XXIII L’artLe jour où, sûr de ma voie et délivré de mes angoisses, je me vis installé dans mon atelier, je crus que pour cette fois j’allais enfin pouvoir respirer librement cet air pur de l’idéal, sans lequel je ne pouvais vivre. Dans la solitude et dans le silence où j’étais enfermé, je sentais une paix profonde s’étendre autour de moi, et l’enthousiasme religieux de l’art et de la nature s’échauffait par degrés dans mon cœur. Pendant bien des jours, penché devant mon modèle, je connus là des plaisirs, des extases, qui me faisaient oublier le genre humain. Voir le beau, l’admirer, le comprendre, certes c’est le rare privilège de quelques âmes d’élite ; mais le saisir de ses propres mains et le fixer sur la toile en l’animant de son génie, c’est l’ivresse des élus ! Cependant, à mesure

