Chapitre 3

3369 Mots
La lumière qui leur venait encore de l’arrière-boutique s’éteignit à son tour. Ce fut assurément le moment le plus terrible de toute leur vie… Le colloque continuait devant la porte. Mme Langlois avait reconnu la voix du vieux Norbert et celle de Jacques Cotentin. « La lumière s’éteint !… disait Jacques. – Si nous frappions ? proposa l’horloger. – Nous allons peut-être perdre un temps précieux ! Nous n’avons qu’à fouiller tous les coins et recoins de l’île, il ne peut pas être sorti de l’île !… Il ne peut pas traverser les ponts, sans être vu, avec Christine sur les bras !… » Un court silence, puis : « Eh ! mais, qu’est-ce que c’est que ça ? fit entendre la voix sourde du vieux Norbert. – Mais c’est la cordelière de sa cape !… s’exclama le prosecteur… – Elle est prise dans le coin de la porte, fit l’horloger. – Il est entré là ! s’écria Jacques… oui ! il est là !… Il est chez Mlle Barescat !… » Et aussitôt, des coups répétés furent frappés contre la porte… Personne n’y répondit… Alors, ils appelèrent : « Mademoiselle Barescat !… Mademoiselle Barescat !… » mais ce fut en vain… « Ça, c’est extraordinaire !… Hé !… Mademoiselle Barescat !… Mademoiselle Barescat !… » Et les coups reprirent avec furie… Une fenêtre s’ouvrit dans la rue et une voix s’exclama : « Qu’est-ce que vous lui voulez à Mlle Barescat ?… À cette heure-ci, il y a longtemps qu’elle est couchée, Mlle Barescat !… » Et la fenêtre se referma vivement… Il faisait très froid… il tombait de la neige… et puis, il y avait peut-être bien aussi de la peur dans la rue !… Maintenant l’horloger et Jacques ne frappaient plus… Ils défonçaient la porte… Jacques se ruait contre elle et s’y meurtrissait l’épaule… Le pauvre verrou ne résista pas longtemps… La porte s’ouvrit… ils se précipitèrent dans le noir !… Dans le noir et le silence. Ils appelèrent encore Mlle Barescat !… Jacques alluma son briquet à la lueur duquel il aperçut, avec l’étrange relief que donne un faible foyer de lumière aux objets qu’il fait surgir de la nuit, quatre statues les bras en l’air, la bouche ouverte, les yeux immenses… La cendre chaude du Vésuve n’a pas plus immobilisé dans leurs derniers gestes les habitants de Pompéi que la peur, la Grande peur (celle qui est soufflée à certaines grandes époques de l’histoire sur les humains par une émanation des enfers, par une exhalaison du grand mystère noir) n’avait momentanément momifié Mlle Barescat et ses invités depuis qu’ils avaient lu le papier que Gabriel leur avait passé sous le nez. Ces quatre statues surgissaient de l’ombre au milieu d’un désordre inexprimable auquel se heurtaient les pas chancelants du vieil horloger et de son neveu et que ceux-ci purent mesurer complètement quand Jacques Cotentin eut tourné le commutateur électrique… Certes ! Gabriel avait passé par là ! La première trace de son passage n’était-ce point cet anéantissement, cette abolition des sens chez les quatre premiers individus avec lesquels il s’était trouvé en contact depuis qu’il s’était échappé de sa cage ? Puis venait l’incroyable bouleversement de cette pauvre petite boutique… quelle tornade eût mieux fait que Gabriel dans un aussi petit espace ?… et enfin… du sang !… du sang sur le comptoir !… du sang sur les précieuses dentelles de Mlle Barescat !… du sang sur les murs !… le sang de Christine !… Ah ! ils essayèrent de réveiller ces momies !… de les faire parler !… mais rien !… rien !… Ils avaient beau les bousculer… elles continuaient de les regarder en silence !… « Où est-il passé ?… où est-il passé ?… – Ma fille !… où est ma fille ?… mais dites-moi donc ce qu’il a fait de ma fille !… » Ils se ruèrent dans l’arrière-boutique… Personne !… Mais une porte ouverte sur une petite cour arrière… et dans cette petite cour, une autre porte !… ses pas !… ses pas sur la neige !… et les voilà dans une impasse qui conduit, là-bas, par un détour entre de hauts murs, jusqu’aux quais… Ils s’élancèrent vers les quais. Alors, alors seulement… quand elles comprirent bien que Gabriel n’était plus là… qu’il n’y avait plus de doute sur sa fuite… et qu’il avait repris sa course en emportant sa victime, dans la nuit et dans le mystère d’où il était sorti pour leur épouvante (de laquelle Mlle Barescat ne se guérit jamais complètement), les quatre statues baissèrent les mains… leurs bras retombèrent et ce fut M. Birouste qui leur donna le premier l’exemple. Après quoi M. Birouste, sans écouter davantage ces dames qui le suppliaient de ne pas les quitter, gagna rapidement la porte de la rue et se hâta de rentrer chez lui. Il n’avait, pour ce faire, que quelques mètres à franchir puisqu’il habitait la maison voisine… Ces trois dames résolurent alors de passer la nuit ensemble. Elles se barricadèrent, poussèrent des meubles devant les portes en tenant les propos les plus incohérents, se réfugièrent finalement dans la petite pièce qui servait de chambre à Mlle Barescat et y passèrent le reste de la nuit. Inutile de dire qu’elles ne dormirent point. Elles n’essayèrent même point de « causer ». Elles avaient reçu un coup qui les avait démolies pour longtemps ! Elles ne pensaient qu’à une chose, c’est à ce papier que leur avait fait lire Gabriel et sur lequel il avait tracé les mots : « Si vous tenez à la vie, silence ! » Ces sept mots étaient, à tout prendre, une menace capable d’effrayer des esprits timides, mais ce n’était point le sens de ces mots-là qui avait précipité au fond d’une horreur sans nom nos quatre personnages. Si nous les avons vus tout à coup réduits à rien, à moins que rien, c’est que, dans ces sept mots tracés par Gabriel, ils avaient reconnu l’écriture de Bénédict Masson ! Quand M. Birouste parlait de son courage, il n’avait l’intention de tromper personne. Il se trompait lui-même, voilà tout. Notre herboriste avait un faux courage, comme il avait un faux savoir, une fausse ignorance, un faux orgueil, une fausse modestie, de faux tiroirs (pour y cacher des produits que la pharmacie seule a le droit d’écouler) et un faux toupet. Persuadé qu’il avait poussé le dévouement pour ses semblables – si tant est que l’on puisse se servir de ce terme quand il s’agit d’un herboriste et de trois vieilles dames dont une demoiselle – au-delà des bornes d’un héroïsme ordinaire, ce fut avec un gros soupir de soulagement qu’il se vit enfermé chez lui à l’abri des surprises, des terribles surprises de la science !… Hélas ! ce soupir-là ressemblait beaucoup à un gémissement ! On a beau faire profession de ne douter de rien, de ne reculer devant aucune perspective ; on a beau marcher de pair avec le génie et annoncer avec tranquillité à un auditoire de vieilles dames médusées que la science avec un grand « S », après avoir asservi toutes les forces de l’univers, est bien près de triompher de la mort même, ce n’est pas sans un certain étourdissement ni sans une certaine inquiétude (Haut les mains, n… de D… !) qu’on voit apparaître une espèce de soi-disant fou, soigné d’une façon exceptionnelle par un exceptionnel chirurgien, qui vient vous écrire sous le nez : « Si vous tenez à la vie, silence ! » et cela avec l’écriture d’un homme guillotiné depuis huit jours !… M. Birouste, derrière sa porte close, s’était laissé tomber, accablé, sur une chaise, dans son petit magasin qui était comme un résumé du règne végétal… Il regarda ces murs, ces tiroirs, ces placards où la primevère se dessèche à côté du tilleul, où le bouillon-blanc des vallées françaises se mêle au rhododendron des Alpes, ces bocaux où reposait tout ce qui s’infuse par ordonnance du médecin : ici, l’ipécacuanha (à toi, Helvétius !), là, la pervenche chère à Jean-Jacques Rousseau… Cet homme (M. Birouste) savait ce que l’on peut faire des produits bruts, du gramen chevelu, des racines souillées d’alluvions livrées par le droguiste… La guimauve était sortie de ses mains, blanche comme l’ivoire… La science avait fait de lui comme le purificateur et le grand-prêtre de toute cette vie végétale… Comment n’eût-il pas compris ce qu’un habile praticien peut réaliser dans le domaine animal ?… Oui, mais ce qu’il ne comprenait pas… c’est que l’on remplaçât le cerveau d’un fou par le cerveau d’un assassin ! « Ça, c’est dangereux !… » Et cette pensée, il l’exprima tout haut, il la confia aux plantes amies qui l’entouraient et auxquelles il adressa un adieu désolé avant de s’aller coucher… Dans l’étroit escalier qui conduisait aux deux chambres dont il disposait au premier étage, il prononça encore : « Ça, ça me dépasse !… » Il arriva enfin à la porte de sa chambre et l’ouvrit… … Horreur ! il y trouva Gabriel qui l’attendait et Christine étendue sur son lit… La jeune fille semblait aller un peu mieux… Cependant elle paraissait encore incapable de remuer, soit faiblesse, soit terreur et peut-être à cause de ces deux choses à la fois. Ses beaux yeux entrouverts regardaient M. Birouste avec un air où se réunissaient la supplication la plus ardente, l’invocation la plus humble, la plus touchante et aussi la plus désespérée oraison. Ses yeux exprimaient : « Au secours ! par pitié, monsieur Birouste ! Vous voyez bien que, si vous m’abandonnez, je suis morte ! » Hélas ! M. Birouste ne valait guère mieux que la pauvre Christine et, s’il avait osé appeler « au secours ! », c’eût été d’abord pour lui-même. Le terrible Gabriel n’avait pas quitté son revolver, et son regard restait foudroyant. C’était plus qu’il n’en fallait pour un herboriste qui se croyait à jamais débarrassé de la présence de ce redoutable personnage et qui le retrouvait dans sa propre chambre, continuant à prodiguer à sa victime ses soins tardifs, sur son propre lit. Comment cet événement s’était-il produit ?… Si M. Birouste, au lieu de revenir chez lui par la rue, était rentré dans sa maison par les derrières, c’est-à-dire par le cul-de-sac au fond duquel se trouvaient la demeure de Mlle Barescat et la sienne, il eût trouvé la porte de sa petite cuisine démolie, ce qui n’avait certainement point nécessité un puissant effort de la part d’un gars qui, tel Gabriel, portait sur son bras une demoiselle comme si elle ne pesait pas plus que dentelle de son peignoir… et ainsi M. Birouste eût-il été préparé à rencontrer chez lui des intrus dont la présence lui était particulièrement désagréable !… Le vieux Norbert et Jacques avaient raison en comptant sur la difficulté à laquelle se heurtait Gabriel pour sortir de l’île avec Christine dans les bras… Se sachant poursuivi de près, il lui fallait momentanément trouver une retraite coûte que coûte… Après s’être réfugié chez Mlle Barescat, il se cachait maintenant chez M. Birouste, en attendant mieux. On ne lui donnait pas le temps de souffler. Du reste, il ne soufflait pas !… Nous ne saurions dire non plus qu’il avait, en dépit de tous ces avatars, l’haleine égale… car, bien qu’il eût la bouche entrouverte (sur des dents d’une beauté éblouissante), l’effet de la respiration ne produisait chez lui aucun mouvement appréciable… ni sa bouche, ni ses mains, ni aucun trait de son visage ne remuaient. Les vers de Baudelaire semblaient avoir été faits pour ce merveilleux échantillon de la beauté masculine : Je hais le mouvement qui déplace les lignes ; Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris… Un qui ne riait pas et qui était bien près de pleurer était M. Birouste. Le premier geste de l’herboriste, à la vue du fatal browning, avait été de rejeter à nouveau ses mains en l’air pour qu’il fût bien entendu, une fois pour toutes, qu’il était tout à fait décidé à n’opposer aucune résistance au cataclysme qui semblait le poursuivre avec un soin si particulier. Sur quoi, Gabriel lui adressa un geste amical qui, certainement, voulait lui dire : « Baissez les mains, monsieur Birouste, je ne vous veux aucun mal ! » Tout de même comme Gabriel ne remettait pas son revolver dans sa poche, M. Birouste laissa ses mains où elles étaient. Il n’y avait rien à faire. Il ne voulait donner aucune occasion à son hôte de commettre un crime qui eût été, du reste, tout à fait inutile ! Enfin, M. Birouste, pour ne point glisser sur le plancher, se laissa tomber sur une chaise… et là, il trouva encore la force de prononcer ces mots (car, lorsqu’on croit sa dernière heure venue, on accomplit des choses surhumaines) : « Vous pouvez compter sur moi, monsieur ! Je ne dirai rien. Je vous ai juré le silence. Je suis un pauvre herboriste… que faut-il pour votre service ? » Et autres bouts de phrases de ce genre, qui attestaient que Gabriel n’avait pas en face de lui un adversaire bien redoutable. Pas même un adversaire. Et peut-être même un ami. L’autre tira de sa poche son petit carnet et se mit à écrire. M. Birouste jeta un rapide coup d’œil du côté de Mlle Norbert, toujours étendue sur son lit. Les yeux de Christine appelaient toujours au secours !… et avec une telle éloquence que M. Birouste, qui n’était point un méchant homme, détourna la tête pour ne plus voir cette détresse qui lui faisait d’autant plus de peine qu’il était bien décidé à ne pas la secourir… Quand il eut fini d’écrire, Gabriel tendit à M. Birouste son petit papier. L’herboriste tressaillit encore jusque dans les moelles… Ah ! il n’y avait pas de doute ! Il n’avait point rêvé… c’était bien là la longue écriture bâtonnante, combattante, chevauchante et zigzagante de Bénédict Masson !… Elle n’était point brouillée, naturellement, de toutes les teintes de l’arc-en-ciel… mais, en dépit de son unique couleur violette, on ne pouvait s’y tromper !… Et voici ce que M. Birouste lut : « Cette demoiselle va mieux… Elle est tout à fait réveillée… Je désire que vous me procuriez immédiatement ce qu’il faut pour la rendormir, pendant au moins douze heures… » « Bien ! bien !… fit entendre M. Birouste avec un empressement qui prouvait son zèle à servir un client aussi exceptionnel… J’ai ce qu’il vous faut !… Vous pensez !… Un herboriste !… Je vais vous chercher ça ! » Et déjà il dégringolait dans sa boutique, peut-être avec la vague espérance de s’enfuir… est-ce qu’on sait jamais ?… Mais Gabriel, après avoir fermé la porte de la chambre à clef, dégringolait derrière lui… Notre herboriste avait une façon particulière de traiter le pavot dont il gardait, autant que possible, le secret, à moins qu’on ne le lui achetât un bon prix. C’est pour rien qu’il donna à Gabriel un flacon grâce auquel celui-ci eût pu endormir une famille entière… Quand ils remontèrent de compagnie (ils ne se lâchaient plus), ils trouvèrent Christine étendue au milieu de la chambre ; de toute évidence, elle avait voulu tenter quelque chose pour échapper à l’affreux destin qui la menaçait, mais ses forces l’avaient trahie… Gabriel la ramassa fort tendrement et fort doucement, la recoucha sur le lit et, pour qu’elle ne renouvelât point des efforts qui, dans son état de faiblesse, pouvaient lui être funestes, lui fit boire, aidé de M. Birouste, la dose de sommeil nécessaire à un repos bien gagné… Après quoi, Gabriel s’assit au chevet de Mlle Norbert et se prit la tête dans les mains… Il paraissait parti pour un rêve sans fin… Derrière lui, M. Birouste n’osait bouger… ce n’était point l’envie qui lui en manquait… mais il craignait qu’un mouvement mal interprété… Quelle nuit !… elle semblait ne jamais devoir finir !… Dehors, le vent était tout à fait tombé… il n’y avait plus que le silence, un silence affreux dans lequel M. Birouste n’entendait que le bruit de son cœur… pan !… pan !… pan !… Oh ! certes ! il y avait là de quoi attraper une maladie sérieuse… S’il ne sortait pas de cette nuit-là avec une lésion, c’est qu’il avait le cœur solide !… Quelle veillée ! Sur le guéridon, une petite lampe était allumée dont Gabriel avait baissé l’abat-jour… Dans son fauteuil, l’étrange personnage, qui avait toujours la tête dans les mains, ne remuait pas plus qu’un bonhomme de cire du musée Grévin. Quand on pense… quand on pense que ce que cet homme tenait dans les mains, c’était le cerveau de Bénédict Masson… le cerveau d’un monsieur qui avait assassiné sept femmes, au moins ! Ah ! la vie d’un homme comme M. Birouste pour un personnage pareil devait compter bien peu ! et ne pensant qu’à cela, l’herboriste trouvait que la nuit était longue ! Trois heures du matin sonnèrent à Saint-Louis-en-l’Île. Il n’était que trois heures !… et l’on était en décembre… Et, en décembre, le petit jour tarde à venir. La demie de trois heures… quatre heures, et toujours pas un mouvement ! Ah çà ! mais, quelle était donc son intention à ce bonhomme-là ? Il n’avait pas l’air décidé du tout à déménager. S’il restait toute la nuit chez M. Birouste avec sa Christine, c’est qu’il pensait bien y passer encore toute la journée du lendemain. Dame ! il se savait poursuivi. Il devait se dire : « Où serais-je mieux que chez ce bon M. Birouste qui fait tout ce que je veux ? » Est-ce qu’il allait falloir aussi qu’il les nourrît ? Cinq heures ! Et si, par hasard, Gabriel dormait !… Certes ! il ne l’entendait point ronfler !… Il ne l’entendait même point respirer !… Après une nuit pareille, il était peut-être plongé dans un sommeil de plomb !… Espoir suprême et suprême pensée !… Voilà M. Birouste qui se lève… tout doucement, tout doucement… oh ! si doucement !… Rien n’a craqué, ni sa chaise, ni sa chaussure !… Pour atteindre la porte qui donne sur le palier, il ne faut pas plus de quatre pas… mettons cinq… Une fois sur le palier, l’escalier sera vite franchi… et après ! et après !… Ah ! M. Birouste est décidé à risquer le tout pour le tout !… Trois pas sont déjà franchis… oui, mais au quatrième, voilà le plancher qui fait entendre un gémissement si douloureux que M. Birouste en pleurerait ! En attendant que ses larmes coulent, une sueur froide glace ses membres… Ah ! il ne fait pas chaud, en décembre, dans la petite chambre hospitalière de M. Birouste !… L’herboriste est resté une jambe en l’air !… Le terrible est que Gabriel, qui ne dormait pas, s’est retourné, et voilà maintenant M. Birouste avec une jambe et les deux mains en l’air. Cet herboriste a l’air d’un danseur de corde… Il y aurait là de quoi faire rire Gabriel, mais Gabriel ne rit jamais ! Il a remis la main dans sa poche, Gabriel !… Va-t-il encore en tirer « ce sacré revolver » ? Non !… que M. Birouste se rassure… ce n’est que le petit carnet… Et puis M. Birouste s’aperçoit que Gabriel n’a plus ses yeux terribles… Il n’y a plus dans ces yeux-là qu’une infinie tristesse. « Il s’humanise ! » pense l’herboriste en reprenant le cours normal de sa respiration et en se laissant retomber sur sa chaise… « Que va-t-il me demander encore ?… » L’autre écrit, et, maintenant, l’herboriste lit : « Avez-vous chez vous une armoire à glace ? » Si M. Birouste a une armoire à glace ?… mais je crois bien qu’il a une armoire à glace !… et s’il n’y a qu’une armoire à glace pour faire le bonheur de Gabriel, il va la lui donner tout de suite !… Il peut même l’emporter !… M. Birouste ne tient pas du tout à son armoire à glace !… Il l’a mise « dans la chambre d’ami ! »… La chambre d’ami est justement à côté de sa chambre à lui… Elles communiquent… Il n’y a qu’à pousser une porte !…
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