Chapitre 5

3164 Mots
— « Claude ne vous a pas parlé ainsi ! » s’écria René hors de lui, « Et s’il était là, il vous défendrait de calomnier une femme qu’il sait digne de tous vos respects. » — « De tous mes respects ! » reprit Colette en riant plus haut encore et plus nerveusement. « Dites donc, est-ce que vous me prenez pour une autre, mon petit Vincy ? Parce qu’elle a un mari pour cacher son infamie, et manger avec elle l’argent du vieux, n’est-ce pas ?… Tous mes respects ! Parce qu’elle se fait payer plus cher que la fille du coin de la rue qui n’a pas de quoi dîner. Vous y croyez donc encore, vous, aux femmes du monde !… Et puis vous savez, » continua-t-elle en se levant et s’avançant vers René avec fureur, et l’arrière-fond populaire de sa nature se révéla dans le tour de tête qu’elle eut pour jeter ces mots en clignant ses yeux, « vous savez, si ça vous ennuie que je vous aie dit qu’elle était votre maîtresse et celle de Desforges, allez en demander raison à Claude. Ça lui fournira de la copie, à ce joli monsieur… Ah ! Vous commencez à avoir sur lui la même opinion que moi… Sans rancune, mon petit, mais il faudra soigner çà. — De tous mes respects ! — Ah ! ah ! ah ! — Non, c’est un peu trop fort. — Allons, adieu. Cette fois je m’habille pour de bon… Mélanie ! » cria-t-elle en ouvrant la porte, « Mélanie !… Saluez Claude de ma part, » ajouta-t-elle par dernière ironie, « et écrivez-lui qu’on ne badine pas plus avec Colette qu’avec l’amour. » Et sur cette allusion à la pièce dont parlait Larcher dans sa lettre avec une exaltation si folle, elle poussa René hors de la loge, et, en refermant la porte, son rire éclata encore, moqueur, implacable et argentin, un rire où il y avait un peu de tout, du jeu de théâtre et de la haine satisfaite, de la moquerie de courtisane et de la vengeance de maîtresse blessée. « La méchante femme ! La méchante femme ! » se répétait René en descendant l’escalier du théâtre que remplissaient de ses éclats la voix de l’avertisseur, criant : « On va commencer . » Ses jambes tremblaient sous lui, et il se demandait : « Pourquoi m’en veut-elle ? » sans comprendre qu’un quart d’heure durant il avait représenté Claude au regard de Colette. Peut-être aussi la joie de l’actrice à lui percer le cœur dérivait-elle de la rancune que nous gardent souvent les maîtresses de nos amis, quand elles ont éprouvé que nous ne leur ferons jamais la cour. La fidélité de l’homme à l’homme est un des sentiments qui blessent le plus profondément la femme. « Que lui ai-je fait ? » reprenait le poète, et il était incapable de répondre à cette question, incapable aussi de ressaisir ses idées. Certaines phrases qui tombent sur notre esprit, sans préparation, nous étourdissent, comme un coup asséné brutalement sur notre tête. C’est une stupeur momentanée, un arrêt subit, même de la souffrance. René ne revint à lui tout à fait qu’en se retrouvant sur la place du Palais-Royal, grouillante de voitures. Son premier mouvement fut un accès de rage furieuse contre Claude. « L’indigne ami ! » se dit-il, « comment a-t-il pu livrer mon secret à une pareille fille ? Et qu'en savait-il ? Une rougeur sur ma joue, un peu de trouble en prononçant un nom… C’en est assez pour qu’il aille déshonorer une femme qu’il connaît à peine, auprès d’une coquine dont il va proclamant partout l’infamie… » Le souvenir de la conversation où Larcher avait pu surprendre son sentiment naissant pour Suzanne ressuscita en lui, avec son moindre détail. Il se revit dans l’appartement de la rue de Varenne, et les épreuves d’imprimerie sur le divan, et la face de Claude rendue plus livide encore par la clarté glauque des vitraux. Il vit le rire qui avait grimacé sur cette face, tandis que cette bouche ironique laissait tomber ces mots : « Ah ! Vous n’en êtes pas amoureux ? » Il vit aussi le passage d’hésitation qui avait immobilisé cette bouche quand lui, René, avait demandé : « Alors vous savez quelque chose sur elle ?… » Le même flot de mémoire lui rapporta d’autres images associées à celle-là. Il entendit la voix de Suzanne disant, dès leur troisième causerie : « Votre ami M. Larcher, je suis sûre que je ne lui suis pas sympathique. » Encore ce matin, n’avait-elle pas formulé cette défiance ? Oui, elle n’avait eu que trop raison de se défier de cet homme. S’il ne l’avait accusée que d’une intrigue avec lui, René. Mais cette immonde insinuation, l’autre, qu’elle était entretenue par Desforges, il avait osé la proférer !… Ce qui rendait cette idée intolérable au poète, ce n’était pas qu’il eût une ombre d’ombre de soupçon contre sa divine maîtresse. Seulement, il sentait que Colette n’avait pas menti en prétendant tenir cette infamie de Larcher. Pour que Larcher eût répété cette atroce chose, il fallait qu’il la tînt de quelque autre bouche. Et si Suzanne avait insisté comme elle avait fait, à deux reprises, pour apprendre comment Claude parlait d’elle, c’est qu’elle se savait en proie à l’outrage de cette abominable calomnie ! René aperçut en pensée ce Desforges qu’il avait rencontré une fois chez elle, ce vieux beau, avec sa tournure d’officier entraîné, son teint à la fois trop rouge et comme flétri, ses cheveux grisonnants… Et elle ! Il se la figura telle qu’il l’avait tant aimée le matin encore, si blonde, si blanche, si fine, avec ses yeux bleus si purs, avec cette délicatesse de tout son être qui donnait un caractère presque idéal aux baisers les plus passionnés. Et c’était cette femme qui avait pu être salie d’un tel propos ? « Le monde est trop horrible , » dit René tout haut, « Et quant à Claude… » Il avait pour ce dernier une affection si vraie, et c’était cet ami, le plus cher, qui avait parlé contre sa Suzanne de cette ignoble manière, comme un goujat et comme un traître. Quel contraste avec ce pauvre ange ainsi insulté qui, le sachant, n’avait pas trouvé d’autre vengeance que de dire : « Je lui ai pardonné !… » Et toutes les autres fois qu’elle avait nommé Claude, ç’avait été pour le louer de son talent, pour le plaindre de ses fautes. Brusquement René se rappela cette autre phrase de son innocente madone : « Ce n’est pas une raison de se venger sur les autres femmes en leur faisant la cour au hasard. J’ai presque dû me fâcher un jour que je me trouvais à table à côté de lui… » — « Voilà la cause ! » se dit le jeune homme avec une recrudescence de colère, « il lui a fait la cour, elle l’a repoussé, et il la diffame… C’est trop dégoûtant !… » René avait marché, en proie à ces réflexions cruelles, jusqu’à la place de l’Opéra, et machinalement il avait tourné à droite, remontant ainsi le boulevard, sans presque s’en douter. L’amertume et le dégoût répugnaient si profondément à cette âme encore enfantine, que ces sensations se fondirent bientôt en une tendresse infinie pour cette femme si aimée, si admirée, si indignement traitée par le perfide Claude et par la vindicative Colette. Que faisait-elle à cette heure ? Elle était là-bas, dans une loge du Gymnase, forcée par son mari d’assister à un spectacle quelconque, envahie par une mélancolie dont leur amour était la cause et en train de songer à leurs baisers… Il n’eut pas plus tôt évoqué l’image de son adorable profil, qu’un besoin de la revoir réellement s’empara de lui, instinctif, irrésistible. Il arrêta un fiacre qui passait, et jeta le nom du théâtre au cocher, sans même réfléchir. Que de fois il avait été tenté ainsi, quand il savait que Suzanne passerait la soirée dans quelque endroit public, d’y aller lui-même ! Il avait toujours repoussé cette tentation par un scrupule de rien faire en son absence qui fût contraire à ce qu’il lui avait promis en sa présence. D’ailleurs, la nature de son imagination se complaisait étrangement à cette scission absolue entre les deux Suzanne, celle du monde et la sienne à lui, et par-dessus tout, il redoutait la rencontre de Paul Moraines. Il avait lu Fanny, et il appréhendait à l’égal de la mort l’affreuse jalousie décrite dans ce beau roman. Un écrivain d’analyse, comme Claude, eût trouvé là un motif de rechercher cette rencontre avec le mari, afin de se procurer une plaie nouvelle du cœur sur laquelle braquer son microscope. Les poètes, chez qui la poésie n’a tourné ni à la corruption ni au cabotinage, possèdent un instinct qui leur fait éviter ces déshonorantes expériences. Ils respectent en eux-mêmes la fleur fragile de leur émotion. Tandis que la voiture roulait vers le boulevard Bonne-Nouvelle, tout cet ensemble de motifs auquel René avait scrupuleusement cédé autrefois lui revint à l’esprit. Mais il avait été touché par les phrases de Colette plus profondément qu’il ne voulait, qu’il ne pouvait se l’avouer. Une vision de hideur avait passé devant ses yeux. Elle pourrait revenir, il le sentait sans se le formuler, et aussi que la présence de Suzanne était la plus sûre garantie contre ce retour. Les amoureux subissent de ces élans irraisonnés, effet dans leur cœur de l’instinct de conservation que nos sentiments possèdent, comme des êtres… La voiture roulait, et René plaidait la cause de sa désobéissance aux conventions arrêtées avec son amie sur l’emploi de sa soirée. « Mais si elle pouvait savoir ce que j’ai dû entendre, ne serait-elle pas la première à me crier : viens lire mon amour sur mon visage ? Et puis je la verrai un quart d’heure seulement et je m’en irai, lavé de cette souillure… » — « Et le mari ? » — « Il faudrait bien que je le rencontrasse tôt ou tard, et puisqu’il n’est plus rien pour elle !… » Mme Moraines n’avait pas manqué de servir à son amant préféré l’invraisemblable mensonge de toutes les maîtresses mariées, qui est quelquefois une vérité, — tant la femme est une créature impossible à jamais connaître, — comme le démontrent les comptes rendus des procès en séparation. La délicatesse que Suzanne avait mise à prévenir ainsi jusqu’à ses plus inavouées, à ses moins légitimes jalousies, toucha de nouveau René. Ce lui fut un prétexte de plus à maudire les calomniateurs de cette créature sublime. « La maîtresse de Desforges, cette femme-là ! Et pourquoi ? Pour de l’argent ? Quelle sottise ! Elle, la fille d’un ministre et la femme d’un homme d’affaires ! Ce Claude ! Comment a-t-il pu ?… » Tout ce tumulte d’idées s’apaisa par la nécessité d’agir, quand le jeune homme se trouva devant la porte du Gymnase. Il ne voulait à aucun prix que Suzanne l’aperçut. Il resta donc quelques minutes debout sur les marches, réfléchissant. L’acte venait de finir, car les spectateurs sortaient en foule. Cette circonstance fournit au poète l’idée d’une ruse très simple pour voir sa maîtresse sans en être vu : prendre un premier billet qui lui donnât le droit d’entrer, profiter de l’entracte pour fouiller la salle du fond des couloirs qui vont aux fauteuils d’orchestre ou de balcon, et, lorsqu’il aurait trouvé la loge de Suzanne, demander au contrôle une seconde place, d’où il pût, en pleine sécurité, repaître ses yeux de cette adorable présence. Comme il débouchait dans le théâtre, il eut un moment de vive émotion à croiser un des élégants rencontrés chez Mme Komof, le jeune marquis de Hère qui passa, portant à la boutonnière de son habit un brin de muguet avec de la fougère, balançant sa canne de soirée et chantonnant l’air des Cloches, encore à la mode : « Dans mes voyages, — que de naufrages… » d’une voix si basse qu’à peine il s’entendait fredonner lui-même. Il frôla René du coude, sans plus le reconnaître ou sembler le reconnaître que n’avait fait Salvaney. Mais déjà le poète s’était glissé jusqu’à l’entrée de l’orchestre. Il n’eut pas à chercher bien longtemps à travers la salle. Mme Moraines occupait la troisième baignoire à partir de l’avant-scène, presque en face de lui. Elle était là, seule sur le devant de la loge. Deux hommes occupaient le fond : l’un debout, jeune encore, beau garçon à la moustache forte, au teint chaudement ambré, — c'était sans doute le mari — l’autre assis… Pourquoi le hasard, — ce ne pouvait être que le hasard, — avait-il amené dans cette loge, et ce soir-là précisément, l’homme à propos duquel l’abominable Colette avait bavé sur Suzanne ? Oui, c’était bien Desforges qui se carrait sur la chaise placée derrière Mme Moraines. Le poète n’hésita pas une minute à reconnaître le profil énergique du baron, ses yeux bruns si clairs dans son teint presque enflammé, son front encadré de cheveux gris, sa moustache blonde. Mais pourquoi, de voir ce vieux beau parler familièrement à Suzanne, à demi retournée et qui s’éventait, tandis que Moraines lorgnait les loges avec une jumelle, fit-il du mal à René, tant de mal qu’il se retira brusquement du couloir ? Pour la première fois, depuis qu’il avait eu le bonheur d’entrevoir la jeune femme, à la porte du salon de l’hôtel Komof, blonde et mince dans sa robe rouge, le soupçon venait de pénétrer en lui. Quel soupçon ? S’il avait dû l’exprimer avec des mots, il n’aurait pas pu. Et cependant ?… Lorsque Suzanne lui avait parlé, le matin même, de sa soirée au Gymnase, elle lui avait dit : « J’y vais avec mon mari, en tête-à-tête… » Quel motif l’avait poussée à fausser ainsi la vérité ? Certes le détail était sans importance. Mais un mensonge, petit ou grand, est toujours un mensonge. Après tout, peut-être Desforges se trouvait-il seulement en visite dans la loge, et durant l’entracte ? Cette explication était si naturelle, si péremptoire aussi, que René l’adopta tout de suite. Il allait d’ailleurs la vérifier sans plus tarder. Il retourna au contrôle et se fit donner un des fauteuils d’orchestre du fond, à gauche. Il avait calculé que, de cette place, il aurait le plus de chance d’observer la loge des Moraines en toute liberté… La salle se remplit de nouveau, les trois coups résonnèrent, le rideau se leva. Desforges ne partit point de cette loge. Il restait assis sur le même siège du fond, penché du côté de Suzanne, échangeant des remarques avec elle… Mais pourquoi non ? Sa présence ne pouvait-elle pas s’expliquer de mille manières, sans que Suzanne eût menti en s’en taisant ? Pourquoi Moraines ne l’aurait-il pas invité à l’insu de sa femme ? Il parlait familièrement à cette dernière, et elle lui répondait de même. Mais lui, René, ne l’avait-il pas rencontré chez elle ? Un homme du monde cause, pendant le spectacle, avec une femme du monde. Est-ce que cela prouve qu’une liaison ignoble d’adultère et d’argent existe entre eux ? Le poète raisonnait de la sorte, et ce raisonnement lui aurait semblé irréfutable, s’il eût constaté sur la physionomie de Mme Moraines un seul de ces passages de mélancolie qu’il s’était attendu à y rencontrer. Tout au contraire, dans son élégante robe de théâtre en dentelle noire, et ses cheveux blonds coiffés d’un chapeau rose, elle lui apparaissait complètement heureuse, sans pensée aucune de derrière la tête. Elle avait une si libre façon de rire aux plaisanteries de la pièce, la gaieté de ses yeux se faisait si franche, si communicative lorsqu’elle échangeait ses réflexions avec l’un ou l’autre de ses deux cavaliers ; elle croquait, avec une si gentille gourmandise, à de certains moments, les fruits glacés de la boîte posée devant elle, qu’il était impossible de soupçonner qu’elle eût accompli le matin un pèlerinage à l’asile de ses plus secrètes, de ses plus profondes amours ! L’émotion du rendez-vous avait si peu laissé de trace sur ce visage, comme rayonnant de frivolité, que René en croyait à peine son propre regard. Il s’était attendu à la trouver tellement autre. Le mari non plus, avec la jovialité cordiale de son mâle visage, ne ressemblait guère à l’homme obscur, ombrageux et renfermé, que l’amant crédule s’était figuré d’après les confidences de sa maîtresse… Le malheureux était venu chercher au théâtre un apaisement définitif du trouble où l’avait jeté le discours de Colette. Quand il rentra rue Coëtlogon, ce trouble avait augmenté. On a dit souvent que nous ne garderions pas beaucoup d’amis si nous écoutions parler, quand nous n’y sommes pas, ceux à qui nous donnons ce titre. Il fait encore moins bon surprendre dans son naturel la femme que l’on aime. René venait d’en faire l’expérience, mais il était trop passionnément épris de Suzanne pour se rendre à cette première vision de l’autre profil de sa madone. — « Mais quoi ? » se dit-il lorsqu’il se réveilla le lendemain matin, et qu’il retrouva sur son oreiller sa sensation pénible, « elle était de bonne humeur hier au soir. Faut-il que je sois assez égoïste pour le lui reprocher ? Le baron Desforges se trouvait dans sa loge, quand elle m’avait dit qu’elle irait au théâtre en tête-à-tête avec son mari ? Elle me l’expliquera dans notre prochain rendez-vous. Son mari n’a pas la physionomie de son caractère ? Les physionomies sont si menteuses ! Ce Claude Larcher, m’a-t-il assez trompé, avec la câlinerie de ses gestes, avec sa figure ouverte, avec sa manière de me rendre des services et de paraître ne pas s’en souvenir !… Et puis cette ignoble trahison !… » Toute la cruauté des impressions ressenties la veille se transforma de nouveau en une rancune encore plus furieuse contre celui qui avait été, par son coupable bavardage, la cause première de ce chagrin. Dans l’excès de son injustice, René méconnaissait les plus indiscutables qualités de son meilleur ami, de son protecteur : le désintéressement absolu, la grâce à se dévouer sans retour personnel, l’absence radicale d’envie littéraire. Il ne faisait même pas à Claude cette charité d’admettre que ce dernier eût parlé à Colette légèrement, imprudemment, mais sans intention de perfidie. L’amant de Suzanne ne pouvait pas demeurer l’ami d’un homme qui s’était permis de dire contre cette femme ce que Larcher en avait dit. Voilà ce que René se répéta, durant tout le jour. Une fois rentré de la Bibliothèque, où le travail lui avait été presque impossible, il s’assit à sa table pour écrire à ce félon une de ces lettres qui ne s’effacent plus. Cette lettre une fois terminée, il la relut. Il y prenait la défense de Mme Moraines en des termes qui proclamaient son amour, et maintenant plus que jamais il voulait que Claude ne fût pas en possession de son secret.
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