Chapitre 13

1822 Worte
13 Lucas En entendant retentir les coups de feu, je jette un coup d’œil dans le rétroviseur et je vois nos gardes tirer sur les véhicules lancés à la poursuite de leurs 4x4. Une balle frappe le flanc de notre voiture et je zigzague afin que la limousine soit plus difficile à atteindre. À l’arrière, les parents de Nora se sont mis à hurler de panique et Esguerra saute de son siège pour prendre les armes. Bordel de merde ! Ma main s’agrippe au volant. Ça n’est pas possible ! Pas avec des civils. Esguerra et moi sommes à la hauteur, mais pas Rosa ni Nora, et encore moins ses parents. Si jamais il leur arrivait quelque chose… J’accélère encore plus et je dépasse les 160 km/heure. Encore des coups de feu. Je vois nos hommes échanger des coups de feu avec les poursuivants. Tout au bout, l’une des voitures de Sullivan rentre dans l’une des nôtres et la force à quitter la route, puis il y a une nouvelle fusillade avant que le 4x4 de Sullivan ne quitte la route et se renverse. Un autre véhicule rattrape l’un de nos 4x4 et lui rentre dedans à son tour. Derrière lui, il y a au moins une douzaine de véhicules, des 4x4, des camionnettes et des Hummers équipés de porte-grenades. Non, pas une douzaine. Ils ont au moins quinze ou seize véhicules et nous n’en avons que huit. Bordel de merde ! J’accélère encore et j’arrive à 180 km/heure. Il faudrait aller encore plus vite, mais la limousine blindée est trop lourde. Elle est conçue pour la sécurité, pas pour faire de la vitesse. À l’arrière, un de nos 4x4 est projeté en l’air et explose. La détonation est assourdissante, mais je fais comme si de rien n’était, toute ma concentration est fixée sur la route devant moi. Ce n’est pas le moment de penser aux hommes que nous venons de perdre ni à leurs familles. Afin que nous ayons une chance de nous en tirer, je dois rester concentré. ― Lucas ! Rosa a l’air de paniquer. Lucas, c’est… ― Oui, c’est un barrage de police. Je dois élever la voix pour couvrir le vacarme des coups de feu et des explosions. Quatre voitures de police nous barrent la route et elles sont entourées de brigades d’intervention spéciale. Ils nous attendent, ce qui veut dire qu’ils sont de mèche avec Sullivan. À l’arrière Julian hurle quelque chose à Nora et dans le rétroviseur je le vois sortir des gilets pare-balles et un fusil lance-grenades. ― Il faut forcer le barrage. Je hurle sans cesser d’accélérer. Nous n’en sommes plus qu’à quelques secondes, la limousine se jette à toute vitesse sur le barrage. Je la dirige entre deux voitures de police, l’intervalle est réduit, mais pour cette manœuvre le poids considérable de la voiture blindée est un avantage. Je crie à Rosa : ― Agrippe-toi ! En rentrant dans les voitures de police, l’impact du choc nous propulse en avant. Je sens la ceinture me rentrer dans le corps, j’entends les balles des brigades d’intervention frapper les côtés et les vitres de notre voiture, mais nous sommes passés et la limousine continue d’avancer laissant derrière elle deux voitures qui se rentrent dedans et qui explosent. Ces voitures sont à Sullivan, je m’en rends compte avec soulagement un instant plus tard. D’après ce que je vois dans le rétroviseur, nos 4x4 n’ont pas été touchés. À côté de moi, Rosa est livide de peur, mais ne semble pas blessée. Avant de pouvoir reprendre mon souffle, j’entends une explosion assourdissante et je vois s’envoler la voiture de police qui explose. Elle atterrit sur le côté et se met à flamber puis l’un des Hummers de Sullivan lui rentre dedans. Il y a une nouvelle explosion puis une camionnette appartenant à Sullivan quitte la route. J’ai un sourire sauvage en voyant Esguerra debout au milieu de la limousine, la tête et les épaules qui dépassent du toit ouvrant. Mon patron doit se servir du lance-grenades de notre arsenal. Il y a une autre détonation quand il tire, mais cette fois-ci aucun véhicule ennemi n’est touché. À la place, un des Hummers fait un zigzag et rentre dans un de nos 4x4 et je vois le véhicule des gardes se retourner et quitter la route. Merde ! Ma jubilation s’évanouit. Si Esguerra n’arrive pas à tirer juste, nous sommes foutus. Comme pour répondre à mes pensées, il y a une autre détonation et l’une des camionnettes de Sullivan explose derrière nous. Deux 4x4 de Sullivan lui rentrent dedans, mais ma satisfaction est de courte durée lorsque j’entends des balles frapper notre voiture. En poussant des jurons, je tourne le volant et commence à zigzaguer d’un bord à l’autre. Contrairement à la limousine, le crâne d’Esguerra n’est pas blindé. Agrippé au volant, je marmonne : ― Allez, Esguerra, tire leur dessus ! Boom ! Un 4x4 de Sullivan vient d’exploser et celui qui le suivait a quitté la route. ― Il va y arriver, dit Rosa d’une voix tremblante, il ne leur reste que quatre voitures. Je jette un coup d’œil dans le rétroviseur pour vérifier si elle a raison. Six véhicules ennemis contre cinq de notre côté. Nous avons encore une chance de gagner. Tout à coup, j’aperçois des flammes dans le rétroviseur. Deux de nos 4x4 ont volé en l’air et je réalise que les Hummers les ont frappés. Merde, merde, merde, et merde ! ― Allez, Esguerra ! Sur le volant, les jointures de mes mains sont toutes blanches. Vas-y, p****n ! Boom ! L’un des Hummers quitte la route, de la fumée s’échappe de son capot. ― Le Señor Esguerra les a touchés ! La voix de Rosa s’emplit d’une joie folle. Lucas, il les a touchés ! Je n’ai pas le temps de lui répondre, l’une des voitures ennemies perd le contrôle et rentre dans une autre. Nos hommes doivent avoir abattu le chauffeur. ― Il n’en reste plus que trois, Lucas ! Trois ! Rosa est sur le point de sauter sur son siège et je réalise que l’adrénaline la rend euphorique. Au-delà d’un certain point, on cesse d’avoir peur et tout n’est plus qu’un jeu, c’est une drogue comme une autre. C’est ce qui crée une telle dépendance au danger, en tout cas pour moi. C’est la proximité de la mort qui me donne l’impression d’être vraiment vivant. Mais je réalise brusquement que ce n’est plus vrai. Aujourd’hui, mon ivresse est moins forte, elle est atténuée par mon inquiétude pour nos civils et par ma rage d’avoir perdu des hommes. L’excitation est remplacée par une sombre détermination à survivre. À vivre pour rattraper Yulia et avoir l’impression d’être vivant d’une autre manière. ― Lucas ! Tout à coup, Rosa semble tendue. Lucas, tu as vu ? ― Quoi ? Dis-je avant d’entendre le léger vrombissement d’un hélicoptère, un son reconnaissable entre tous. ― C’est un hélicoptère de la police, dit Rosa dont la voix s’est remise à trembler. Lucas, pourquoi y a -t-il un hélicoptère ? Au lieu de lui répondre, j’appuie à fond sur l’accélérateur. Il n’y a que deux possibilités : soit les autorités ont eu vent de ce qui se passe, soit ce sont d’autres flics pourris. Je parierais pour la seconde, ce qui veut dire que nous sommes vraiment foutus. D’après mes calculs, Esguerra n’a plus qu’une grenade à tirer et il lui sera impossible de descendre cet hélicoptère. ― Qu’est-ce qu’on va faire ? Rosa panique, c’est clair. Lucas, qu’est-ce qu’on va… ― Tais-toi ! J’appuie encore sur l’accélérateur en me concentrant sur le bâtiment qui se dessine devant nous. Nous sommes presque arrivés à l’aéroport privé et si nous pouvons y entrer il nous reste encore une chance. Je crie à Esguerra : ― Je fonce sur le hangar ! Et d’un grand coup de volant, je tourne à droite en direction du bâtiment. Dans le même temps, j’accélère une fois de plus, la limousine est à fond. Nous volons vers le hangar, mais inexorablement le grondement de l’hélicoptère continue de se rapprocher. Boom ! Une explosion résonne dans mes oreilles et instinctivement je donne un à-coup avant de redresser la voiture et d’accélérer de nouveau. Derrière nous, un de nos 4x4 se dirige sur un autre et ils se rentrent dedans avec des crissements de pneus avant de quitter la route. ― Ils lui ont tiré dessus. Rosa n’a pas l’air d’y croire. Oh, Mon Dieu, Lucas, l’hélicoptère leur a tiré dessus. Je secoue la tête pour essayer de me débarrasser du tintement dans mes oreilles, mais avant qu’il ne disparaisse il y a une nouvelle explosion, elle est assourdissante. Le Hummer qui nous suit s’enflamme, contre nous il ne reste plus que deux 4x4 et l’hélicoptère. Esguerra a réussi son dernier coup. Avant que je puisse reprendre mon souffle, la limousine reçoit un choc v*****t. Je n’y vois plus rien, la tête me tourne, le bourdonnement dans mes oreilles devient un gémissement aigu qui me donne le tournis. Seules des décennies d’entraînement me permettent de garder les mains sur le volant et quand je retrouve la vue je m’aperçois que Rosa pousse des hurlements. ― Nous avons été touchés, Lucas, nous avons été touchés ! Putain, elle a raison. Il y a de la fumée qui s’échappe de l’arrière de la voiture et la vitre arrière a volé en éclats. ― Est-ce que... Esguerra et sa famille… Je commence cette phrase d’une voix rauque avant de voir Esguerra apparaître dans le rétroviseur. Il est couvert de sang, mais il est clair qu’il est vivant. En relevant Nora qui était au sol, il lui tend un AK-47. Derrière elle, ses parents ont l’air abasourdis et sont couverts de sang eux aussi, mais ils n’ont pas perdu connaissance. Nous sommes presque dans le hangar maintenant si bien que je ralentis. À l’arrière, j’entends Esguerra donner des instructions à sa femme. Il veut qu’elle prenne ses parents avec elle et qu’ils courent ensemble vers l’avion dès que la voiture s’arrêtera. ― Tu vas courir avec eux, Rosa, tu m’entends ? Dis-je sans quitter la route des yeux. Tu vas sortir de la voiture et courir. ― D-d’accord ! J’ai l’impression qu’elle est sur le point de faire de l’hyperventilation. Nous renversons les portes du hangar et je freine d’un coup, la limousine s’arrête avec un crissement de pneus. ― Cours, Rosa ! Je lui hurle cet ordre en ouvrant ma ceinture, elle se précipite au-dehors et moi aussi après avoir attrapé mon M16. ― Vas-y, Nora ! hurle Esguerra derrière moi en ouvrant la portière arrière. Vas-y tout de suite ! Du coin de l’œil, je vois Rosa courir derrière Nora et ses parents, mais avant d’avoir pu m’assurer qu’ils ont atteint l’avion un 4x4 des Sullivan arrive en trombe dans le hangar. J’ouvre le feu et Esguerra aussi. Le pare-brise du 4x4 vole en éclats au moment où il pile devant nous et où des hommes armés en sortent. Je crie à Esguerra : ― Recule ! Va derrière la limousine ! Je veux le couvrir, puis c’est lui qui me couvre quand je plonge à mon tour derrière la limousine. ― Prêt ? Dis-je et, il me fait signe de la tête. En synchronisant nos gestes, nous sortons chacun de notre côté et nous tirons plusieurs rafales avant de plonger à nouveau. ― Quatre de moins dit Esguerra en rechargeant son M16. Je crois qu’il n’en reste plus qu’un. ― Couvre-moi, dis-je et je commence à contourner la limousine en rampant. Je sens la sueur me couler dans les yeux, j’avance sur le ventre tandis qu’Esguerra tire sur le 4x4 pour faire diversion. J’attends au moins une minute avant de trouver le bon moment puis je tire sur l’assaillant. La balle l’atteint au cou et fait jaillir un geyser de sang. Je me relève en haletant. Après le vacarme incessant de la bataille, le silence me donne l’impression d’être devenu sourd. ― Beau travail, dit Esguerra en sortant de derrière la limousine. Maintenant si les hommes qui nous restent ont le… ― Julian ! De l’autre côté du hangar, Nora brandit son AK-47 au-dessus de la tête. Elle est radieuse. Par ici ! Viens, allons-y ! Le visage d’Esguerra s’éclaire d’un immense sourire quand il la voit courir dans sa direction, puis je suis projeté en l’air par un nuage de feu.
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