LA VILLEUne pluie froide tombe. Elle s’abat, muette, sur les trottoirs pour former de cruels miroirs sur lesquels les passants viennent se briser les jambes. Les voitures glissent tels des glaçons au fond d’un verre. J’entends le craquement des fémurs. Les sirènes d’ambulance rappellent le hurlement des hyènes au petit matin. Il devait neiger, mais il pleut. Les messages à la radio enjoignent à la prudence. Les météorologues considèrent ce temps, inhabituel pour la saison, comme la manifestation d’une catastrophe écologique. Toute la ville est enveloppée dans une sorte de Cellophane froide. Les gens s’étouffent dans le brouillard comme une carpe de Noël dans son sac. Et mes visites chez Muriel, Kornel et Cindy appartiennent au passé. J’ai mangé tous les bretzels, bu tout le café et le déso


