3 Par les chemins…Cinq heures trente du matin, le réveil me fit sursauter, j’avais très bien dormi. Je me levai en vitesse, je devais plier bagage, tant que le camping était encore endormi. Je me passai un peu d’eau sur le visage, et basta, je repris le chemin de la veille. En passant devant les douches, je croisai un homme moitié endormi, je baissai la tête, il dit :
–Bonjour, matinal, on va marcher ?
Je répondis :
–Oui, bonjour…
Et je filai rapidement
Pourvu qu’il n’ait rien trouvé d’anormal… pourvu… Allez pourvu rien du tout… J’y allais et ne me retournai pas.
Je repris la route. Il ne faisait pas chaud ce matin, je supportais mon pull. Il faut dire qu’il n’était que six heures du matin et qu’il faisait à peine jour.
Le soleil se levait, une belle journée s’annonçait, je ne fatiguais pas trop, je profitais de la nature, je marchais à mon rythme et m’arrêtais quand j’en avais envie. Je pensais à nouveau à ma petite fille, j’espérais que tout irait bien pour elle, je devais être forte. Vers dix heures j’arrivais à Marmirolle, un petit village sympa, j’achetai un sandwich, j’avais trop faim, et une bouteille d’eau, je regardai vaguement le journal, je ne vis rien d’anormal. Je ne m’attardai pas trop dans le village toujours de peur d’être reconnue si jamais mon signalement avait été donné mais le journal ne m’avait pas montré que l’on parlait de moi. Je repris la route, il y avait une belle forêt, je me dis que j’allais y entrer sans trop m’éloigner, tout en suivant la route si je pouvais garder le cap. Je préférais faire un peu plus de kilomètres mais rester à l’abri des regards chaque fois que je le pouvais. Me voilà donc repartie, j’étais dans les bois, j’aimais la paix qui y régnait, on entendait les oiseaux et cela sentait bon. J’étais contente que ce ne soit pas la période de la chasse, car j’aurais eu trop peur de me faire tirer dessus. Mais tout allait bien. Quand j’avais acheté mon sandwich tout à l’heure, j’en avais pris deux, afin d’en avoir un pour ce soir. Si je ne faisais pas trop de détours dans les bois, je pourrais être à Étalans ce soir, il devait me rester à peine neuf kilomètres. D’un autre côté, je ne voulais pas non plus trop me fatiguer. Je préférais garder des forces pour le cas où je devrais accélérer le pas, si je devais fuir.
Je pris ma petite radio, j’allais écouter les informations pour voir si l’on parlait de moi. Rien, c’était bizarre. Que se passait-il là-bas ? Deux jours déjà que j’étais partie et pas de nouvelles ! Que faisait Paul ? Laissait-il mes parents et ma fille tranquilles ? Tant de questions se bousculaient dans ma tête, mais il me fallait ne pas m’y attarder, pour continuer et ne pas me retourner.
Je laissai un peu la musique, cela me permettait de me distraire, mais très vite je tournai le bouton et j’éteignis la radio, je préférais entendre les bruits de la forêt. Je ne savais pas très bien où j’étais, mais j’étais un peu fatiguée, là il y avait une jolie clairière bien propre, je me dis que je pourrais bien monter ma tente ici et y rester pour la nuit à venir, en espérant ne pas être dérangée ni par des hommes ni par des bêtes. Je ne pensais pas être trop loin d’une route, car il me semblait entendre des voitures de temps en temps. Je m’installai donc pour la nuit. Cela faisait du bien de laisser tomber le sac à dos, il était un peu lourd, je ressentis un soulagement très apprécié. Je montai ma tente, il était dix-huit heures quinze, j’allais manger mon sandwich. J’écoutai encore un peu la radio : pas d’appel, pas d’avis de recherche. Je me demandais comment mes parents allaient réagir à ma fuite, et s’ils allaient pouvoir gérer tout ça ! Aurais-je le temps d’arriver en Suisse avant que Paul ne se lance lui-même à ma recherche, il en était capable ! Et j’étais encore bien loin de la frontière. Ma petite fille me manquait. Qu’allait-elle penser de sa maman ? Car Paul allait lui dire que je l’avais abandonnée, c’est sûr ! Pourvu que mes parents résistent et la gardent chez eux. Ma tête me faisait mal et je passais du sourire aux larmes. Je pris mon sandwich, et le mangeai juste pour manger, je n’avais pas faim, j’étais trop triste ce soir. En plus, j’avais un peu peur seule dans ces bois. J’entrai dans la tente, je me mis dans le duvet. Je devais fermer les yeux, ne plus penser à rien, et dormir. Facile à dire, je tournais et me retournais dans mon duvet, j’entendais des bruits flippants… pourtant, la fatigue l’emporta, alors je m’endormis.
De bon matin je me réveillai, zut il pleuvait, une petite pluie fine. Comment allais-je faire, ma tente allait être toute mouillée ? Et je ne devais pas m’attarder, on ne devait pas me voir. Je mangeai quelques biscuits et du chocolat. Bien sûr, le café était froid, je vidai le contenu de mon thermos dehors, j’essayai de faire un brin de toilette avec les moyens du bord. Je lissai mes vêtements avec la paume de la main pour les défroisser un peu. Je rangeai et je pliai la toile mouillée, quelle poisse !
Après avoir jeté un coup d’œil à ma carte, je remis le sac sur mon dos et je repartis. J’avais emporté un grand manteau de pluie qui se trouvait avec le sac à dos dans le garage. Je l’enfilai, il me recouvrait toute ou presque. J’avais l’air de je ne sais quoi mais tant pis. Je me rapprochai de la route, je la longeai en restant dans les bois. Si je ne me trompais pas, je devais être tout près d’Étalans, en effet j’aperçus la flèche de l’église, je sortis des sentiers battus et me dirigeai vers la petite ville. Ce n’était pas très grand, mais il y avait une gare et cela me donna une idée. J’allais mettre mon sac à la consigne, et me fondre dans la ville pour voir ce qui se passait. J’allais pouvoir faire quelques provisions pour le cas où je ne pourrais en faire de sitôt et acheter le journal. Il pleuvait encore un peu mais sans plus, le ciel était gris, mais par endroits le ciel bleu semblait vouloir se faire une petite place. Je sortis de la gare, j’avais pu aller aux toilettes aussi, c’était appréciable, je me dirigeai vers le centre-ville. Il y avait un marché sur la place, tant mieux j’allais pouvoir m’approvisionner un peu. J’achetai du pain, j’en croquai tout de suite un morceau. Dieu que c’était bon ! J’achetai aussi des pains aux raisins, j’adorais ça, des fruits et du poulet cuit. Ah, je trouvais même une casquette, qui avec mes cheveux courts et mon pantalon, me donnait l’air d’un garçon. Heureusement, je n’avais pas une grosse poitrine ! Je mis tout de suite la casquette et les lunettes, malgré le pâle soleil. J’entrai dans le bureau de tabac acheter le journal. Oh ! Le journal du coin titrait « Une disparition » en page trois. Je payai, et sortis vite du magasin. Je regagnai la gare sans perdre de temps, je récupérai mon sac à dos, et m’éloignai de cette petite ville. Je dus remonter pour aller sur Valdahon, bifurquer un peu, j’allais reprendre des petits chemins. Tout était calme, il y avait très peu de voitures, mais je pris quand même un chemin de terre pour ne pas rester sur la route principale. Il pleuvait de nouveau, j’avais dû remettre mon manteau de pluie. Le sac me semblait lourd aujourd’hui, mes jambes aussi étaient lourdes. Je cherchais un endroit pour m’abriter et lire le journal, je voulais savoir qui était cette disparue ! Il fallait que je sache. Après quelques kilomètres, j’aperçus sur ma gauche une grange ouverte, il n’y avait personne, alors j’entrai à l’intérieur m’abriter, je me déchargeai de mon sac à dos, et me laissai tomber avec bonheur sur une botte de paille. J’ouvris le journal, il titrait donc : « Une femme a disparu, son mari désespéré la recherche. » Je lus en page trois, la version de ma disparition donnée par Paul : il disait que j’étais quelqu’un de fragile, que j’avais abandonné ma propre fille, qu’il m’aimait comme un fou, et qu’il fallait me retrouver pour me faire soigner car j’étais malade. « Bien sûr, me faire soigner ! Pauvre malade toi-même ! » Plus loin ils interrogeaient mes parents qui se disaient très inquiets pour moi, ils disaient aussi qu’ils s’étaient rendu compte depuis un long moment que j’étais malheureuse, que mon mari me battait et me terrorisait. Bien sûr il niait avec véhémence, il voulait leur reprendre notre fille. Mon Dieu, il ne fallait pas qu’il récupère Naïs, elle serait en danger avec lui. Que devais-je faire ? Je faisais confiance à ma famille, je devais aller jusqu’au bout, après lorsque je serais en sécurité, j’appellerais les autorités et mes parents pour tout leur expliquer, mais pas maintenant. Non pas maintenant, je ne devais pas céder à la panique et continuer mon chemin comme je l’avais prévu.
Je parcourus vite fait le journal et tombai en extase devant le plus beau regard que j’avais jamais vu. Cet homme était d’une beauté incroyable. Qui était-il ? Sans doute un de ces mannequins vedettes qui font la une des journaux. Quoi ! Mais non ! Au dire du journal c’était un tueur en série présumé. Il aurait déjà tué trois jeunes femmes, il était en cavale. Il se nommait Bruno Servat. Allons donc ! Il ne manquait plus que cela pour me mettre la pression. Enfin, me rassurai-je, il n’était pas dans les parages. Pas de quoi s’affoler…
J’avais dû rester là vingt bonnes minutes, le soleil avait refait son apparition. Je rangeais mon super imper avec la toile mouillée du matin, remis tout sur le sac à dos, le sac sur mon dos et repris la route.
Le temps s’était bien amélioré, il faisait moins chaud qu’hier, je marchais mieux, j’arrivai à Valdahon vers quatorze heures. Je mangeai un morceau de poulet, un fruit et je repris la route, je voudrais bien si possible être avant la nuit à mi-chemin de Fournet-Luisans et pourquoi ne pas trouver un petit camping de campagne comme le premier soir mais cette fois en payant mon emplacement afin de rester deux ou trois jours pour me reposer. J’avais besoin de réfléchir sérieusement à ce que j’allais faire par rapport à ce que j’avais lu dans le journal. Je pourrais prendre une douche, faire sécher ma toile. Enfin, j’avais besoin de repos et de calme pour repartir en forme. J’allais me faire très discrète, si le camping était aussi calme que l’autre cela devrait le faire.
Bon c’était décidé, c’était ce que j’allais faire. Maintenant, il me restait à trouver un camping au calme, cela n’allait pas être facile. Je continuais de marcher, je prenais des chemins de traverse. Il faisait vraiment meilleur, le ciel s’était éclairci, le soleil faisait de nombreuses apparitions. J’aimais me retrouver seule à marcher, tranquille, à mon rythme. J’aimais sentir l’odeur particulière que prend la terre quand il pleut, entendre les feuilles bruisser sous le vent, et les oiseaux chanter. Je fermai les yeux et je me trouvai transportée ailleurs. Certaines odeurs m’ont toujours fait cet effet-là, me retrouver dans un autre endroit, certains bruits aussi…
Le temps passait, je commençais à désespérer de voir un camping. J’étais fatiguée ce soir autant nerveusement que physiquement et je ne voulais qu’une seule chose me trouver un petit coin sympa et dormir. Après six ou sept kilomètres de plus, je décidai de me trouver de nouveau un petit coin sympa et de camper dans les bois, je ne pouvais plus avancer. Je m’enfonçai un peu plus dans le bois et dénichai une petite clairière. Je regardai autour de moi et me dis que ça ferait l’affaire pour cette nuit.
Je déposai avec soulagement mon sac à dos sur le sol. Ce n’était pas trop mouillé heureusement alors je dépliai ma tente, et sitôt fait, installai mon duvet. Je me dis que j’allais avaler deux ou trois gâteaux, boire un peu d’eau, me laver les dents et entrer dans mon duvet pour dormir comme un bébé. Enfin, j’espérais ! J’eus un peu de mal à m’endormir, mais la fatigue faisant le sommeil ne se fit pas attendre.
Lorsque je me réveillai, il faisait grand jour et le soleil brillait de mille feux, ce qui me donna tout de suite le sourire. Une belle journée s’annonçait. Je me levai, déjeunai de quelques gâteaux. J’allais devoir me ravitailler assez vite si je voulais manger. Je pliai ma tente encore humide, rechargeai mon sac à dos que je remis sur mes épaules, et après un dernier coup d’œil pour voir si je n’avais rien oublié, je repris la route une fois de plus.
Ce matin le temps était assez agréable et marcher était un plaisir. Je sortis un peu des sentiers battus afin de voir si un village se profilait au loin, j’avais besoin de ravitaillement. Je marchais alors sur le bord d’une route peu fréquentée. Je ne savais pas combien de temps, il me faudrait pour atteindre un village, mais je savais que j’y arriverais. Il était un peu plus de midi lorsque j’arrivai enfin dans un village. En fait, il y avait juste une boulangerie, mais cela ferait mon affaire. J’achetai du pain, des viennoiseries et même deux pizzas-maison que je mangerai froides, tant pis. Au diable le confort, j’étais en cavale et je devais faire avec. Je m’avalai goulûment un croissant tant j’avais faim, et regagnai prestement la route. J’avais ralenti mon allure, je sentais que mes jambes n’en voulaient plus, mais il me fallait encore avancer un peu pour ne pas trop me retarder. De nouveau je pensai à ma prochaine nuit, en me disant que j’avais peu de chances de trouver mon camping idéal, lorsqu’en pleine campagne, je vis une petite pancarte avec l’inscription « camping à la ferme ». Je me demandai si c’était une bonne idée d’aller dans un endroit aussi intime, car il ne faudrait pas que ces gens me reconnaissent, si une photo de moi avait été diffusée (ce que je ne savais pas encore !). Je m’approchai prudemment pour voir, je me retrouvai devant une petite ferme, pas très bien entretenue, dans le champ à côté, deux caravanes près d’une grange et rien d’autre, avec trois ou quatre arbres encore nains. C’était un peu bizarre, mais il était bientôt dix-huit heures, alors je tentai ma chance, je frappai à la porte, tant pis j’avais trop peur de passer la nuit dehors. Une dame, dont je ne pouvais définir l’âge, m’accueillit gentiment :
–C’est pour quoi jeune homme ?
Je souris, elle m’avait pris pour un jeune homme, super, cela me rassurait. Je lui dis en essayant de baisser d’un ton le son de ma voix :
–Vous faites camping, Madame ?
–Oui, vous voulez une caravane, me répondit-elle toujours aussi gentiment.
–Merci mais j’ai ma toile de tente, je voudrais rester deux ou trois jours pour me reposer, je fais une randonnée à pied.
Cela n’avait pas l’air de l’enchanter, car elle voulait sans doute louer sa caravane, elle réfléchit puis elle leva les yeux vers moi et contre toute attente avec un grand sourire, elle me dit :
–Jeune homme, vous allez prendre une caravane, pour vous reposer comme il faut, je ne vous prendrai que cinquante francs pour trois nuits, je peux bien faire ça pour un petit jeune homme qui pourrait être mon fils.
Alors je réfléchis à peine et j’acceptai avec joie.
Elle me fit entrer dans sa cuisine. Oh ! Mon Dieu ! J’étais horrifiée, tant c’était sale. Il y avait de la vaisselle partout dans l’évier, sur la table, ainsi que sur le meuble à côté, et elle n’était pas lavée. Enfin au diable, cette ferme était loin de tout et j’y serais bien. Je me demandais comment était la caravane, pourvu que ce ne soit pas trop sale. Je payai d’avance, pour le cas où je devrais partir plus tôt que prévu. Elle m’accompagna jusqu’à une caravane, c’était propre, dira-t-on, mais cela sentait le renfermé. J’allai ouvrir en grand pour aérer, je dormirais dans mon duvet, mais sur un bon lit. À quelques mètres il y avait la grange que j’avais aperçue en arrivant, c’est là que se trouvaient les sanitaires : douches, WC, bacs à vaisselle et à linge, c’était parfait. C’était bon j’allais me débrouiller, je remerciai Madeleine (c’est ainsi que s’appelait mon hôtesse).
J’étais dans la caravane en train de m’installer et de souffler, quand Madeleine revint à la charge, elle frappa à la porte. J’ouvris et je la vis là devant moi, avec des œufs et du pâté fait maison, qu’elle m’offrait en cadeau de bienvenue, en me disant :
–Tenez jeune homme, pour ce soir, vous aurez de quoi manger chaud.
–Merci, merci beaucoup c’est très gentil. En fait, c’est merveilleux, Madeleine !!!
–Au fait avez-vous seulement du pain ? Non, je parie, je reviens tout de suite.
Et la voilà repartie me chercher du pain. Il y avait quand même des gens généreux sur cette terre ! Elle me rapporta un morceau de pain et une bouteille de vin entamée « pour ne pas mourir de soif », me dit-elle en riant. Je la remerciai encore et une fois seule, je me mis à pleurer comme une enfant. C’était la fatigue, c’était le soulagement, c’était la joie tout en même temps. J’allais pouvoir faire un repas chaud, conséquent et c’était merveilleux. Je m’installai, je ne pus résister au bonheur de prendre une bonne douche tout de suite, de changer de vêtements. Demain, je pourrais laver mon linge qui en avait bien besoin, je n’avais pas de lessive, mais j’avais du savon de Marseille, cela ferait l’affaire. Je me fis à manger. Quel bonheur de manger des œufs et chauds en plus ! Je bus même un verre de vin… une bonne piquette... Mais ce n’était rien, je souris… Quand je fus bien nourrie, bien propre et au chaud, j’écoutai un peu de musique sur ma radio, puis les informations. Mon histoire ne faisait pas la une, je n’entendais rien à ce sujet ! Alors en pensant fort à ma fille et à mes parents, je me mis au lit et je m’endormis comme un bébé.
J’allais passer trois jours merveilleux dans cette ferme. Le lendemain de mon arrivée, il faisait très beau et chaud, j’en profitai pour monter ma tente, la faire sécher, et je lavai mon linge. Je restai au soleil toute l’après-midi, tout était si calme ici, que j’en oubliais pourquoi j’étais là. Je pouvais me croire en vacances. Madeleine vint me voir, je fis la connaissance d’Albert, son mari. C’étaient de petits agriculteurs qui vivaient de leur travail, un peu du camping, mais ce n’était pas très vieux et ils ne savaient pas ce que cela allait donner. Bien sûr, ils me posèrent des questions sur moi et je dus bien leur fournir quelques explications pour les rassurer. Alors, je leur racontai que je m’appelais Eric (puisqu’ils me prenaient pour un garçon… Ma voix n’avait pas l’air de les étonner !), que j’avais quitté mes parents pour me lancer un défi : faire un long pèlerinage à pied pour appendre à me débrouiller seul. Je leur dis que j’avais vingt-trois ans. Ils me crurent et comme ils se disaient que je n’avais sans doute pas beaucoup d’argent, ils m’apportèrent une part de leur déjeuner et dîner. Je leur fus très reconnaissante mais cela me gênait un peu, car je leur mentais. Bien sûr, c’était pour la bonne cause, ce n’était pas bien grave, mais cela me gênait quand même, ils étaient si gentils.
Chaque jour, Madeleine venait voir si je ne manquais de rien. Bien sûr, je lui affirmais que tout allait bien. Il faisait très chaud, mais je ne pouvais pas trop me déshabiller du haut, afin que mes hôtes ne remarquent pas que leur client n’était pas un homme mais une femme. Enfin, je profitais quand même au maximum de ce court temps de vacances. Je lisais car dans la caravane, Madeleine avait laissé à disposition des livres de poche pour ses clients, c’était une bonne idée, cela passait le temps. J’essayais de ne pas trop penser à mes parents et à ma fille, que j’avais laissée derrière moi. J’espérais juste que tout allait bien et que je pourrais rapidement leur donner des nouvelles.
L’endroit était très agréable, le paysage légèrement vallonné et plutôt boisé, dans le bas coulait une rivière, je ne sais même pas laquelle, mais quand je fermais les yeux, j’entendais l’eau ruisseler sur les pierres qui formaient une sorte de petit barrage. Je me refis une santé qui allait m’aider à repartir. Au bout du quatrième jour, je repris mon sac à dos et le chemin qui je l’espérais me conduirait à la liberté. Mes hôtes m’avaient garni mon sac de victuailles avec du pain aussi, et Madeleine m’avait rempli mon thermos de café bien chaud. Je les remerciai chaudement, ils me dirent au revoir comme si j’étais un de leurs enfants qui les quittait.
Merci à vous Madeleine et Albert, je ne vous oublierai pas !