CHAPITRE 3  : Les premières fissures

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Nafi passa les jours suivants à réfléchir à sa prochaine étape. La carte de visite d’Amadou Diouf trônait sur la petite table de sa chambre, à côté d’une tasse de thé refroidie. Elle la fixait, le regard chargé d’un mélange d’appréhension et de détermination. Modou lui avait conseillé d’attendre avant de le contacter. — Tu ne veux pas avoir l’air trop pressée, cousine. Les hommes comme lui aiment les défis. Laisse-lui croire que c’est lui qui te cherche, pas l’inverse. Elle suivit son conseil, mais l’attente n’était pas simple. Chaque soir, elle repassait dans sa tête leur conversation au club. Elle se demandait si elle avait dit quelque chose qui aurait pu trahir ses intentions. Amadou était intelligent, cela se voyait dans son regard perçant. Mais il semblait aussi curieux d’en savoir plus sur elle. Un matin, alors qu’elle sirotait son café dans la cour, Modou arriva avec un sourire triomphant. — Bonne nouvelle, Nafi. Je crois qu’il t’a trouvée intéressante. Il a demandé à quelqu’un de vérifier discrètement qui tu es. Nafi sentit une vague de panique monter en elle. — Quoi ?! Mais il ne trouvera rien, n’est-ce pas ? Modou haussa les épaules, visiblement détendu. — Ne t’inquiète pas. J’ai tout anticipé. Les informations qu’il trouvera sur "Madame Diagne" sont parfaitement crédibles. Tu es une consultante respectable qui a travaillé avec des ONG internationales. Tout est en ordre. — Et si quelque chose cloche ? S’il découvre que tout est faux ? Modou lui adressa un regard ferme. — Reste calme. Tu dois apprendre à te comporter comme si tu n’avais rien à cacher. C’est la clé. Fais-lui croire que tu es inattaquable. Ces mots résonnèrent dans l’esprit de Nafi alors qu’elle recevait, quelques jours plus tard, un message inattendu. "Bonsoir, Madame Diagne. J’espère que vous allez bien. Si cela vous dit, je serais ravi de vous revoir. Peut-être autour d’un café ? Amadou." Elle relut le message plusieurs fois, ses doigts tremblants. Modou, debout derrière elle, lui tapota l’épaule avec enthousiasme. — C’est le moment. Tu as réussi à éveiller son intérêt. Maintenant, il faut être stratégique. — Je lui réponds quoi ? murmura-t-elle, hésitante. Modou lui dicta une réponse simple mais calculée : "Bonsoir, monsieur Diouf. Avec plaisir. Je suis disponible en fin de semaine. Où auriez-vous envie de discuter ? Nafi." L’échange fut bref mais efficace. Ils se donnèrent rendez-vous dans un café discret du Plateau. Modou, prudent, passa le lieu en revue avant le rendez-vous, s’assurant qu’il n’y aurait aucune surprise. Le jour J, vêtue d’une robe bleu marine élégante, Nafi arriva légèrement en retard, comme Modou le lui avait conseillé. — Les hommes comme lui aiment patienter, avait-il dit avec un clin d’œil. Amadou était déjà là, assis à une table en terrasse, un café à moitié bu devant lui. Lorsqu’il la vit arriver, il se leva légèrement, un sourire discret sur les lèvres. — Madame Diagne. Vous êtes ravissante. — Merci, monsieur Diouf. Je suis ravie que vous m’ayez invitée. Elle s’assit avec une grâce calculée, posant son sac avec délicatesse. Ils échangèrent des banalités sur la météo et la ville avant qu’Amadou ne l’interroge sur ses "affaires". Nafi parla avec confiance, reprenant les détails que Modou avait soigneusement préparés. Elle inventa des anecdotes sur des missions fictives en Afrique de l’Ouest, tout en feignant une certaine modestie. Mais alors qu’elle parlait, elle sentit qu’Amadou l’observait avec plus d’attention. — Vous avez une manière intéressante de raconter les choses, dit-il après un moment. C’est comme si vous portiez un secret que vous ne voulez pas partager. Nafi se força à sourire, bien qu’un frisson lui parcourût l’échine. — Et vous, monsieur Diouf ? Est-ce que vous portez aussi des secrets ? Amadou rit doucement, mais son regard restait sérieux. — Qui n’en porte pas, Madame Diagne ? La vraie question est de savoir si nos secrets nous définissent… ou si nous les contrôlons. Le silence qui suivit était lourd de sous-entendus, mais Nafi tint bon. Elle savait qu’elle devait rester sur ses gardes. Amadou Diouf n’était pas un homme ordinaire, et il était clair qu’il ne se laisserait pas berner facilement. Les jours qui suivirent leur rencontre au café furent marqués par une série d’échanges subtils entre Nafi et Amadou. Ils s’appelaient parfois, échangeant des banalités et quelques anecdotes personnelles. Chaque conversation semblait renforcer le lien entre eux, mais Nafi sentait qu’Amadou ne se livrait jamais complètement. De son côté, elle jouait parfaitement son rôle. Modou l’aidait à préparer chaque détail, chaque réponse, chaque geste. Pourtant, malgré son calme apparent, Nafi sentait un poids croissant sur ses épaules. Le jeu devenait de plus en plus complexe. Un matin, alors qu’elle se préparait à sortir pour un rendez-vous fictif qu’elle avait mentionné à Amadou, elle reçut un appel inattendu. — Nafi, c’est Amadou. Vous avez une minute ? Sa voix, calme mais autoritaire, la surprit. — Bien sûr, monsieur Diouf. Que puis-je pour vous ? — J’organise une réception privée ce vendredi soir, chez moi. Un petit rassemblement d’amis et de partenaires. J’aimerais que vous soyez là. Le silence qui suivit fut si long qu’elle réalisa trop tard qu’il attendait une réponse. — Oh, je suis flattée, balbutia-t-elle en cherchant ses mots. Mais… êtes-vous sûr que ma présence serait appropriée ? Je ne voudrais pas m’imposer. Amadou rit doucement. — Je n’invite jamais quelqu’un par politesse. J’espère vous voir là-bas. Je vous enverrai les détails. Avant qu’elle ne puisse refuser, il avait raccroché. Modou, lorsqu’il apprit la nouvelle, parut d’abord enthousiaste, puis inquiet. — C’est une bonne chose qu’il t’intègre à son cercle, mais ça pourrait aussi devenir risqué. Les gens qu’il fréquente ne sont pas du genre à se laisser berner facilement. — Tu veux que je refuse ? demanda Nafi, hésitante. — Non. Tu ne peux pas refuser. Il faut juste qu’on prépare tout à la perfection. Il faut que tu sois irréprochable. Les jours précédant la réception furent une course effrénée. Modou utilisa ses contacts pour découvrir qui serait présent, quels sujets seraient abordés, et même les goûts vestimentaires de l’élite que Nafi allait côtoyer. Le soir venu, elle enfila une robe élégante mais sobre, d’un vert profond qui mettait en valeur son teint. Ses cheveux, relevés en un chignon sophistiqué, étaient ornés de quelques perles discrètes. Elle était prête, ou du moins elle essayait de s’en convaincre. La résidence d’Amadou était un chef-d’œuvre d’architecture moderne. Située dans un quartier huppé de Dakar, elle surplombait l’océan, offrant une vue imprenable sur les vagues qui se brisaient contre les rochers en contrebas. En entrant, Nafi fut accueillie par un majordome, puis escortée dans un salon spacieux où une vingtaine de personnes discutaient en petits groupes. Amadou, vêtu d’un costume noir impeccable, la repéra immédiatement. — Madame Diagne, vous êtes ravissante, dit-il en s’approchant d’elle, un verre de champagne à la main. — Merci, monsieur Diouf. Votre maison est magnifique, répondit-elle, feignant l’admiration. — Laissez-moi vous présenter à quelques amis. Amadou la guida à travers la pièce, lui présentant des hommes et des femmes influents : des investisseurs, des politiciens, et même un célèbre écrivain. Chaque présentation était soigneusement orchestrée, mais Nafi remarqua que certains regards semblaient peser sur elle un peu trop longtemps. Un homme en particulier, grand et élégant, avec des cheveux grisonnants, l’observait avec une intensité troublante. Amadou, remarquant son intérêt, sourit. — Ah, je vois que Monsieur Diallo a déjà remarqué notre charmante invitée. Monsieur Diallo lui tendit la main, son sourire énigmatique accentuant le mystère qui émanait de lui. — Enchanté, Madame Diagne. Vous êtes consultante, si j’ai bien compris ? — Oui, en effet, répondit-elle en lui serrant la main. — J’aimerais beaucoup en savoir plus sur votre travail. Peut-être pourrions-nous discuter un peu plus tard ? Nafi acquiesça avec un sourire poli, mais intérieurement, elle sentit une tension monter. Ce genre de soirée était censé être une simple étape dans le plan, mais elle commençait à comprendre que chaque interaction pouvait devenir un piège. Amadou, lui, semblait apprécier de l’observer évoluer parmi ses invités. À un moment, alors qu’elle riait doucement à une remarque anodine de l’écrivain, elle croisa son regard. Il la fixait avec une intensité qui la fit frissonner. Plus tard dans la soirée, alors que la plupart des invités s’étaient dispersés dans les différentes pièces de la maison, Amadou la retrouva près de la baie vitrée. — Alors, que pensez-vous de mes amis ? demanda-t-il, son ton léger mais son regard sérieux. — Ils sont fascinants, répondit-elle. Chacun semble avoir une histoire à raconter. — Et vous, Madame Diagne ? Quelle est votre histoire ? Le cœur de Nafi se serra. Elle savait que ce genre de question n’était jamais posé innocemment. — Oh, mon histoire est bien ordinaire, comparée à celle de vos amis. Amadou esquissa un sourire, mais ses yeux semblaient chercher quelque chose au-delà de ses mots. — Je doute que vous soyez aussi ordinaire que vous le prétendez. Le silence qui suivit fut lourd, mais Nafi se força à soutenir son regard. — Et si je préférais rester un mystère, monsieur Diouf ? murmura-t-elle finalement, un sourire énigmatique sur les lèvres. Amadou éclata de rire, un rire sincère qui résonna dans la pièce vide. — Alors je suppose que je devrai prendre le temps de vous découvrir. Mais alors qu’il s’éloignait pour répondre à un autre invité, Nafi sentit une étrange sensation l’envahir. Amadou jouait peut-être son propre jeu, et elle n’était pas sûre d’en connaître toutes les règles.
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