Épisode 10

3533 Mots
Une nuit d’amour sans lendemain Épisode 10 Liya Non, tout n’ira pas bien, en pensant une fois je suis montée dans la voiture avec André . Ewran bien installé dans son porte-bébé, nous roulions à bonne allure dans les rues d’Abidjan . J’ai dans mon sac les formulaires que je venais de remplir, ainsi que l’acte de naissance. Je revoyais encore l’encadré qui m’avait serré le cœur : « nom des parents ». Je n’avais mentionné que le mien car, pour figurer sur l’acte de naissance, le père devait être présent à la signature. André ne figurait donc pas sur celui de ewran . Pourtant, je m’inquiétais . Et si le bureau des passeports exigeait des informations complémentaires ? Et si André était présent à ce moment-là ? Comment je pourrais répondre ? Le contrat n’était toujours pas établi, et cette démarche pouvait tout compromettre. Je pouvais, en un rien de temps, me retrouver sur le chemin du retour à Bassam , dans la même situation qu’une semaine plus tôt. Je ne reverrais jamais André , alors. Cette pensée me serre le cœur. — Qu’est-ce qu’il y a, Liya ? Je me tourne vers André , qui me scruta du regard. Je souris à retardement, essayant de dissimuler ma détresse. — Rien — Je ne te crois pas. — Pense ce que tu veux, mais je t’assure que ça va. — Est-ce que ça irait mieux si je te disais que mes avocats ont finalisé ton contrat ? Mon cœur fait un bond. Le contrat ! Si seulement je l’avais déjà signé, je ne me serais pas fait autant de souci. Non, erreur... j’aurais tout de même été inquiète. Puisque je n’avais pas cessé de mentir à André depuis qu’il avait resurgi dans ma vie ! Comme je le savais par expérience, il encaissait mal la tromperie. — Ah ? Tant mieux. — Tu ne sembles guère enthousiaste. Vu ton obstination à en réclamer un, je trouve ça bizarre. — Je suis très contente, Qu’est- ce que tu veux ? Que je saute de joie ? — Pas précisément. — Je suis ravie, André . Enchantée ! En extase ! Il continue à m’observer, puis finit par marmonner un « Très bien », en reportant son attention sur sa tablette tactile. Le cœur battant, je regarde à travers la vitre. Il fallait lui dire la vérité. Pas maintenant, bien sûr, mais le plus vite possible. C’était impératif, même si cette perspective me terrifiait. Une fois que j’aurais mon contrat, je devrais trouver un moyen, et le moment approprié. A condition que tout ne s’écroule pas avant que je ne parvienne à ce stade ! La voiture s’arrête devant un immeuble au plateau je pense , et André ouvre la portière. Une fois sur le trottoir avec ewran dans son porte-bébé, je me me tourne vers André , qui récupérait dans la limousine le sac de couches. — Tu peux revenir nous chercher,. Je te passerai un coup de fil quand ce sera fini. — Je t’accompagne — Je ne vois pas pourquoi. Je peux régler ça toute seule. Ou tu pourrais envoyer quelqu’un. Tu as sûrement du travail. — J’ai un portable et une tablette, je peux assurer le suivi, sois tranquille. — Je ne vais pas prendre la poudre d’escampette, si c’est ce qui t’inquiète... C’était une éventualité invraisemblable, mais rien de plausible ne me venait à l’esprit. — Liya , pour l’amour du ciel, entre donc dans cet immeuble ! Nous avons un rendez-vous et tu nous mets en retard ! Je le regarde durant quelques secondes, la peur au ventre, puis finit par pousser un soupir. — Très bien. Mais si ça dure des heures et que tu t’ennuies à mourir, tu n’auras à t’en prendre qu’à toi. En fait, l’attente ne fut pas longue. Nous sommes admis dans un bureau, et je sorts de mon sac, d’une main tremblante, les papiers nécessaires. Je les remets directement à l’employée. Celle-ci, bureaucrate jusqu’au bout des ongles, n’en finit pas de tout vérifier. A un moment donné, elle fixe André , absorbé par sa tablette, et parut sur le point de lui poser une question. Puis elle eut l’air de passer à autre chose, et je réprime un soupir de soulagement. Un instant plus tard, nous étions sur le chemin du retour. Les passeports étaient à l’abri dans mon sac . Cet épisode m’avait secouée. Quand nous sommes arrivés , je prend ewran et l’installe pour sa sieste. Puis je m’allonge, dévorée par la culpabilité et la peur. Je venais de franchir un nouvel obstacle, d’accomplir un pas vers mon objectif. Jusqu’ici, j’ai eu de la chance. Mais pour combien de temps encore ? Je devais révéler la vérité à André avant que la chance ne se dérobe. Hélas, je me suis empêtrée dans un véritable guêpier ! Je ne voyais aucun moyen de m’expliquer sans que cette situation ne se retourne contre moi et ne m’explose à la figure. Une fois le contrat signé, je parlerais. Quand je serais sûre d’avoir assuré l’avenir de mon bébé, je pourrais être franche. Alors, même si je me fait chasser une deuxième fois, l’essentiel serait sauvé. J’aurais aimé m’en persuader, en tout cas. Mais je n’y parvins pas réellement. Lorsque je sors enfin de ma chambre, deux heures plus tard, poussée par la faim, j’espérais que André passe la soirée dehors, pour ne pas avoir à l’affronter. Ce ne fut pas le cas, bien entendu... Il leve les yeux alors que j’entre en catimini dans la cuisine, et je crois que j’allais me sentir mal. — Je venais chercher de quoi grignoter — Il y a des plats de chez le traiteur, dit-il. Dans le tiroir chauffant. — Tu achètes des plats à emporter ? — Comme tout le monde, non ? Pas les milliardaires,. Dans mon esprit, ils mangeaient des plats gastronomiques dans des restaurants comme celui où il n’avait invitée à, ou des repas apprêtés chez eux par leur chef personnel. André en avait d’ailleurs un. — Je croyais que c’était... euh... trop bas de gamme pour toi. Il rit, et je me sens toute réchauffée par ce rire que j’aime un peu trop pour mn propre bien. André était assis devant l’îlot central de la cuisine, des documents épars autour de lui, son ordinateur portable sur un côté : l’incarnation du nabab au travail. Rien à voir avec le tableau que je devais offrir lorsque je m’installais chaque mois à ma petite table en formica pour essayer d’équilibrer mon budget... — Liya , je suis un homme comme les autres, dit-il. J’aime le homard et le champagne, le caviar et les truffes. Mais j’aime aussi les plats à emporter, les pains avec condiments des marchands ambulants et les viandes braisés Qu’il soit « un homme comme les autres », j’en doutait. Mais la vision de André en train de mordre dans un pain condiment en pleine rue me réjouit . — Si ça continue, tu vas me dire que tu aimes les vannes braises et arachides — Les bananes oui, mais pas les arachides . — Tu m’étonneras toujours. Il eut un large sourire, puis se leva et se dirige vers le tiroir chauffant. Il portait un jean délavé, un T-shirt de couleur foncée, et il était pieds nus. Je trouve cette tenue terriblement intime et sexy, surtout avec ce ciel nocturne et les lumières de la ville qui scintillaient à l’horizon... Ouvrant le tiroir, il en sortit plusieurs barquettes. — Tu as le choix : porc sauté , poulet braise , bœuf sauté aux légumes, crevettes , soupe de poisson , riz cantonais... — Il y en a pour un régiment ! — Je ne savais pas ce que tu aimais, alors j’ai commandé plusieurs choses. Il plaça les barquettes sur le plan de travail et, l’eau à la bouche, je m’en approche pour les examiner. Tout sentait bon et avait l’air délicieux ! André plaça sur le comptoir une assiette et une paire de baguettes. — Merci,, mais j’ai besoin d’une fourchette. Il ouvre un tiroir et en sors un assortiment de couverts, qu’il dispose près de moi sans faire de commentaire. Ce n’était qu’un détail, mais je lui suis très reconnaissante de ne pas me taquiner parce que je ne savais pas manger avec des baguettes. Il retourne à sa place, et je remplis mon assiette. J’aurais aimé l’emporter dans ma chambre, mais André s’était donné la peine de commander tout cela, et je ne voulais pas paraître impolie. Je pioche dans les crevettes . Une savoureuse profusion de saveurs relevées, épicées et fraîches. — J’ai ton contrat, dit doucement André . Quand tu auras fini, nous verrons ça ensemble. Je m’efforce à avaler quelques bouchées, car je n’avais presque rien avalé depuis le petit déjeuner et avait très faim. Mais mes nerfs étaient tendus à l’extrême. N’y tenant plus, je pose ma fourchette et déclare brusquement : — Il faut que je le voie tout de suite. Je ne supporte pas d’attendre. — A condition que tu continues à manger, répondit-il en prenant un document sur la pile proche de lui. — C’est promis. Il vient près de moi , et j’ai soudain envie de m’appuyer contre lui, de M’attarder dans sa chaleur, tandis qu’il détaillerait les termes du contrat. Je n’en fais rien, bien sûr. Je m’oblige à me tenir très droite, à continuer à manger, pendant que a des posait le document sur la table. — C’est un contrat de base, dit-il. Si tout se déroule bien pendant les tests, tu apparaîtras dans les publicités pendant un an. Tu seras disponible pour diverses manifestations réceptions promotionnelles, soirées, etc. et d’autres prises de vues si nécessaire. En échange, tu recevras 200.000.000 ... J’ai faillis m’étrangler sur une bouchée de bœuf, et avale vivement un verre d’eau. André me regarde, haussant un sourcil : — Si les tests photos ne sont pas satisfaisants, si nous décidons que, finalement, tu ne conviens pas, tu recevras une indemnité de 27.000.000 et tes frais de retour seront payés intégralement. 27.000.000, c’était déjà considérable. Avec une telle somme, je pouvais trouver un travail correct, louer un bel appartement. Quant au 200.000.000... C’était tout simplement incroyable ! C’était bien supérieur à ce que j’avais espéré et, pourtant, une part de moi -même se sentait étrangement déçue. Ce n’était pas ainsi que j’envisageais mon avenir. Je ne voulais pas évoluer devant un objectif et être l’icône d’un parfum. Je voulais créer le parfum. Pourtant, je n’avais pas le choix. Depuis que ewran était entré dans ma vie, mes désirs passaient au second plan. — Et pour mon parfum ? Il feuilleta plusieurs pages, puis tapota du doigt un endroit précis. — C’est ici. Tu as un rendez-vous d’une demi-heure. Rien de plus. Et c’est sans aucune garantie. — Ai-je droit au rendez-vous même si tu décides de ne pas me garder pour la campagne publicitaire ? — Oui. — Bon. Je peux lire ? Il pousse le contrat vers moi. — Prends ton temps. Mais il faut signer ce soir, ma belle . Nous partons demain en France . — Déjà ? — Oui. Il n’y a pas de temps à perdre. Je me perche sur un tabouret de bar et lis le contrat de A à Z. Malgré l’emploi du jargon juridique, il était clair. Si les tests s’avéraient concluants, je gagnerais beaucoup d’argent. S’ils ne se passaient pas bien, j’en obtiendrait tout de même une somme non négligeable. Je pourrais aussi présenter mon parfum au patron de Néves Cosmetics ce qui était mon but initial ! Quand j’ai achevé ma lecture, André fait glisser vers moi un stylo. Je rencontre son regard. Il avait l’air très satisfait de lui. Son expression ardente éveille des sensations brûlantes jusqu’au cœur de mon être. Mon corps s’amollit, je me sens langoureuse, grisée, comme si je venais de boire de l’alcool. J’aspire intensément à ce qu’il me touche. Elle prend le stylo, me concentrant sur ce contact lisse et élégant tout était bon pour tenter d’oublier André , de calmer les battements erratiques de min cœur. J’appose ma signature, puis repose le stylo sur la table. — merci ma belle, dit-il en prenant le document pour le glisser dans une enveloppe. Il continue à me regarder avec une expression séductrice, mais aussi comme s’il me jaugeait. — Tu te sens mieux ? — Franchement, je n’en suis pas sûre,. Je ne suis pas mannequin de profession. Les yeux pétillant d’humour, André retourne s’asseoir. — Un mannequin est juste une personne qui vante un produit, non ? Tu n’es pas une professionnelle, certes, mais tu apprendras. — Je ne veux pas être modèle. Je veux créer des parfums. — Oui, je me suis engagé à te laisser me présenter tes créations. On dirait bien que tu as obtenu l’occasion convoitée en échange de ta collaboration. — Tu ne le regretteras pas, j’en suis sûre Ce n’était pas par prétention que je disais cela. Je savais que mes parfums étaient réussis, et j’avais envie que andre le sache. J’ai foi en mes capacités, même si j’ai parfois l’impression d’être nulle sur le plan commercial. Sur les autres plans aussi, d’ailleurs. Les relations humaines n’étaient décidément pas mon fort. La situation avec André était inextricable, et je ne voyais pas comment m’en sortir. — Qu’est-ce qu’il y a, Liya ? — Ce n’est rien, je suis juste un peu désorientée... Il y a quelques jours, j’étais serveuse. Et me revoilà ici . Avec toi. Je m’attends à ce que tout s’effondre d’une minute à l’autre. Allongeant le bras, il pose sa main sur la mienne . Un frisson me parcourut. Ce contact peau contre peau était merveilleux. Cela ne me suffisait pas et, en même temps, c’était presque trop. Quand il effleura mes doigts du bout du pouce, je crois que j’allais tomber . — Tu te fais trop de souci, ma chérie , dit-il d’une voix sensuelle qui me fait vibrer. Nous sommes liés, maintenant. Au moins pour quelque temps. Il parlait de la campagne publicitaire. Pourtant, pendant un instant, je me risque à imaginer une relation différente : un lien entre deux personnes qui désiraient être ensemble. Et qui avaient en commun... un enfant. Mon souffle s’accélére. J’ai eu soudain envie de fuir, de m’en aller bien loin avant de m’enfoncer d’avantage . Avant que la vérité n’émerge et que tout ne s’écroule une fois de plus. Depuis la mort de ma grand-mère, ma vie frôlait sans cesse le désastre. J’y était accoutumée. En revanche, je n’étais pas habituée à nourrir de l’espoir. C’était effrayant, en un sens. Je retire vivement sa main, que je ramene sur ses jambes. L’expression de André devient orageuse. Il paraît frustré, dérouté, puis en colère. Il finit par se renverser sur son siège. Illogiquement, j’ai envie de l’enlacer, de le supplier de me toucher encore. — Tu n’as aucune raison d’avoir peur de moi, dit-il en se levant soudain. Je ne suis pas un monstre. — Je ne te prends pas pour un monstre, — Je ne suis pas certain de te croire. D’un geste impulsif, je pose une main sur son bras. Je sens sa chaleur et la solidité de ses muscles. Un embrasement intérieur me submergea, ne laissant subsister que cette attraction brûlante, douloureuse, qui s’exerçait entre nous et me faisait vibrer tout entière. Je laisse retomber ma main, soudain indécise. Pourquoi tenter de nouveau le diable ? Pourquoi risquer de se consumer au feu qui brûlait en lui ? Il me redresse le menton alors que j’allais détourner la tête. — Je ne te comprends pas. Tu es à la fois torride et effrayée. Tu souffles le chaud et le froid. Il me semble un instant que tu veux... Il secoue la tête. — ... et puis non, tu ne veux pas. Que je sois pendu si j’y comprends quelque chose ! Je tente de lui échapper, mais il ne me le permet pas. Il me force à rencontrer son regard déterminé. Je frémis intérieurement, comme s’il lisait jusqu’au fond de mon âme et perçait tous mes secrets. Il ne pouvait pourtant pas savoir ce que je cachais ! — Cela ne s’est pas très bien terminé, la dernière fois. C’est peut-être ce qui m’effraie. Il laisse échapper un soupir, et ferme les yeux pendant un instant. — Je ne ferai pas d’excuses pour ce qui s’est passé, Liya . Tu m’as menti. — Je sais. Et je le regrette. Mais je t’ai déjà expliqué pourquoi. — En effet, reconnut-il en se laissant tomber sur un tabouret proche. Mais je n’aime pas qu’on me mente. Et je n’aime pas qu’on se serve de moi. — Je comprends. — Je ne crois pas. Il prend un verre d’alcool posé près de ses documents et avale quelques gorgées. — J’ai toujours été un Néves , mais je n’ai pas toujours vécu comme tel, dit-il après un temps de silence. Je replie mes bras autour de moi , le cœur serré par l’amertume qui imprégnait ses paroles. — Mes parents n’étaient pas mariés. Mon père était un play-boy, un flambeur. Ma mère a été facile à séduire, je crois. Quand il a refusé de l’épouser, elle a dû sombrer dans une sorte de dépression... Il hausse les épaules — Ils sont restés ensemble quelques années, en tout cas. J’étais bébé quand il l’a quittée. Il est mort peu après dans un accident de voiture. C’est alors que ma mère a commencé à se servir de moi pour pressurer la famille de mon père. Elle a passé son temps à me traîner devant mon oncle pour lui demander de l’argent, qu’elle dépensait ensuite sans compter. — Les bébés ont de gros besoins. Peut-être que ce n’était pas suffisant, et qu’elle... Le regard enflammé qu’il me jette me réduid au silence. J’ai eu mal pour lui. Et pour la femme qui avait tenté de l’élever seule. — Elle avait largement de quoi, Liya ! Mais pas assez pour ce qu’elle voulait. — Et que voulait-elle ? — J’aimerais le savoir. Mon oncle proposait de me prendre avec lui, mais elle refusait. — Je peux le comprendre. Je ne renoncerais jamais à ewran . — Elle refusait parce que j’étais sa poule aux œufs d’or. Et que je lui en rapportais à intervalles réguliers. Finalement, mon oncle lui a offert assez d’argent pour qu’elle consente à me laisser. J’ai eu de nouveau mal pour lui. Mais je comprenais qu’une mère refuse d’abandonner son enfant. Qu’elle s’obstine, en tout cas, à ne pas renoncer trop vite. Qu’avait dû éprouver la mère de André , quand elle avait senti qu’elle ne pouvait pas le garder ? Et qu’il serait mieux avec les Néves qu’avec elle ? Et pourquoi l’oncle de André ne les avait-il pas accueillis tous les deux ? Pourquoi ne leur avait-il pas offert un foyer, plutôt que cette option inacceptable pour une mère ? — Je suis tellement désolée, André ... Que pouvais -je dire d’autre ? Il avait un air lugubre, presque ravagé. Jai eu envie de le serrer contre Moi , mais n’en fais rien. J’ ignore si un tel geste serait bien accueilli. — Je n’aime pas qu’on m’utilise, Liya . Je n’aime pas ce que ça me fait ressentir. — Je comprends, . Et je regrette tellement... Tant de choses. Il soupira, puis secoue la tête, comme s’il prenait conscience d’avoir trop parlé. — Tu devrais finir ton repas, dit-il. Mais je n’aurais pu avaler la moindre bouchée, à présentl . De nouveau, il se lève, et fourrr les mains dans ses poches. Jamais je n’aurais pensé qu’il pouvait avoir l’air si perdu. Il avait dû se sentir si seul et si désorienté, lorsque sa mère avait enfin cédé aux instances de son oncle ! — Est-ce que tu vois souvent ta mère, maintenant ? Il avait le regard étrangement brillant quand il se tourne vers moi — Je ne l’ai jamais revue depuis que j’ai eu onze ans et que mon oncle l’a enfin convaincue de me confier à sa garde. Et je ne la reverrai jamais. Elle s’est suicidée il y a six ans. — Oh ! mon Dieu ! Je suis navrée... Il hausse les épaules avec une désinvolture qui était forcément feinte, et lâche — C’est la vie. — Mais... ta mère... Il effleura ma joue, doucement, du bout du doigt. — Je crois que tu es une bonne mère, Liya . Seulement, toutes les femmes ne sont pas aussi dévouées que toi. Ces mots me transpercèrent. Quel genre de mère fallait-il être pour cacher l’existence d’un fils à son père ? Pour se débattre dans les difficultés et peiner à l’élever, alors qu’il pouvait hériter d’une fortune ? Alors qu’il pouvait tout avoir ? — André , je... Je n’arrive pas à terminer ma phrase. Ma gorge était nouée, et aucun mot n’en sortit. Il sourit, mais ce sourire-là n’était pas un vrai sourire : il ne se reflétait pas dans ses yeux. — Va te coucher. La journée de demain sera longue. En lâche que je suis , je suis partis ...
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