XXIV Nous nous étions séparés sans nous parler, mais avec une tendresse intérieure qui semblait s’accroître et grandir en se contenant. Désormais il avait pris dans mon cœur une place à part, une place à lui. Quelquefois même, il me semblait que c’était la première ; il devenait pour moi la chaleur et la lumière, tandis que Léonce s’effaçait dans l’ombre opaque et glacée de la solitude qu’il me préférait. Ce soir-là, en rentrant, je trouvai sur la table de mon cabinet les vers d’Albert et une lettre de Léonce. Je lus d’abord les vers d’Albert ; je fus attendrie par cette poésie suave et molle où il faisait revivre le souvenir de notre promenade au jardin des Plantes : Sous ces arbres chéris, où j’allais à mon tour Pour cueillir, en passant, seul, un brin de verveine, Sous ces arbres c


