IV
Alors il porta ses pénates chez un académicien. Cet académicien était honnête homme. Il est vrai d’ajouter qu’il n’avait pas grand mérite à l’être, étant venu au monde avec une grosse fortune, et ayant, au surplus, des goûts peu dispendieux. Mais là encore, Hermès devait apprendre qu’on peut avoir une opinion, mais qu’on n’a pas le droit de la manifester quand on dépend de quelqu’un ou de quelque chose, de celui qui vous loge ou de sa propre vanité. La France se trouvait alors partagée en deux camps, le camp des romantiques et celui des classiques. Notre académicien, nécessairement, faisait partie de ces derniers. Il avait fréquenté La Harpe, applaudi aux débuts de l’abbé Delille, mangé les dîners de Fontanes, et c’est à peine si Lebrun-Pindare trouvait grâce devant ses yeux. Hermès qui, de même que tous les jeunes gens d’alors, se serait fait hacher pour obtenir un autographe de Victor Hugo, crut devoir un beau jour, sous prétexte de rhétorique, prêter au fils de l’académicien un volume des Orientales. Le père apprit la chose et se voila la face. Le résultat de cette face voilée fut qu’Hermès, pour la troisième fois, se trouva sur le pavé.