Chapitre 2

1809 Words
19 h, notre weekend de folies commence. Marcus et Andréa ont pris mes affaires pour au moins une semaine. Samedi matin, Marcus nous embauche dès le saut du lit. À peine le temps de se réveiller qu'il nous tire littéralement jusqu'à la cuisine, où deux grands bols de café, fort d'après l'odeur, nous attendent. Je plisse les narines en m'asseyant devant un des bols. Je lève les yeux vers lui et croise le regard d'Andréa qui est aussi dégoûtée que moi. - Qui es-tu ? Demande Andréa à Marcus. - Hein ? Marcus est perdu. Il regarde sa sœur avec deux points d'interrogation dans les yeux. - T'as perdu la tête ou quoi ? Ajoute Andréa en montant dans les aigus. - Marcus, tu sais bien qu'on boit notre café doux, avec du lait et plus ou moins trois sucres, j'ajoute gentiment. - Croyez-moi les filles, vous en aurez besoin. Et il file aussi vite que s'il avait un démon aux trousses. - Ça me soulage qu'il te torture autant que moi, me lance Andréa en croquant dans une tartine. - Hé ! Pourquoi tu dis ça ! C'est méchant ! M'indigné-je. - Bah, ça prouve qu'il t'aime comme moi. Fût un temps, je commençais à croire qu'il était en train de tomber amoureux. Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire. Andréa me surprendra toujours avec ses bêtises. Petit-déjeuner engloutit, on s'habille d'une tenue confortable, c'est-à-dire une tenue de sport pour moi et un enchevêtrement de tissus multicolores et désordonnés pour Andréa. Nous rejoignons Marcus dans le champ, où le feu de camp est prévu. Il nous faudra environ un quart d'heure à pied en passant par le bois derrière chez Andréa. C'est en arrivant à la clairière que l'on découvre le branle-bas de combat qui s'y trouve. Marcus avait réussi à réunir de la main d'œuvre et des équipes étaient déjà formées et réparties à différents endroits. Une s'occupe du feu de camp, ou plutôt des feux de camp, on dirait que plusieurs zones comportent des foyers déjà prêts à être embrasés. Une autre monte un abri pour ce qui sera la buvette et plus loin, une autre équipe décharge les tables d'un 4x4. Alors qu'on s'avance dans le pré, Marcus nous interpelle. - Par ici les filles ! Il fait de grands gestes, debout dans la caisse de son pick-up. - Vous allez m'aider pour monter les tentes. Ensuite, on ira aider pour les rondins, nous annonce-t-il une fois que nous l'avons rejoint. - Mais où t'as eu tout ça ? Je lui demande en voyant la quantité de matériel de camping. - J'ai demandé à tous ceux qui avaient quelque chose de me le déposer durant la semaine. - Sacrée organisation, tu m'impressionnes, Marcus ! - Arrête de draguer mon frère, grogne Andréa en me tapant sur le bras. - Que tu peux être bête des fois, dis-je en la poussant légèrement en retour. - Au boulot les gonzesses ! Lance Marcus en nous fourrant dans les bras une tente chacune. - Mais combien on sera ? Ronchonne encore Andréa. On dirait qu'on se prépare à... Je ne sais pas... L'apocalypse ! - Je n'en sais rien, tout le monde est invité ! Alors crois-moi, oui, ce sera sûrement l'apocalypse. On répartit les tentes autour des foyers tout en restant à bonne distance par sécurité, puis on s'attelle à les monter. Il y en a deux ou trois très grandes et quelques copines viennent nous prêter main forte. À midi, Mme Giovanni, la maman d'Andréa et Marcus, nous apporte des sandwichs préparés par ses soins. Elle est adorable, c'est vraiment une femme en or. Il doit bien y avoir une centaine de petits sandwichs et il y a différentes garnitures. Ils sont délicieux et j'en dévore quatre. Dans l'après-midi, certains s'en vont et d'autres arrivent. Les tentes sont montées, les nouveaux s'occupent de gonfler les matelas et de les répartir dans les tentes pendant que nous nous chargeons d'aller chercher les troncs pour faire des bancs autour des foyers. C'est la dernière étape, ensuite, nous pourrons rentrer nous réchauffer sous une bonne douche et nous préparer pour la soirée. - Ça ne va pas ? Me demande Andréa tandis que nous rentrons. - Si, pourquoi ? - Tu as l'air distraite et tu regardes sans arrêt derrière toi. - J'ai l'impression qu'on m'observe... - Arrête, tu me fiches la trouille. - Je n'y peux rien, ça m'a déjà fait ça tout à l'heure quand on rassemblait les troncs ! - Aller, viens, on est presque arrivée, grouille. Elle se met à courir en me tirant par le bras, alors je la suis au pas de course. *** - Passez une bonne soirée les enfants ! Nous lance Mme Giovanni depuis la cuisine. - Merci M'man ! Lance Andréa. - Merci Mme Giovanni, à demain. Marcus est déjà sur place depuis une bonne heure. Quand on arrive près du bois, on aperçoit des lumières. Marcus a accroché des lampes pour éclairer le chemin. - Ton frère est un génie ! - Ne lui dis pas, il risquerait de choper la grosse tête. Les voix et la musique commencent à s'entendre, et plus on s'approche de la clairière plus le son monte. Des jeunes émergent de tous les côtés, certains sont déjà installés un verre à la main. Andréa et moi sommes frigorifiées, heureusement que j'ai opté pour un jean et des bottes, Andréa regrette déjà sa jupe. On s'approche d'un feu autour duquel on a repéré quelques-uns de nos amis. Durant la soirée, on fait griller des chamallows, on discute et on rigole beaucoup. Puis j'ai de nouveau cette étrange sensation d'être observée. Je regarde autour de moi, mais je ne repère personne en particulier, je croise bien quelques regards, mais rien d'insistant. - Encore ? Chuchote Andréa. Je sais qu'elle parle de ça, elle me comprend si bien. J'opine de la tête en signe d'assentiment. Elle se met alors à chercher à son tour, quand tout à coup, elle tapote mon genou et me montre d'un signe de tête un groupe de garçon, presque des hommes, qui approchent. Le regard rivé sur nous, je me sens comme happée. Cinq beaux mâles, incroyablement bien musclés, grands, séduisants et… En t-shirt ?! - Non mais ils sont complètement cinglés ceux-là ! S'exclame quelqu'un près de moi. Ils se croient au mois d'août ?! Je n'arrive pas à réagir à cette remarque, je n'arrive pas à décrocher mes yeux de cet étrange groupe qui approche en « formation » dirait-on. Ils sont très sérieux. L'un est plus en avant et conduit le groupe, puis à ses côtés, mais légèrement en retrait, deux autres et derrière encore deux autres. Je ne sais pas si ce n'est qu'une impression, mais je crois que le premier me fixe et ne me lâche pas. - C'est sûrement lui, souffle Andréa dans mon oreille. - Ce qu'ils sont beaux ! Bave quelqu'un d'autre. Quelqu'un vient les accueillir joyeusement maintenant qu'ils sont assez proches pour entrer dans le cercle autour du feu. Ils décrochent enfin des sourires et offrent des poignées de mains, mais le premier garde constamment un œil dans ma direction. Puis, ils s'assoient, je le vois lui, en face, à travers les flammes. Cette vision est hypnotique. - Eh ! Ça va ? Me secoue Andréa. C'est comme une décharge douloureuse qui traverse mon corps tout entier alors qu'enfin, je me détourne pour regarder mon amie. - Oui, bien sûr. Je vais nous chercher des bières, dis-je précipitamment en me levant. Qui en veut ? Lancé-je à la cantonade. Je me retrouve à ramener une dizaine de bières. Je charge Andréa de distribuer d'un côté pendant que je fais l'autre en essayant de ne pas mettre de la bière sur mon manteau. Tandis que je m'approche des nouveaux venus, le premier se lève et vient à ma rencontre. - Salut, souffle-t-il de sa voix rauque et suave. Je peux t'aider ? - Euh... Volontiers... Merci, bégayé-je. Il prend délicatement les quatre bières de ses copains qui me remercient, puis il prend la sienne une fois les mains libres. À cet instant, ses doigts effleurent délibérément, il me semble, les miens et un courant électrique me traverse. Pas un de ces coups de jus qui fait mal et qui pique, non. C'est comme si quelque chose en moi s'allumait. Je reste hébétée alors qu'il se rassoit. Je retourne lentement m'asseoir à côté d'Andréa. - T'es sûr que tout va bien, ma belle ? - C'est vraiment étrange... - On dirait que t'es défoncée, se mit-elle à rire. Mon crâne se met à picoter comme si mes cheveux se dressaient sur ma tête à cause de l'électricité statique. Machinalement, je touche mes cheveux. - T'inquiète, t'es magnifique, me rassure ma meilleure amie. Mais la sensation ne s'arrête pas jusqu'à ce que je lève à nouveau les yeux sur le premier gars et que nos regards s'aimantent l'un à l'autre. Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe... Je ne me rends même pas compte que je bois beaucoup et très vite. Je me lève pour aller chercher autre chose que des marshmallow à manger, parce que mon ventre me supplie. J'ai chaud et je ne me sens pas très bien. Andréa m'accompagne quand elle me voit tituber. - Ouh-là ! Ma belle, tu devrais ralentir sur l'alcool. Sa voix bourdonne à mes oreilles. Je ferme un instant les yeux et me masse les tempes, sans vraiment savoir à quoi ça peut servir. - Liv ! Te voilà enfin ! J'entends Marcus me dire. Je peux te parler ? Au moment où je rouvre les yeux pour lui répondre, je me dis que j'ai vraiment trop bu, parce que j'ai une hallucination. Pendant que je sens à nouveau ce picotement, mais cette fois dans ma nuque, je vois apparaître comme un fil d'or entouré de poussière d'étoiles (l'influence de la fée clochette, désolée hein, je ne vois pas comment l'appeler autrement.) jaillir de ma poitrine. En le suivant des yeux tracer son chemin, je me retourne et me retrouve à le suivre, laissant Marcus planté là, jusqu'à ce qu'il s'attache à un autre fil d'or qui vient d'ailleurs. Mes pieds ne m'obéissent plus, ils me conduisent vers quelqu'un de tellement grand que mon nez est face à un torse à l'instant où je m'arrête. Je lève lentement les yeux jusqu'à ce qu'ils s'aimantent à deux pupilles, que je commence à connaître, cerclées d'iris d'un bleu profond. Mon cœur bat dans ma poitrine comme si s'était la première fois, j'ai l'impression de l'entendre tellement les pulsations sont fortes, comme s'il souhaitait sortir de ma poitrine. - Mienne, grogne cette voix rauque et suave. Je n'ai aucune idée de ce que ça veut dire, mais mon corps et mon cerveau ont l'air d'être d'accord avec ça.
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