Bajan grimpa sur la berge. Le fleuve était là, prêt à se jeter hors de son lit. Il grossissait. Un busard plana au-dessus de la tête du géant. Puis, de son vol souple, poussant un cri aigu et dur à plusieurs syllabes, il prit de la hauteur. C’est à ce moment-là que d’épaisses trombes d’eau tiède se déversèrent sur la plaine. Bajan eut tout juste le temps de courir s’abriter sous les tamaris. Il songea à la route qui traversait les vignes. Sous la violence de la pluie, le fleuve s’étira. Un filet d’eau, aussi vif qu’une vipère, gicla sur les pieds du géant. Un tourbillon de vent tordit les arbres, les fouetta avec fureur. Dans le lointain, un chien aboya lugubrement. Le géant tourna la tête. C’est à cet instant qu’il entrevit la silhouette de la gitane. Le jour avant l’explosion, quand il

