Chapitre 8
Violet attira nonchalamment Gwyneth contre elle. La fillette fixa Victoria, ses yeux emplis d’un dégoût froid et inconnu, bien plus cruel que n’importe quelle parole.
" Maman, maintenant je suis avec Violet et Papa, et nous trois sommes très heureux ensemble. Pourquoi est ce que tu dois toujours embêter Violet et la harceler ? J’aimerais vraiment que Violet soit ma vraie maman. Elle est tellement plus gentille et douce que toi. "
Debout aux côtés de Violet, McNeil aperçut la robe de mariée. L’espace d’un bref instant, il ressentit une pointe de culpabilité et de pitié pour Victoria.
Mais lorsqu’il leva les yeux et croisa le regard obstiné et inflexible de Victoria, son expression se durcit aussitôt.
Dans ses souvenirs, Victoria avait toujours été douce et élégante. Durant toutes leurs années de mariage, il ne l’avait jamais entendue élever la voix ni perdre son sang froid avec qui que ce soit.
Et Violet n’avait plus qu’un an à vivre. Pourquoi Victoria devait elle être aussi cruelle ?
" Présente tes excuses. "
Le mot resta suspendu dans l’air, laissant même Yasmine sans voix.
Victoria chancela et Yasmine la rattrapa juste à temps pour la soutenir.
" Ce ne serait pas plutôt à elle de s’excuser ? " La voix de Victoria tremblait, mais elle se força à continuer.
" Elle a porté le collier de ma mère sans permission, elle a mis ma robe de mariée, et maintenant mon mari et ma fille prennent tous les deux sa défense. McNeil, penses tu vraiment que ce soit à moi de m’excuser ? "
Son nom, Victoria, était inscrit noir sur blanc sur l’acte de mariage. Quelle absurdité de demander à une épouse de s’excuser auprès de la femme qui lui avait tout volé.
" Victoria, tu es vraiment allée trop loin aujourd’hui, " déclara McNeil d’un ton sec.
" Violet n’a pas pris le collier de ta mère, et pour la robe de mariée, je vais éclaircir cette affaire. "
Sur ces mots, il souleva doucement Violet dans ses bras.
Mais à peine eut il bougé que Violet trébucha. L’instant suivant, la robe, un chef d’œuvre valant une fortune et orné de milliers de diamants étincelants, se déchira dans un bruit déchirant.
Les diamants se répandirent sur le sol comme une pluie glacée et éblouissante. Leur éclat poignarda les yeux de Victoria, chaque scintillement semblable à une lame tranchant son cœur.
" Je suis désolée, vraiment désolée, Victoria. Je ne voulais pas l’abîmer. "
Les yeux de Violet étaient pleins de larmes, affolés, semblables à ceux d’un faon effrayé. Elle regardait Victoria tout en s’accrochant à McNeil, en quête de réconfort.
" Je vais t’emmener à l’étage, " murmura McNeil en la serrant contre lui. Son regard balaya les diamants éparpillés sur le sol, froid et sombre.
" Ce n’est qu’une robe. Ce n’est pas la fin du monde. "
Ces mots résonnèrent comme un tonnerre dans l’esprit de Victoria.
Elle se tenait droite comme un piquet. La chaleur du chauffage central lui brûlait la peau, mais son cœur était glacé, comme si elle se trouvait seule au milieu d’un désert arctique.
Six mois de croquis et de rêves, des mois de travail minutieux, des dizaines de milliers de diamants cousus à la main par des artisans de renom, tout cela pour l’instant qu’elle avait tant imaginé. Porter cette robe et immortaliser un souvenir éternel avec McNeil.
Cette robe lui avait presque tout coûté. Même les fonds nécessaires provenaient de McNeil lui même.
Il lui avait dit un jour
" Victoria, tu as toujours été à mes côtés. Tu as donné naissance à Gwyn pour la famille Langford, et je veux que tu sois la femme la plus heureuse du monde. "
À présent, l’éclat des diamants ne faisait que souligner la pâleur de son visage. La promesse de bonheur de McNeil sonnait creux et amer, comme la plaisanterie la plus cruelle que la vie lui ait infligée.
Yasmine, restée à proximité, murmura doucement
" Madame… "
Sa voix se brisa, incapable d’aller plus loin.
McNeil porta Violet à l’étage, tandis que Gwyneth les suivait.
En enjambant les diamants éparpillés, Gwyneth en repoussa quelques uns du pied avec un mépris évident.
Encouragée par la faveur nouvelle dont jouissait sa maîtresse, la servante de Violet, qui avait été humiliée un peu plus tôt, ne put s’empêcher de ricaner.
" La vraie Mme Langford, vraiment ? " murmura t elle avec dédain.
" On dirait bien qu’elle appartient déjà au passé. "