Il y avait longtemps que je n’avais mangé, au moins vingt-quatre heures à en juger par des tiraillements d’estomac qui me fatiguaient beaucoup : dans la nuit profonde où j’étais, je n’avais que ce moyen de mesurer le temps. Accablé, je m’assis à terre, adossé à la muraille, et je songeai à tous ceux que j’affectionnais, et surtout à ma chère Lina que j’abandonnais sans défense aux persécutions de sa gueuse de mère et aux entreprises de cette canaille de Guilhem. Cette idée me crevait le cœur et me faisait souffrir plus que la faim ; mais bientôt j’en fus distrait par ma propre situation. J’attendais là, quoi ? une mort lente, affreuse, dont la pensée me donnait le frisson. D’espérance, je n’en avais guère : je me disais bien que, ne me voyant pas revenir, Jean serait allé chez le maire, au


