Allongée dans la charette, j'admire le ciel. Il est si bleu, il s'étend à l'infini. Quelques nuages le parcourent mais aucun ne l'occupe définitivement. Ran est assise en face de moi, silencieuse. Comme si elle se préparait pour un évènement important. Itachi conduit le cheval qui tire la charette. Un vrai homme à tout faire. Le trajet qui dure depuis deux jours est ennuyeux. À part quelques échanges sur la route à suivre, nous n'avons pas beaucoup discuté. Un silence pesant, gênant s'est installé...
- Excuses-moi de te poser la question mais comment tes parents sont-ils décédés ?
Itachi vient de briser cette monotonie avec une question pour la moins gênante.
- Ils ont fait un accident lors d'un voyage. Ils se rendaient à un rassemblement de nobles de la région ou à une fête, je ne m'en souviens plus. J'étais très jeune à l'époque. Leur cousin est arrivé quelques jours après cela. Il a prétendu être incapable de s'occuper de moi en même temps que des affaires de la famille, alors il m'a envoyée au couvent.
Elle a piqué ma curiosité.
- Comment était la vie au couvent? renchéris-je. J'imagine que ce n'était pas facile tous les jours.
- Oh que non, ce n'était pas facile. Les sœurs pouvaient être très dures et strictes. Il fallait se lever tous les jours à cinq heures pour prier, faire le ménage, travailler, cuisiner... C'était difficile. À tel point que j'ai essayé de m'échapper à plusieurs reprises. Malheureusement, les murs qui nous séparaient du monde extérieur étaient si haut, impossible pour moi de les escalader. J'ai essayé d'y faire un trou et même de creuser en dessous. Je n'y suis jamais parvenue.
Elle rigole en y repensant. Un sourire amer.
- Puis un jour, des hommes sont arrivés, envoyé par cet individu. Ils ont proposé de l'argent aux sœurs, la supérieure les a rejetés. Ils ont réussi à franchir le mur. Ils sont revenus nous menacer et tout casser. Nous sommes parvenus à nous échapper par un passage secret que même moi ne connaissais pas. Les sœurs ont rejoint un autre couvent. Elles m'ont demandée de les suivre mais j'avais déjà pris ma décision. Auprès de mon oncle et de ses hommes de main, je serais plus en sécurité.
Elle dit ça mais son expression affirme tout autre chose. Elle a peur. Mais de quoi? Aucune idée.
- Nous sommes arrivés, annonce Itachi.
Je me relève. Une grande ville s'étend devant nous. Elle a l'air animée rien qu'en la regardant de loin. Je jette un œil à Ran, elle a l'air terrifiée et en même temps déterminée. Je pose ma main sur la sienne, ce qui la fait sursauter. Elle me fixe étrangement.
- Ne t'inquiètes pas. Tu nous a engagé pour veiller sur toi je te rappelle. Nous ferons notre travail quoi qu'il arrive.
Elle semble plus rassurée. Nous entrons dans la ville et en effet elle est très animée. Les rues sont bondées, des immeubles à pertes de vue. Je n'avais jamais vu ça avant. Avec notre modeste charette, nous passons sûrement pour des paysans. Pas seulement la charette. Itachi et moi cachons nos tenues et nos armes sous de larges kimonos. Les gens vont penser que nous sommes simples et c'est tant mieux.
- Prenez la rue de droite. Au bout nous croiserons sûrement une grande demeure. C'est là ma maison.
Itachi suit ses instructions et nous voilà arrivés. C'était très simple. Ran et moi descendons de la charette, suivies par Itachi. Un homme est posté devant la grande porte en bois de chêne massif, j'imagine que c'est le cas.
- Bonjour, commence Ran. Je veux voir mon oncle.
- Petite insolente! Pour qui tu te prends? Et c'est qui ton oncle, juste pour savoir?
- L'actuel chef du clan. Je suis la digne fille du précédent chef, Ran Yamata.
- Il me faut une preuve pour vous croire et vous laisser entrer.
Elle sort un bâton de la ceinture de son kimono. C'est fou tout ce qu'on peut cacher dedans. Le bâton est décoré d'un symbole en forme de fleur. Sûrement celui du clan. En tout cas ça fait de l'effet à l'homme qui devient tout pâle.
- Toutes mes excuses maîtresse. Vous devriez comprendre, je dois faire attention à qui je laisse entrer, supplie-t-il.
- Je comprends. Veuillez prévenir mon oncle de mon arrivée. Ces deux là m'accompagnent. Ce sont mes gardes du corps.
- Oui bien-sûr. D'accord.
Il ouvre la porte en faisant des courbettes. Itachi lui confie notre charette. Je la regrette un peu. Ça fait longtemps que je n'avais pas si bien voyagé.
- C'est quoi ce bâton? demandai-je.
- Un précieux héritage de nos ancêtres. Nous nous en servons comme une pièce d'identité. Je l'ai reçu de ma mère et ne m'en suis jamais séparée, raconte-t-elle.
- Je vois, dis-je simplement.
Nous sommes conduits et installés dans une grande et belle pièce. Non seulement le tatami est d'un confort inégalé mais les murs sont d'une telle beauté. Le bois a été peint en rouge, ce qui va bien avec les peintures murales représentant des fleurs de toute sorte. Apparemment ils aiment beaucoup les fleurs ici. Soudain un groupe de serviteurs entre dans la salle. Derrière eux, un homme d'âge mûr, plutôt grand, avec une barbe de taille moyenne s'avance vers nous puis s'assoit face à nous. Il s'incline devant Ran.
- Ma chère nièce, tu es déjà de retour à ce que je vois. Pourtant il avait été convenu que tu reviendrais seulement à ton vingtième anniversaire, déclare-t-il.
Ran a environ seize ans. Donc elle aurait dû attendre encore quatre avant de retourner chez elle... Je comprends pourquoi tout le monde est surpris. Dans certains pays, on atteint la majorité à vingt ans. Son oncle a l'air contrarié.
- Je n'ai pu faire autrement. Le temple a été attaqué par des mercenaires. J'ai été poursuivie par ces hommes, ils ont tenté de m'enlever pour m'emmener à leur chef. Je suis venue ici pour ma propre sécurité. Et je ne retournerai pas au couvent tant que cette situation n'aura pas été clarifiée.
L'oncle est confus. Il ne s'attendait pas à un tel retournement de situation.
- S'en prendre à l'héritière des Yamata s'apparente à s'en prendre à toute la famille. Ne t'en fais pas, nous allons enquêter et nous occuper d'eux. J'envoie des hommes sur le champ. En attendant, tu dois être épuisée et affamée.
D'un geste de la main, il ordonne aux femmes de s'occuper d'elle. Elles l'aident à se lever et tentent de l'emmener.
- Attendez. Ces deux jeunes gens m'ont sauvée et m'ont protégée durant notre trajet jusqu'ici. Je leur ai promis une récompense. Puis-je compter sur vous, mon oncle?
- Bien-sûr. Vos amis sont aussi nos amis. Veuillez vous occuper d'eux, ordonne-t-il à ses bonnes.
Une partie des femmes laisse Ran et vient nous encadrer.
- Merci bien. Nous partirons d'ici ce soir. Je n'ai pas envie d'abuser de votre hospitalité, déclare Itachi.
Je suis tout à fait d'accord. On a terminé ce qu'on avait à faire. Je ne veux pas être plus impliquée.
- Mais non voyons, intervient Ran. Dînons ce soir et déjeunons ensemble demain. Ensuite vous serez libres de partir. Je suis tellement reconnaissante envers vous.
Ses yeux nous supplient de rester. On accepte sa proposition. Les femmes nous conduisent à une chambre plutôt grande. Encore une fois pas de lit, mais un tatami plutôt confortable sur lequel nous poserons des matelas. Elles nous laissent des serviettes et d'autres affaires de bain ainsi que des vêtements de nuit. Elles nous proposent de nous aider à se changer mais nous déclinons leur offre. Nous préférons rester seuls pour la suite.
Chacun prend son bain à son tour. Il est trop tôt pour aller plus loin. Une fois terminé, elles nous apportent des plats directement dans la chambre.
- Je pensais que nous dinerions avec Ran, commentai-je.
- Malheureusement, mademoiselle s'est endormie et impossible de la réveiller. Vous pourrez déjeuner ensemble demain matin.
- Merci bien pour vos services, ajoute mon compagnon.
Je ne peux cacher ma déception, même si la nourriture est délicieuse. Et dire qu'elle même avait insisté pour qu'on passe du temps ensemble.
- Quel toupet de dormir dans un moment pareil, soufflai-je.
- Je trouve aussi. Ça me surprend de sa part. Elle qui lorsqu'elle prend une décision ne la lâche pas.
- Demain on lui fera nos adieux. Le reste ne nous concerne plus.
- Oui... Que dirais-tu à Orochimaru ?
Je réfléchis un instant.
- Je lui dirai une partie de la vérité. Que la personne qu'on cherchait n'était pas une villageoise mais une riche bourgeoise de la ville d'à côté. Et que les hommes de son oncle se sont emparés d'elle et l'ont ramenée dans sa ville natale.
- Masquer un mensonge avec la vérité. Pas mal, je dois le reconnaître.
- Et toi? Tu cherchais une arme capable de sceller des techniques. Je suis sûre qu'il s'agit de celle de Ran. Que vas-tu faire? Ça m'étonnerait que tu abandonnes.
- Vue qu'elle est scellée en elle, je dois d'abord trouver un moyen de la faire sortir. Je n'avais pas prévu ça. Je reviendrai quand j'aurais la solution. Ou alors je lui demanderai demain si elle veut bien me la donner.
- Ça m'étonnerait qu'elle accepte. Ça ressemble à un trésor familial.
Il est déçu mais je sais qu'il ne va pas lâcher l'affaire. Il va juste se retirer pour mieux rebondir.
Le repas terminé, nous pouvons nous coucher. Chacun dort sur un matelas différent. Ça m'énerve alors je n'arrête pas de gigoter.
- Qu'est-ce qu'il ne va pas?
- Je n'arrive pas à dormir loin de toi, lâchai-je.
- Ah bon? Tu peux me rejoindre si tu veux.
Il soulève la couverture, laissant une place devant lui. Toute contente je me roule jusqu'à destination. Ça me fait rigoler et lui aussi d'ailleurs. C'est plaisant de le voir heureux, de le voir sourire... Il rabaisse la couverture et passe son bras autour de ma taille.
- Voilà, je suis sûre de bien dormir maintenant.
Il dépose un b****r sur mon front. Je pose ma tête sur son épaule et me laisse bercer par son souffle. Cette nuit s'annonce parfaite.
***