Et je l'ai gardé. Jurde considère que ce n'est pas si grave d'être nul en drague masculine (et je le suis, héhé, un nouvel acquis sur mon CV : je suis normal !) tant que je parviens à enthousiasmer les foules. La semaine s'est donc écoulée de la sorte, avec moi qui ressort mes années de danse si lointaines, et tous qui en redemandent.
J'évite de songer que j'adore ça ; je le fais pour continuer à vivre au-dessus de la boite, sur un lit pliable dans un coin de la chambre du patron, et rien de plus. Parfois je me fais peur, parce que je me rends compte que voir deux hommes ensemble ne me choque plus, que l'idée de deux filles l'une contre l'autre ne me filent plus la gerbe, et que je discute de mieux en mieux avec les homos.
Je me fais peur en les trouvant adorables, en commençant à m'intégrer à leur mode de vie. Chez eux, pas de gêne, si tu veux, tu prends. Pas de pertes, pas de remords, ni de regrets. Ils savent vivre. Je commence peu à peu draguer les hommes pour le fun, et Jurde écoute une fois le soir venu mes exploits en la matière. Je commence à me sentir bien, et c'est malsain.
Seule victoire dans mon esprit, je me sens toujours aussi flippé de temps à autres. Autant avec certains le contact passe très bien, les « déjà-casés » ai-je compris, autant je ne supporte plus ce retournement de situation qui rythme mes soirées ces temps-ci. Jusqu'alors, j'étais le chasseur, le prédateur, désormais je me sens gibier à tout instant et je déteste les effets secondaires.
Je me prends à rougir devant les avances de certains, mes mains tremblent lorsque je crois discerner un sous-entendu affreusement indécent et la possibilité qu'ils pourraient parvenir à leur fin me terrifie. Et soyons honnête, le seul mâle gay et non en couple avec lequel je me sens en sécurité, c'est Jurde. Il est le seul où je ne vois pas le danger, et pourtant les instances supérieures savent combien il est impressionnant.
Mais ne craignez rien, je suis plus hétéro que jamais. Les claques sont exclues, mais ce que Jurde ignore ne peut pas lui nuire. Si je pince l'homme qui me colle de trop près, que je lui écrase subtilement le pied, qu'y puis-je moi cet homme maladroit héhé…