HISTOIRE DE JULIETTE OU LES PROSPÉRITÉS DU VICE – CINQUIÈME PARTIE-1
HISTOIRE DE JULIETTE OU LES PROSPÉRITÉS DU VICE – CINQUIÈME PARTIED’énormes paravents enveloppaient l’autel isolé de saint Pierre, et donnaient une salle d’environ cent pieds carrés, dont l’autel formait le centre, et qui n’avait plus, au moyen de cela, aucune communication avec le reste de l’église. Vingt jeunes filles ou jeunes garçons, placés sur des gradins, ornaient les quatre côtés de ce superbe autel. Egalement dans les quatre coins, entre les marches et les gradins, était, dans chacun, un petit autel à la grecque destiné aux victimes. Près du premier se voyait une jeune fille de quinze ans ; près du second, une femme grosse, d’environ vingt ans ; près du troisième, un jeune garçon de quatorze ans ; près du quatrième, un jeune homme de dix-huit ans, beau comme le jour. Trois prêtres étaient en face de l’autel, prêts à consommer le sacrifice, et six enfants de chœur, tout nus, se préparaient à le servir : deux étaient étendus sur l’autel, et leurs fesses allaient servir de pierres sacrées. Braschi et moi, nous étions couchés dans une ottomane élevée sur une estrade de dix pieds de haut, à laquelle on ne parvenait que par des marches recouvertes de superbes tapis de Turquie ; cette estrade formait un théâtre où vingt personnes pouvaient se tenir à l’aise. Six petite Ganymèdes de sept ou huit ans, tout nus, assis sur les escaliers, devaient, au moindre signal, faire exécuter les ordres du Saint-Père ; différents costumes, aussi galants que pittoresques, embellissaient les hommes, mais celui des femmes était trop délicieux pour ne pas mériter une description particulière. Elles étaient vêtues d’une chemise de gaze écrue qui flottait négligemment sur leur taille sans la masquer ; une collerette en fraise ornait leur cou ; et la tunique que je viens de décrire était, par le moyen d’un large ruban rose, renouée au-dessous de leurs reins, qu’elle laissait absolument à découvert ; par-dessus cette chemise, elles avaient une simarre de taffetas bleu, qui, se rejetant et voltigeant en arrière, n’ombrageait en rien le devant ; une simple couronne de roses ornait leurs cheveux, flottant en boucles sur leurs épaules. Ce déshabillé me parut d’une telle élégance que je voulus m’en revêtir sur-le-champ. La cérémonie commença.
Aussitôt que le Saint-Père formait un désir, les six aides de camp, placés sur les marches de notre estrade, volaient aussitôt pour le satisfaire. Trois filles furent demandées. Le pape s’assit sur la figure de l’une, en lui ordonnant de lui gamahucher l’anus ; la seconde suça son vit ; la troisième chatouilla ses couilles ; et mon cul, pendant ce temps-là, devint l’objet des baisers du Saint-Père. La messe se disait, et les ordres donnés pour que mes désirs s’exécutassent avec la même célérité que ceux du souverain pontife. Dès que l’hostie fut consacrée, l’acolyte l’apporta sur l’estrade et la déposa respectueusement sur la tête du vit papal ; aussitôt qu’il l’y voit, le bougre m’e****e avec. Six jeunes filles et six beaux garçons lui présentent indistinctement alors, et leurs vits et leurs culs ; j’étais moi-même branlée en dessous par un très joli jeune homme, dont une fille masturbait le vit. Nous ne résistons point à ce conflit de luxure ; les soupirs, les trépignements, les blasphèmes de Braschi m’annoncent son extase et décident la mienne ; nous déchargeons en hurlant de plaisir. Sodomisée par le pape, le corps de Jésus-Christ dans le cul, ô mes amis, quelles délices ! Il me semblait que je n’en avais jamais tant goûté de ma vie. Nous retombâmes épuisés au milieu des divins objets de luxure qui nous entouraient, et le sacrifice s’acheva.
Il s’agissait de retrouver des forces ; Braschi ne voulait pas que les supplices commençassent avant qu’il ne rebandât. Pendant que vingt filles et autant de garçons travaillaient à le rendre à la vie, je me fis foutre une trentaine de coups, sous les yeux du pape, au milieu d’un groupe de jeunes gens ; j’en excitais communément quatre pendant que j’étais l’objet des caresses de deux. Braschi jouissait des excès de mon libertinage ; il m’encourageait à en redoubler les élans. Une nouvelle messe se célébra, et, cette fois-ci, l’hostie apportée sur le plus beau vit de la salle, s’introduisit dans le cul du Saint-Père, qui, commençant à rebander, me rencula en s’entourant de fesses.
« Bon ! dit-il en se retirant au bout de quelques courses, je ne voulais que b****r. Immolons maintenant. »
Il ordonne le premier supplice ; il devait s’exécuter sur le jeune homme de dix-huit ans. Nous le faisons approcher de nous, et, l’ayant caressé, baisé, pollué, sucé, Braschi lui déclare qu’il va le crucifier comme saint Pierre, la tête en bas. Il reçoit sa sentence avec résignation et la subit avec courage. Je branlais Braschi pendant qu’on exécutait ; et devinez quels étaient les bourreaux ! les mêmes prêtres qui venaient de célébrer des messes. Le jeune homme, ainsi traité, fut attaché avec sa croix à l’une des colonnes torses de l’autel de saint Pierre, et l’on passa à la fille de quinze ans. Egalement approchée de nous, le pape l’encula ; je la branlais ; elle fut condamnée d’abord à la plus vigoureuse fustigation, puis pendue à la seconde des colonnes de l’autel.
Le petit garçon de quatorze ans parut ; Braschi l’e****e de même ; et voulant exécuter celui-là de sa main, il n’y eut sorte de vexations, sorte d’horreurs qu’il ne lui fît éprouver. Ce fut là où je reconnus toute la cruelle scélératesse de ce monstre. Il suffit d’être sur le trône pour porter ces infamies à leur dernier période : l’impunité de ces coquins couronnés les entraîne à des recherches que n’inventeraient jamais d’autres hommes. Enfin ce scélérat, ivre de luxure, arrache le cœur de cet enfant, et le dévore en perdant son foutre. Il restait la femme grosse.
« Amuse-toi de cette coquine, me dit Braschi, je te la livre ; je sens que je ne rebanderai plus, mais je ne t’en verrai pas moins jouir avec la plus entière volupté : dans quelque état que je puisse être, le crime m’amuse toujours ; ne la ménage donc pas. »
L’infortunée s’approche.
— De qui est cet enfant ? lui demandai-je.
— D’un des mignons de Sa Sainteté.
— Et cela s’est-il fait sous ses yeux ?
— Oui.
— Le père est-il ici ?
— Le voilà.
— Allons, dis-je à ce jeune homme, fendez vous-même le ventre de celle qui porte votre fruit ; un effrayant supplice vous attend, si vous n’obéissez à la minute.
Le malheureux obéit ; je décharge en criblant de coups de poignard le corps de la victime, et nous nous retirons.
Braschi voulut absolument que je passasse le reste de la nuit avec lui ; le libertin m’adorait.
— Tu es ferme, me disait-il, voilà comme j’aime les femmes : celles qui te ressemblent sont rares.
— La Borghèse me surpasse, répondis-je.
— Il s’en faut, me dit le pape, elle est à tout moment déchirée de remords. Dans huit jours, poursuivit le Saint-Père, je te donne, avec elle et les deux cardinaux, tes amis, le souper où je me suis engagé ; et là, cher amour, sois-en sûre, nous ferons, j’espère, quelques horreurs qui surpasseront celles-ci.
— Je m’en flatte, dis-je faussement au pontife, n’entendant par cette réponse que le vol que je m’apprêtais à lui faire ce jour-là ; oui, j’espère que nous en ferons de bonnes.
Braschi, qui venait de se frotter les couilles avec une eau spiritueuse et faite pour provoquer au plaisir, voulut essayer de nouvelles tentatives.
— Je ne b***e pas assez pour t’e*****r, me dit-il, mais s**e-moi.
Je me mis à cheval sur sa poitrine ; le trou de mon cul posait sur sa bouche, et le coquin, tout pape qu’il était, déchargea en reniant Dieu comme un athée.
Il s’endormit. J’avais bien envie de profiter de cet instant pour aller prendre dans son trésor tout ce que j’en pourrais rapporter ; le chemin qu’il m’avait tracé lui-même me permettait cette tentative sans redouter ses gardes ; mais ce projet ayant été conçu avec Olympe, je ne voulus pas la priver du plaisir d’y participer ; Élise et Raimonde, d’ailleurs, se trouveraient alors avec nous, et notre moisson serait plus abondante.
Pie VI ne tarda pas à se réveiller. Il y avait consistoire ce jour-là. Je le laissai disputer en paix sur l’état de conscience des pays chrétiens, et fus demander pardon à la mienne de ne pas l’avoir chargée d’une suffisante quantité de crimes. Je l’ai dit, et je le soutiens, rien n’est pis que le remords de la vertu, pour une âme accoutumée au mal ; et quand on existe dans un état complet de corruption, il vaut infiniment mieux combler la mesure que de rester en arrière ; car ce qu’on fait de moins donne infiniment plus de peine que ce qu’on fait de plus ne donne de plaisir.
Deux ou trois bains nettoyèrent les souillures pontificales, et je volai chez Mme de Borghèse lui apprendre mes succès du Vatican.
Pour éviter la monotonie des détails, je glisserai légèrement sur ceux des nouvelles orgies que nous y célébrâmes. La grande galerie fut le lieu de la scène ; plus de quatre cents sujets des deux sexes y parurent ; ce qu’on y célébra d’impuretés ne peut se peindre. Trente filles vierges, de sept à quinze ans, et belles comme l’Amour, furent violées, et massacrées après ; quarante jeunes garçons eurent le même sort. Albani, Bernis et le pape s’enculèrent, se gorgèrent de vin et d’infamies, et ce moment d’ivresse fut celui que nous choisîmes, Olympe, Élise, Raimonde et moi, pour aller piller le trésor. Nous enlevâmes vingt mille sequins, que Sbrigani, placé près de là avec des gens sûrs, fit aussitôt transporter chez Borghèse, où nous les partageâmes le lendemain. Braschi ne s’aperçut pas de ce vol, ou feignit politiquement de ne s’en pas douter… Je ne le revis plus ; mes visites, sans doute, lui parurent trop chères. Dès ce moment, je crus prudent de quitter Rome ; Olympe ne s’en consola pas ; il fallut pourtant s’arracher, et je partis pour Naples au commencement de l’hiver, avec un portefeuille rempli de lettres de recommandation pour la famille royale, le prince Francaville, et tout ce qu’il y avait de plus riche et de plus élevé dans Naples. Mes fonds restèrent placés sur des banquiers de Rome.
Nous voyagions dans une excellente berline, Sbrigani, mes femmes et moi. Quatre valets à cheval nous escortaient, lorsque entre Fondi et le môle de Gaëte, sur les confins de l’Etat ecclésiastique, à environ douze ou quinze lieues de Naples, dix hommes à cheval, vers la brune, nous prièrent, le pistolet à la main, de vouloir bien nous détourner du grand chemin pour aller parler au capitaine Brisa-Testa qui, fort honnêtement retiré dans un château sur le bord de la mer, au-dessus de Gaëte, ne souffrait pas que les honnêtes gens qui voyageaient dans cette contrée passassent ainsi auprès de son habitation sans lui faire une visite. Nous n’eûmes pas de peine à comprendre ce langage, et, proportionnant aussitôt nos forces à celles qu’on nous opposait, nous sentîmes facilement que le plus court était d’obéir.
— Camarade, dit Sbrigani à l’officier, j’avais toujours ouï dire que les coquins ne se détruisaient pas entre eux ; si vous exercez la profession d’une manière, nous l’exerçons de l’autre, et notre métier, comme le vôtre, est de faire des dupes.
— Vous vous expliquerez avec mon capitaine, dit ce sous-chef ; pour moi je ne sais qu’obéir, et surtout quand mes jours en dépendent ; marchons.
Comme les cavaliers, aux ordres de celui qui nous parlait, liaient, pendant ce temps-là, nos valets à la queue de leurs chevaux, il n’y eut pas à répliquer. Nous avançâmes. L’officier s’était mis dans notre voiture, et quatre de ses cavaliers la conduisaient. Nous marchâmes cinq heures de cette manière, pendant lesquelles notre conducteur nous apprit que le capitaine Brisa-Testa était le plus fameux chef de brigands de toute l’Italie.
— Il a, nous dit le guide, plus de douze cents hommes à ses ordres, et nos détachements parcourent d’un côté tout l’Etat ecclésiastique jusqu’aux montagnes de Trente ; ils vont de l’autre jusqu’aux extrémités de la Calabre. Les richesses de Brisa-Testa, poursuivit l’officier, sont immenses. Dans un voyage qu’il fit l’année dernière à Paris, il épousa une femme charmante qui fait aujourd’hui les honneurs de la maison.
— Frère, dis-je à ce bandit, il me semble que les honneurs de la maison d’un voleur ne doivent pas être bien difficiles à faire.
— Je vous demande pardon, répondit l’officier, l’emploi de madame est plus considérable qu’on ne le pense : c’est elle qui égorge les prisonniers, et je vous assure qu’elle s’y prend d’une manière tout à fait honnête, et que vous serez enchantée de périr de sa main…
— Ah ! dis-je, c’est donc là ce que vous appelez faire les honneurs de la maison ?… Vous êtes consolant, monsieur l’officier… Et le capitaine est-il maintenant au logis, ou si nous n’aurons affaire qu’à madame ?
— Vous les trouverez tous les deux, répondit le brigand ; Brisa-Testa revient en ce moment d’une expédition dans la Calabre intérieure qui nous a coûté quelques hommes, mais qui a valu bien de l’argent. Depuis lors, notre paie a tiercé : voilà ce que ce grand capitaine a de bon… une équité !… une justice !… nous sommes toujours payés d’après ses moyens ; il nous donnerait dix onces par jour1, s’il gagnait à proportion… Mais nous y voici, dit l’officier ; je suis fâché que la nuit vous empêche de distinguer les abords de cette superbe maison. Voici la mer et le château, dont les impraticables alentours nous obligent à quitter ici la voiture ; il faut, comme vous voyez, monter à pic maintenant, et le sentier ne peut être frayé tout au plus que par des chevaux.