LVII
Vous me direz que vous vous repentirez au dernier moment, que le juste pèche sept fois par jour, qu’on peut avoir une conviction profonde et cependant succomber aux tentations, et autres balivernes du même calibre. Ne vous seriez-vous pas plutôt fabriqué une petite religion assez commode, dans laquelle tout peut s’excuser, les fautes comme les vices ? Ne recouvririez-vous pas le tout d’hypocrisie ? Optez, que diable ! entre les plaisirs de ce monde et l’ascétisme. Mais, de grâce, ne nous prenez plus pour des imbéciles. Nous vous jugeons, non sur vos discours, mais sur vos actions. Et si vos actions peuvent être agréables au Dieu des chrétiens, je veux bien qu’on me pende ou qu’on m’écartèle. Être chrétien, ce n’est pas une plaisanterie, c’est une chose redoutable. Pour moi, depuis bientôt dix-neuf cents ans que Jésus-Christ, dit-on, nous a rachetés du péché, je n’ai jamais connu que sept chrétiens vraiment orthodoxes. Ce sont : saint Paul, saint Augustin, saint Dominique, Pascal, Bossuet, Joseph de Maistre et M. Veuillot. Et je retourne à mon baron, que j’ai laissé dans un costume qui pourrait bien lui faire gagner un rhume de cerveau.