5. Origine des peuples du Vietnam et du poisson monstrueuxJadis, sur le territoire de Lac Viêt vivait un homme très robuste, nommé Lôc Tuc, au pseudonyme de Kinh Duong. Sa mère était une Immortelle, qui lui transmit ses pouvoirs magiques. Il épousa une fille et à eux deux, ils engendrèrent un garçon qu’ils nommèrent Sung Lam. Celui-ci grandit en force. Il était capable de soulever un bloc de pierre que deux hommes auraient eu peine à tenir. Le roi Kinh Duong lui transmit ses tours de magie. Un jour, il ouit dire que les gens se lamentaient, se plaignant d’un animal aquatique monstrueux. Sung Lam décida de tuer le monstre. Il visita toute la région de Lac Viêt, remplaça son père à la tête du royaume. Il prit le nom de famille de sa mère : Lac Long Quân.
Le monstre mesurait cent cinquante mètres. Sa gueule pouvait engloutir dix personnes d’un seul coup. Sa queue était aussi large qu’une voile de jonque. Quand il nageait, les vagues tourbillonnaient. Toutes les barques alentour coulaient. Les pêcheurs l’appelaient « poisson monstre ». Personne n’osait plus sortir en mer.
Lac Long Quân construisit une grande barque, forgea une masse de fer aux dents acérées, un trident chauffé au rouge, et partit châtier le monstre.
Il rama jusqu’au repaire du monstre. Il savait que chaque fois qu’il voyait remuer et bruire la surface des ondes, cela signifiait que le grand monstre frétillait de la queue. Le monstre émergea, ouvrant une énorme gueule, attendant que des cadavres flottants passent auprès de lui. Il pouvait ainsi les engloutir.
Sans se laisser impressionner, Lac Long Quân restait assis fermement dans sa barque. Il se dirigea droit vers le monstre, enfonça son trident de fer dans la gueule béante, tira son épée, transperça le monstre, le tua, le trancha en trois tronçons. La tête du monstre devint chien de mer. Il la jeta sous la montagne, le mont Cau Dau « tête de chien ». Son corps coula le long du pont Man Câu, devenant le fleuve Câu Dâu Thuy. La queue devint l’île Bach Long.
En ayant terminé avec le monstre, Lac Long Quân se rendit sur le territoire de Long Bien. Il vit là une population clairsemée et terrorisée. Dans ce district, au pied de la montagne, au bord du fleuve, se trouvait une tanière très profonde. Un renard à neuf queues résidait là. À l’âge de cinq ans, il aimait se transformer en jeune homme, se mêlait aux gens du hameau, et emmenait les jeunes filles et femmes dans sa tanière pour les v****r.
Près du mont Tan Vien, le peuple aussi subissait un sort misérable. Les gens abandonnaient leur demeure, allaient vivre ailleurs. Il y avait là un arbre au feuillage luxuriant, en forme de parasol, qui avait trois mille mètres de large. Une tempête abattit cet arbre merveilleux, qui finit par pourrir sur le sol. Il se transforma en un monstre végétal fort cruel. Il arrêtait les passants pour les dévorer.
Lac Long Quân traversa des forêts durant plusieurs jours. Il finit par trouver ce monstre extraordinaire. Il l’attaqua. Le combat dura cent jours et cent nuits. Ce fut un combat de géants : ébranlant le sol, déracinant les arbres. Lac Long quan ne parvenait pas à le vaincre. Il se vit obligé d’aller chercher son père, implorant son aide. Il se changea en un arbre haut de quatre cents mètres, afin d’encercler le monstre végétal. Il put l’abattre avec sa lance. Le monstre grièvement blessé, s’enfuit au sud du Lac Viêt. Il devint le singe aux gestes violents Xuong Cuong.
Après avoir vaincu les trois monstres, des trois régions de Lac Viêt, Lac Long quan voyait que la population était toujours dans la misère. Les gens devaient se vêtir d’écorce, trouver des herbes pour faire leur literie et se protéger du froid. Ils mangeaient des herbes chiendent pour apaiser leur faim. Ils arrachaient des racines de gingembre comme épices et prenaient des tortues de montagne baba pour se faire une sauce fermentée.
Lac Long Quân enseigna au peuple comment cultiver du riz nep (gluant), comment couper des portions de bambou en guise de casserole pour y cuire du riz ; comment abattre des arbres pour bâtir des demeures sur pilotis, afin d’écarter tigres, loups, léopards la nuit.
Lac Long Quân leur apprit à former des couples et vivre en famille. Un jour, il voulut rendre visite à sa mère dans le palais marin qu’elle habitait. Avant de partir, il dit au peuple :
– S’il vous arrive malheur, n’hésitez pas à me prévenir ! Je viendrai aussitôt à votre secours !
Or, ayant appris que le peuple Lac Viêt n’avait plus de souverain, De Lai donna à ses troupes l’ordre d’envahir ce beau pays. Il ramena avec lui une fille chérie, la belle Au Co, et d’autres suivantes. De Lai s’installa dans le Lac Viêt, y fit construire des tours. Il comptait y habiter pour de bon. À force de servir péniblement De Lai, la population rouspéta. Ils s’adressèrent à Lac Long Quân en ces termes :
– Ô père ! Pourquoi ne rentres-tu pas afin de nous sauver ?
En un clin d’œil, Lac Long Quân apparut. Il avait entendu leurs récriminations. Il se transforma en un beau jeune homme. Il marcha en chantant vers le campement de De Lai. Il y aperçut Au Co la belle. Voyant cet homme courageux, Au Co en tomba follement amoureuse. Lac Long Quân emmena Au Co dans son palais en haute montagne.
Comme il rentrait dans son campement, De Lai vit que sa fille avait disparu. Il donna l’ordre à ses troupes de se mettre en quête de cette Au Co et d’aller la chercher dans toutes les grottes. Lac Long Quân, d’un tour de magie, convoqua des milliers de fauves. Les troupes de De Lai s’enfuirent terrorisées.
Au bout d’un certain temps, Au Co tomba enceinte. Lors de l’accouchement, elle mit au monde un sac assez volumineux. Une fois ouvert, le sac laissa rouler sur le sol cent œufs. Chacun de ces œufs donna naissance à un beau garçon.
La nostalgie du palais marin de sa maman entraîna Lac Long Quân à vouloir rentrer chez elle. Au Co voulait bien suivre son mari, mais à cause des enfants, elle resta en montagne. Ses descendants décrivirent en vers ses sentiments :
Tu rentres au palais marin
Mais moi, je dois suivre les nuages de montagne.
Si je laissais mes enfants, qui les nourrirait ?
Au Co marcha vers le sud. Elle appelait à haute voix :
– Mon amour ! Pourquoi ne reviens-tu pas ? Moi et nos enfants, nous souffrons trop !
Alors, Lac Long Quân revint aussitôt. Elle se plaignit :
– Pourquoi n’élèves-tu pas nos enfants avec moi ?
– Mais c’est que je suis de la race des dragons ! Je dois vivre en mer ! Toi, membre de la race des fées, tu dois vivre en montagne. Bon ! trouvons un compromis : je vais emmener cinquante enfants dans ma région maritime. Toi, gardes-en cinquante pour qu’ils gouvernent les régions montagneuses.
Au Co emmena cinquante enfants dans le district de Phong Châu (située actuellement entre Hanoi et Tuyen Quang). Elle nomma son fils aîné roi avec pour pseudonyme Hung Vuong. Ce pays est nommé Van Lang.
C’est en vertu de cette légende que les Vietnamiens se considèrent comme descendants du dragon et de la fée.