Épisode 11

2265 Mots
Une nuit d’amour sans lendemain Épisode 11 Je peine à m’endormir et passe une nuit agitée. Je pense sans cesse à André , à l’expression de désarroi qu’il avait eue pendant son récit. Puis je m’inquiète pour ewran , se demandant s’il dormait. Je savais qu’il ne pleurait pas, puisqu’un écoute-bébé était installé près de moi . Pourtant, chaque fois que je commençais à m’endormir, j’entendais des pleurs ceux d’un petit garçon tout seul, perdu. Je tressaillais, écoutait, et ne percevait que le silence, à peine troublé par le bruit assourdi de la ville en contrebas. Comment me serait-il possible de révéler à André la vérité au sujet de ewra. ? La question ne cessait de me hanter. Enfin, lasse de chercher le sommeil, je me leve , me douche et m’habille . J’enfile un jean et un haut de soie, prit un blouson pour le cas où j’aurais froid. Quand je m’examine dans la glace, je ne me trouve guère à la hauteur. J’ai un physique ordinaire, et manquait de raffinement. Pourquoi André voulait-il à tout prix que je représente son parfum ? A cause de mes taches ? Pour moi, c’était une imperfection, pas une particularité intéressante. Mes pommettes étaient un peu trop charnues, et je n’avais pas une bouche ultra-pulpeuse de top model. Mes lèvres étaient normales. Quant à mes yeux, ils n’avaient pas une couleur remarquable Je vais voir ewran , qui était réveillé et regardait son mobile en faisant gigoter ses petites jambes. Je le sors de son berceau, et me rendit dans la cuisine pour préparer son biberon. André leve les yeux à mon arrivée. Il était assis à la grande table, occupé à boire du café tout en lisant le journal. — bonjour ma chérie , dit-il. — Bonjour Ewran s’agite et émet un rot sonore. Je ne peux m’empêcher de rire. André sourit malgré son air las —peut-être avait-il peu dormi, lui aussi ? Il a pas mal... d’énergie, hein ? commenta-t-il. — Oh ! oui... Il m’épuise. Je prend dans le réfrigérateur le lait maternisé que j’ai préparé au petit matin. Ewra. n’ayant pas tout bu, je l’avais mis de côté ; il fallait maintenant le réchauffer. Ce n’était pas simple quand on avait dans les bras un bébé remuant. J’essaye de garder Ewran contre moi d’un seul bras, mais il gigota de plus belle. — Donne-le-moi, suggéra André en venant vers moi. Saisie, je leve les yeux. Puis je lui tend l’enfant. Ce fut comme un arrachement : je n’avais pas envie de donner ewran à son père. Ce sentiment absurde se dissipe pourtant, même si André semblait peu sûr de lui. Il tenait le bébé en l’air, à deux mains, tandis que ewran se trémoussait. — Ramène-le contre ton torse et maintiens-lui la tête, — Comme ça ? — Oui. Je me tourne vers le plan de travail, remplit d’eau un récipient que je place dans le micro-ondes. Puis je pivote vers André , qui regardait ewran d’un air hésitant. — Il est si petit..., fit-il remarquer. — Mais il grandit chaque jour. Ewran s’agite. André me lance un regard paniqué. — Balance-le Il parut dubitatif, mais suis ma suggestion, et ewran se calme. Je réprime un sourire face à la maladresse de André . Son amusement se dissipa vite. Je devais impérativement révéler la vérité à André . Après avoir appris ce qu’il avait vécu dans son enfance, je trouvais très malvenu de lui cacher qu’il avait un petit garçon. Mais le moment devait être bien choisi, et celui-ci ne se prêtait guère à un tel aveu. Je sors le récipient du micro-ondes, y plonge le biberon, puis tend les bras pour reprendre mon bébé. André parut soulagé de me le rendre. — Tu me fais désirer de drôles de choses..., me dit-il avec douceur. — C’est sûrement dû à une indigestion ! Et il se mit à rire. Pourtant, j’avais le cœur battant, la peau enfiévrée, et j’avais envie de savoir de quelles choses il parlait. Mais j’ai trop peur pour poser la question. Il consulta alors sa montre, et redevint sérieux. — Il faut que nous soyons à l’aéroport dans une heure. Tu seras prête ? — Oui. — Bon. J’ai de la paperasse qui m’attend. Je te préviendrai quand il sera temps. Il me laisse dans la cuisine, et je donne le biberon à ewran en contemplant le ciel sous la brume matinale. Nous sommes bientôt en route pour l’aéroport, mais nous sommes bloqués dans les embouteillages. André travaille sur son ordinateur, et je regarde la ville pendant que ewran dormait. J’ai du sommeiller, sans doute. Car, soudain, je sursaute : André me secouait. Je lutte pour émerger et comprendre enfin ce qu’il disait. — Passeports. J’ai besoin de vos passeports. L’esprit embrumé, je les sors de mon sac. Il me les ôtes des mains, et je me renverse en arrière, les yeux clos. Il m’a fallut une bonne minute avant de prendre conscience de ma propre sensation de malaise et de ma redresser, l’esprit en alerte. Trop tard. André me fixait, l’air furieux et écœuré. Il venait sans doute de comprendre que je lui ai dissimulé la vérité. Il n’était pas stupide. Et il ne croirait jamais, maintenant, que je ne l’avais pas trompé délibérément ! Il me met sous le nez la première page du passeport. C’était inutile, je savais très bien ce qui y figurait. — Redis-moi donc l’âge de ton bébé. Et reparle-moi un peu de cet homme avec lequel tu aurais eu une liaison. ** * André Je suffoquais,j’ai l’impression qu’on me serrais la gorge. Je me force à inspirer et expirer régulièrement. C’était le seul moyen de ne pas céder à la fureur. Je brandis le passeport en regardant défiler les émotions sur le visage de Liya . Elle avait les yeux dilatés, la peau empourprée. Aucun son ne sortait de sa bouche ouverte. Soudain, elle devint toute pâle. J’attend qu’elle s’explique, qu’elle précise pourquoi le bébé avait trois mois et non deux, selon le passeport. Cela n’impliquait d’ailleurs pas que ewran était mon propre fils. Cela ne signifiait rien du tout. Je n’avais pas tout de suite pris garde à l’âge du bébé... Quand j’ai fallu présenter les passeports pour franchir le contrôle du secteur des jets privés, je les avais ouverts et parcourus du regard. Liya avait vingt-quatre ans et était née à aboisso . Ewran était né voici un peu plus de trois mois à grand Bassam . Ce détail ne n’avait d’abord pas frappé. Puis je me suis rappelé ma rencontre avec Liya , un an plus tôt. La date était gravée dans mon esprit : j’ai dû déchirer les photos des prises de vue et tout refaire. J’ai imaginé son retour a bonoua , sa liaison avec un autre homme et je n’avais pas aimé ce que j’ai ressenti... Mais c’était en la regardant sommeiller, en voyant le bébé endormi un petit garçon aux cheveux noirs qu’une autre idée m’a traversé l’esprit. Là, j’ai eu l’impression de recevoir un véritable coup de poing. Non, ce n’était pas possible ! Cet enfant ne pouvait pas être le mien ! Je m’étais protégé, comme toujours. Pourtant, à un moment donné, il y avait pas eu un petit accident, je m’en souvenais. Qui sait si la déchirure du préservatif n’était pas antérieure au moment où je l’avais ôté... Mais si c’était vrai ? Si ewran était mon fils ? Comment Liya avait-elle pu me le cacher ? De quel droit ? ! Rien ne prouve qu’elle l’a fait, — De qui est-il le fils ? Je parlais d’une voix froide et détachée pour tenter de prendre du recul avec mes sentiments. Sans quoi j’aurais explosé de rage et de douleur. Liya avait menti. Elle s’est servie de moi. Je penses à son insistance pour obtenir le contrat, à l’argent que j’ai accepté de lui verser, et mon sang se fige. Liya laisse échapper un hoquet étouffé, puis porte la main à sa bouche, respirant de façon saccadée. Plus vite que je ne l’aurais cru, pourtant, elle se tourne vers moi, les joues et le nez rouges, les yeux humides. — J’ai essayé de t’en parler, lâcha-t-elle. Cet aveu me donne l’impression que mon monde craquait de toutes parts. Les barrières que j’ai érigées contre la solitude et le chagrin s’effondrèrent. La douleur me ravagea. — Que veux-tu dire ? J’espérais malgré tout qu’il s’agissait d’une erreur, qu’elle ne m’a pas caché sa paternité pendant de longs mois. Mais au fond, je savais à quoi m’en tenir : ce petit garçon était un Néves ! J’ai , comme mon propre père, engendré un enfant qui s’était retrouvé aux mains d’une mère insouciante, à qui il était égal de vivre dans la misère et de confier son bébé à une étrangère. Dire qu’elle avait porté son enfant et que je n’en ai rien su ! — Cela veut dire, répondit Liya d’une voix faible, que je t’ai écrit. Que j’ai téléphoné. Mais tu m’as repoussée, et tu as refusé tout contact. Je n’ai pas, à proprement parler, refusé tout contact avec elle. Mais la consigne était de me transmettre que les appels des personnes qui figuraient sur sa liste de relations d’affaires. Quant à la lettre qu’elle prétendait avoir écrite, qu’est-ce qui prouvait qu’elle l’avait postée ? — Je parie que tu n’as guère insisté..., Je n’ai jamais reçu de lettre. — Je l’ai pourtant envoyée. Si tu ne l’as pas eue, ce n’est pas ma faute. — Tu dis l’avoir postée, mais qu’est-ce qui le prouve ? Il se peut très bien que tu mentes. Et puis, si tu l’avais voulu, tu aurais vraiment insisté. — Pourquoi est-ce que je mentirais ? J’étais seule ! J’avais besoin d’aide ! Et que voulais-tu que je fasse de plus ? s’écria-t-elle, les larmes aux yeux. Que je m’envole pour Abidjan sans avoir de quoi payer le transport , et que j’aille me prosterner à tes pieds ? J’ai essayé de t’appeler, mais c’était pire que de chercher à joindre le président de la république! Les appels étaient filtrés, on refusait de me mettre en contact avec toi ! Sa voix avait monté en crescendo, frémissant de colère, et, quand elle eut achevé sa tirade, le bébé se met à pleurer. Je regarde ewran , et éprouve ce désarroi que je n’avais plus ressenti depuis mon enfance, ce sentiment lorsque ma mère m’annonçait notre départ d’un endroit où je m’étais enfin adapté. Je détestais ce sentiment ! Si je l’avais pu, je serais parti à pied à travers la ville pour mettre le plus de distance possible entre moi et cette femme aussi perfide que menteuse. Mais je suis coincé dans la voiture. Liya se penche vers le bébé et tente de le calmer, d’une voix trop aiguë pour être apaisante, tâchant de lui faire accepter une tétine. Une larme roule sur sa joue, puis une autre, et sa voix devient encore plus agitée. — Liya ... Elle lève les yeux, l’air malheureux. J’ai un élan d’empathie que je refoule aussitôt. Comment je peux avoir de la peine pour elle ? Alors qu’elle s’était servie de moi ? Je la déteste , en cet instant. Et je ne lui permettrais pas de s’en tirer si facilement. — Calme-toi .Il sent que tu es perturbée. — Je sais, figure-toi ! Elle défait les sangles du porte-bébé, prend ewran sur ses genoux et le berça jusqu’à ce qu’il cesse de pleurer. Il accepte enfin la tétine, et elle parait soulagée. — Tu as séjourné chez moi pendant une semaine. Et tu m’as caché la vérité. Tu as eu tout loisir de parler, Liya . Comme la dernière fois. Elle ne leve pas les yeux, et j’ai envie de la secouer pour l’y contraindre. La violence intérieure qui me tourmentait me faisait peur, même si j’étais sûr que je n’y céderais pas. Je n’avais jamais reçu un choc aussi fort, ni vécu une telle trahison , même lorsque ma mère avait renoncé à moi pour de l’argent, pour être libre d’agir à sa guise. J’ai un enfant, un petit garçon, et je l’avais appris que grâce à mon esprit de déduction ! Si je n’avais pas reconstitué la vérité, Liya m’aurait-elle révélée ? Ou bien aurait-elle honoré son contrat, pris l’argent, et aurait-elle disparu avec ewran ? Jusqu’au moment où elle aurait eu besoin d’être renflouée... — Tu es muette ? Tu vas rester là comme ça, sans t’expliquer, après ce que tu as fait ? Elle lève la tête, les yeux rougis. — Je ne savais pas comment te l’apprendre... Je pensais que tu me jetterais dehors une deuxième fois. Je reste abasourdi en entendant ces mots. C’était inouï, tout de même ! Liya était une profiteuse, une intrigante. D’abord, le parfum. Et maintenant, cet enfant. Son comportement était franchement méprisable ! — Il n’est pas dit que je ne le fasse pas, Je suis bien placé pour savoir ce qui arrivait quand on laissait à une femme un enfant dont elle n’était pas capable de s’occuper. Je ne permettrais pas que mon fils connaisse un tel sort. J’userais au besoin, de tout mon argent et de tout mon pouvoir pour que Liya ne revoie plus jamais ewran . Je vois qu’elle a peur, et je m’en délecte avec un plaisir presque pervers. Je voulais qu’elle vive dans le doute, qu’elle souffre comme je souffre. — Tu ferais ça à ton propre fils ? demanda-t-elle d’une voix vacillante. — Pas à lui, Liya . Mais À toi.
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