basse ; le nécessaire pour la pièce servant de salon dans une habitation de milieu rural. —Veux tu t'asseoir sur une natte ou préfères tu le tabouret ? Méfiant, Raphaël hésite sur la réponse à donner. « Je ne sais pas ce qu'elle a pu mettre sous le tabouret ou par où sa natte est passée avant de se retrouver là. » pense t-il. —Je vais m'asseoir à même le sol, si cela ne vous dérange pas. Son hôte ne paraît pas offusquée par sa réponse. Au contraire, elle en est amusée. Ce garçon a peur, elle le voit. —D’accord. Fais comme bon te semble. Mais, au fond de toi, tu sais pertinemment que je ne suis pas un danger pour toi. Raphaël s’assoit près de la porte. —Je suis Dansi, magicienne et gardienne des nymphes de cette forêt, se présente l’inconnue en allant chercher la natte. Dansi pose étale à moitié la natte sur le sol et y prend siège. Les deux se fixent dans un silence lourd. A bout de nerfs, Raphaël décide de briser le silence. —La fillette… commence t-il. —Elle va bien, le coupe t-elle. Je m’attendais à ce qu'elle choisisse un homme mûr et réfléchi. Pourquoi a-t-elle choisi un gamin comme toi ? Le fait qu'elle le traite d’enfant l’agace au plus haut point. C'est pour cela qu’il s'empresse de répondre. —Hé ho. Je ne suis pas un gamin. Et d'abord, vous n'avez pas l’âge pour me traiter de gamin. Dansi soupir. De l'amusement, elle est passée à l'agacement. Tout ce qu'elle souhaite à présent, c'est ce débarrasser de lui. —J’avais raison de ne pas t'aimer. Tu n'es qu'un imbécile impertinent qui s'est bêtement laissé piégé pour une stupide affaire d'argent. s’emporte t-elle. Puis reprenant son calme : —Que puis je y faire ? Doguecimi t'a choisi.
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