Le vol jusqu’à New-York se fait dans un silence pesant. Liam ne m’a pas parlé depuis le début du voyage et c’est mieux ainsi, ressasser le passé est une mauvaise idée. Je n’arrive toujours pas à croire ce qui est en train de m’arriver, il y’a quelque temps je volais vers New-York pour un nouveau départ, une nouvelle vie, un nouveau job, une nouvelle carrière. Et voilà que Lena refait surface. C’est dingue ! On dirait que l’univers m’en veut.
Je lève doucement les yeux vers lui, il est absorbé par l’écran de son ordinateur, il bosse comme si de rien n’était, comme si tout est normal. Non enfin ! Rien n’est normal et rien ne pourra être normal.
Comment un homme aussi puissant, aussi beau, aussi viril, aussi charismatique que lui peut se souvenir de moi, contrairement aux femmes qu’il doit fréquenter d’habitude je n’ai rien d’exceptionnel, je ne suis pas un mannequin, je ne fais pas les première pages des magazines people, je ne suis pas riche, je ne suis pas aussi belle et jolie qu’une actrice hollywoodienne, je suis moi, juste moi, non, qu’est-ce que je raconte ? Moi-même je ne sais pas qui je suis, Lucy, Lena, parfois je me demande si je ne suis pas une âme perdue, un cas désespéré.
Je soupire silencieusement, ensuite je décide de me lever, il faut que j’aille à la cabine d’eau pour me rafraîchir le visage.
-Ou est-ce que tu vas ?
Je hausse des épaules pour masquer les milliers de frissons qui viennent de traverser mon corps en une vitesse aussi rapide que celle de la lumière à l’entende de cette voix si viril et soutenue.
-Je vais me rafraîchir le visage. Dis-je, « si ce n’est pas trop demandé » pensé-je.
Il acquiesce d’un geste spontané, ensuite il appuie sur le bouton qui se situe à gauche de son siège.
-Victoria, apportez des boissons fraîches ! Ordonne-t-il sèchement.
Victoria ? Ce n’est pas la même hôtesse du premier vol.
Sans me préoccuper d’avantage je m’avance vers la cabine d’eau je ferme la porte, ensuite j’ouvre l’eau du lavabo et je mouille mon visage. Malgré l’eau froide, je ne ressens aucun changement à croire que je suis condamné à ressentir ça, du mépris pour moi-même, rien que du mépris, Seigneur !
Je quitte la cabine et je rejoins aussitôt mon siège, je trouve un verre de citronnade avec des glaçons posé sur la table près de moi. Je murmure un « merci » ensuite je bois le liquide froid que j’espère m’apaiser.
-On fait comment ? Demande-t-il les yeux toujours sur l’écran de son ordinateur. Quelle politesse !
-Pardon ?
-D’après toi on fait comment ? Maintenant que le secret est tombé à l’eau, c’est quoi la suite ? Parce que franchement je n’y comprends rien !
Je rêve ? Ou bien il est sérieusement en train de m’accuser de quelque chose.
-Tu te rends compte que tu me parles comme si j’étais la responsable de tout ça ? Tu t’entends parler ou quoi ?
Il soupire en déposant son ordinateur sur la table basse devant lui, ensuite il plonge son regard dans le mien.
-Non, je n’ai jamais dit ça. Mais je n’arrive pas à te comprendre…
-Attend ! Arrête tout de suite ! Il n’y a rien à comprendre, tout a été dit, maintenant on passe à autre chose.
-passer à autre chose ? Tu es sérieuse là ?
-Tu veux quoi au juste Liam ? Qu’on fête ça ? Qu’on exalte notre bonheur au monde ? Parce que même si tout a été dit, tu restes quand même un sal con, et si tu veux me virer pour ça, il n’y a pas de soucis dès qu’on rentre je me casse…
-Je n’ai aucune intention de te virer Lucy ! Dit-il en claquant de la langue.
-Alors tu cherches quoi ?
-Rien, je ne cherche rien du tout ! Maintenant que j’ai mes réponses je me sens capable de tourner la page. Dit-il en se levant et en quittant la cabine.
Ses mots sont si logiques et si blessants en même temps. Je ressens un pincement au cœur, maintenant que les masques sont tombés, il n’a plus rien à faire de moi, après tout je suis personne.
Une fois que je serais de nouveau à New-York, moi aussi j’entamerais l’opération, tourner la page, ou même changer carrément de livre.