XLIX
On dit toujours cela, quand on se trouve dans une de ces situations où tous les sentiments, surexcités par une irréparable douleur, s’exagèrent et se révoltent. On dit toujours cela, et on ne se tue pas. J’ai connu cependant un homme qui se débarrassa de la vie en des circonstances qui méritent d’être rapportées. Il avait vingt-cinq ans, et il était phalanstérien. C’était un bon garçon, très doux. Il n’avait vu, dans le système inoffensif de Fourier, que les côtés qui pouvaient plaire à une âme généreuse et bienveillante : l’attraction universelle, la théorie passionnelle et la pacifique harmonie. Quand arriva la révolution de Février, il crut, comme tant d’autres, à la réalisation de ses rêves. Le pauvre diable ne se possédait plus. Mais la guerre civile éclata, et, à sa suite, se leva la réaction de la peur, la pire de toutes. Notre homme passa, en huit jours, d’un excès de confiance à un excès de découragement. Ses amis le bafouaient, d’ailleurs. Il ne croyait plus qu’à la haine pour avoir trop cru à l’amour. Un jour, il prit un pistolet, et, avec le sang-froid de Caton renfermé dans Utique, il se tua, préférant la mort à César.