LIII
Jadis, les puissants de ce monde se nommaient Orléans, Bretagne, Bourgogne. Ils avaient sur leurs terres droit de justice basse et haute : c’est-à-dire qu’ils pendaient, décapitaient, grillaient, bouillaient, empalaient, écartelaient quiconque avait le malheur de leur déplaire. Des centaines de chevaliers se pressaient dans les salles de leurs châteaux. Quand un homme d’une certaine naissance, – ou d’un certain mérite, – un de ces personnages qu’on n’accroche pas, comme cela, au grand soleil, à une branche de chêne, – les offusquait, ils s’écriaient, comme Henri II d’Angleterre en rêvant à Thomas Becket :
« – Qui donc me délivrera de cet homme ! »
Et aussitôt c’était à qui, parmi ces magnanimes chevaliers, s’empressait de saisir ses armes pour lui rendre ce petit service. Puis, quand le malencontreux n’était plus à craindre, c’est-à-dire quand il était mort, on ordonnait pour lui de belles funérailles, et l’on disait, comme Robert Houdin :
– Le tour est fait !…