Manchester, Angleterre
MILAN
Je me réveille et Kyra n'est plus dans le lit. Je ne m'en inquiète pas car je sais qu'elle ne doit pas être bien loin. Ma femme a toujours été assez matinale. Elle a probablement déjà commencé sa journée. J'enfile mes pantoufles, l'esprit encore lourd de sommeil, et me dirige vers la salle de bain. L'eau chaude de la douche m'éveille un peu plus, l'humidité de l'air me réchauffe alors que la nuit anglaise commence à se dissiper. Après quelques minutes, je ressors, l'esprit un peu plus clair.
Je descends lentement les escaliers du manoir. La maison est silencieuse, hormis le doux murmure de la cafetière dans la cuisine. Elle était en train de bichonner son fils dans la salle à manger. Il me voit et s'éclipse aussitôt. Ce petit est... Franchement, je n'ai même pas envie de voir sa tête.
- Bonjour chérie !
Je m'approche de ma femme, lui dépose un b****r léger sur les lèvres.
- Bonjour mon cœur ! répondit-elle, ses yeux brillants d'une tendresse infinie.
- Bonjour papa ! me lance ma fille.
La voix de ma fille me fait détourner les yeux de Kyra. Elle est là, dans l'embrasure de la porte, ses cheveux blonds tombant en cascade sur ses épaules.
- Bonjour princesse !
Je m'approche d'elle, lui fis la bise. Puis, je pars prendre place à la table, attrape une tranche de pain grillé. Je prends une bouchée, l'odeur du café se mêle à celle du pain grillé. Kyra m'observe, un léger sourire aux lèvres, mais ses yeux... ils sont ailleurs. Je la connais assez pour savoir qu'elle pense à quelque chose qu'elle ne veut pas partager.
- Bien dormi vous deux ?
- Oui, atteste ma fille. Mais je voudrais...
Je l'interromps avant qu'elle n'ait pu formuler sa pensée.
- Si tu dois aborder le sujet tournant autour de ton frère Andreïna, je t'arrête tout de suite. Ne t'en mêle pas. Xander est un grand garçon. Il n'a nul besoin que les femmes de cette famille prennent sa défense.
- Mais papaaaa ! proteste-t-elle, un froncement de sourcils marqué sur son visage.
- Non Andreïna. J'ai dit non, je réplique, plus ferme cette fois. Hors de question que je ferme les yeux sur la vie de débauche que veut mener ton frère avec comme excuses que c'est de l'art.
Comme d'habitude je prends le petit déjeuner avec elles avant d'aller à l'entreprise. Xander quant à lui est resté dans son coin. Je n'aime pas avoir à imposer de telles règles, mais je n'ai pas le choix. Xander est une cause perdue, un adolescent dévoré par ses idées fausses. Je termine mon petit déjeuner en silence. La pièce est trop calme à mon goût. Kyra, en voyant que je n'ai pas l'intention de discuter plus longuement, se lève.
- Pétra, tu montes le déjeuner de Xander s'il te plaît.
Elle acquiesce.
- Et le trophée de la meilleure maman est attribuée à Kyra. Il n'y a que toi pour supporter les conneries de ton fils. Tu gâtes beaucoup trop cet enfant.
- Commence pas Milan, répond-elle en soupirant.
Mon petit déjeuner terminé, j'embrasse ma femme, soulève mon attaché-case et je m'en vais. Après le drame avec Alex, je m'occupe de presque tout. Il n'y a que Yeleen qui m'aide parfois quand elle vient. Andreina n'a pas voulu se donner à l'entreprenariat. Il nous a fallu accepter ses choix.
Pourquoi ne pas faire de même avec mon fils, me diriez-vous ? Lui-même ne sait pas ce qu'il veut. Enfant il voulait être astronaute. A ses 15 ans il voulait être secouriste après avoir regardé une émission à la télé. L'année suivante, il souhaitait faire beaux-arts. Aujourd'hui, il joue les petits dealers de quartier pensant que je n'en saurais rien. Il tourne plus vite qu'une girouette. Ce n'est pas ce que moi j'appelle savoir ce qui est bon pour soi. J'ai aussi commencé ainsi dans le métier... Dealer de quartier. J'en connais les risques. Et aujourd'hui, je ne veux pas de ça pour mon fils. Pour aucun de mes enfants d'ailleurs.
J'ai réglé tout ce qui devrait l'être pour la journée. Avant de rentrer chez moi, je décide de me rendre à l'adresse envoyé par Luan plus tôt. J'y vais seul sachant que ces sombres idiots n'oseront pas s'attaquer à moi par crainte de déclencher une guerre sans fin. Londres, Manchester et les environs, c'est nous qui avons le contrôle. Quoique je ne touche presque plus à rien. Sur ce point, Curtis s'est révélé être un allié redoutable. Il gère tout d'une main de maître. Sa femme Elena, avec qui il s'est marié il y a 10 ans, ne connait rien de sa double vie. Et c'est tant mieux ainsi.
En parlant de Curtis, je devrais l'appeler. Pour lui non plus ce jour ne doit pas être une partie de plaisir. Surtout qu'il a aussi perdu sa grand-mère l'année d'après. Peut-être qu'on aurait dû les inviter lui et Elena cette année.
La demeure du pseudo Ghost est grand mais pas aussi imposant que ça. Ce type qui usurpe l'identité de mon pote dans le business, c'est juste un petit poussin qui se croit déjà un chef. Aucun intérêt. Rien qui n'aurait retenu mon attention s'il n'y avait pas mon fils au milieu de tout ça. Je me fais annoncer et attends à l'entrée. On m'amène à lui les minutes qui suivent. Il est accompagné de trois chiens de gardes.
A première vue, ce qui saute aux yeux c'est que c'est un petit jeunot. Rien de bien effrayant. Il doit avoir la trentaine... ou presque. Je repense instantanément à nos meilleurs moments avec Ghost à cet âge-là. On était pareil ou presque. En vrai, on s'est très vite fait une réputation dans le métier. On était le genre de gars qu'il ne fallait pas faire chier. J'adore les gens ambitieux. Lui et moi, on aurait pu s'entendre dans une autre vie. Mais là, il a pris mon fils en grappe. Il faut qu'il sache que ce qu'il a commencé là, je ne vais pas le laisser le continuer.
Il prend place. Je reste debout.
- Sérieusement ! Un vieux comme moi ! Tu as besoin d'autant de gardes pour surveiller ton petit c*l ?
- Milan Ivanović !
Il s'amène, me fixe d'un regard assuré, comme s'il m'attendait.
- Que me vaut l'honneur de ta visite mon cher ? Tu oses enfin descendre de ton trône et visiter le petit peuple. Bon, si trône il y a encore, il me nargue hautain. Qu'ai-je fait pour susciter l'intérêt de la petite fraterie ?
Son arrogance me donne envie de rire, mais je me retiens. Il n'a pas la moindre idée de la gravité de ce qu'il fait. Je reste silencieux, observant ses gestes, mes bras croisés, le visage fermé.
- Oups ! L'autre, il est... mort.
J'éclate finalement de rire à cause de son audace. Mon rire est amer. Au moins il a une grosse paire. Reste à savoir jusqu'à quand il pourrait la porter.
- Tu sais très bien pourquoi je suis là.
Il hausse un sourcil, un sourire narquois sur les lèvres.
- Dis-moi encore.
Je m'approche de lui, mes pas lourds sur le parquet.
- Laisse-moi te prévenir sombre idiot. Mon fils, tu le laisses tranquille. Ne le mêle pas à tes saletés, je te préviens.
- Ou sinon quoi ? il me défie.
Il n'est pas du tout impressionné par ma personne. Si c'est le cas, il le masque fort bien.
- Tant d'années depuis que vous vous êtes installés tranquillement ici. Sache que, ta liberté d'action se termine quand elle commence à empiéter sur la mienne. Tu n'as pas idée de ce que je peux faire pour mes enfants.
- Même ton looser de fils ?
Il ricane. Je bondis sur lui. Ses gardes dégainent en même temps. J'arrête mes pas.
- Oulaaaa ! Rangez vos armes messieurs, il leur ordonne le sourire aux lèvres. Je suis sûr que monsieur Ivanović ici présent voulait juste me serrer la main. Rien de bien méchant. N'est-ce pas Milan ?
Le ton de sa voix est un défi. Je ne bouge pas, je reste impassible.
- Reste sur tes gardes Velasquez.
Il sursaute.
- Quoi ? Tu penses que je ne savais pas qui tu es ? Tu penses pouvoir t'installer dans MA ville, t'en prendre à MON fils sans que je ne sache rien de toi.
Je me rapproche un peu plus de lui, mes yeux pleins de menace.
- Ne me dis pas que tu as commis l'erreur de te surestimer... ou même de me sous-estimer Velasquez. Erreur de débutant. Je suppose que tu en apprendras plus avec l'âge. De toi ou de ta famille, rien ne m'échappe.
Il me défie, mais quelque chose dans son regard vacille. Je lui lance un dernier avertissement.
- Tu as intérêt à lâcher mon fils. Et ça, ce n'est même pas une menace. C'est un fait.
- Être vieux cela ne doit pas être facile non plus. Tu auras oublié mon nom et tout ce que tu crois savoir sur ma supposée famille avant même d'avoir regagné ta maison... En fait, elle va comment ta femme ? Pardonne mes mauvaises habitudes. Depuis que tu es là je n'ai pas demandé. Elle arrive enfin à supporter la mort de son frangin ?
Je serre les points.
- Oh ! Mais tu n'as pas besoin de t'énerver Milan. N'est-elle pas contente de savoir que le nom de son grand frère chéri continue son petit bout de chemin ?
- ...
- Oh ! Elle ne sait pas ? Elle s'imagine sûrement que tu t'es rangé. Es-tu un menteur Milan ? Ce n'est pas bien vue dans le milieu, non ?
- Usurper l'identité de l'ombre de mon pote ne fera pas de toi un grand. Ce n'est pas ainsi que tu auras ses qualificatifs. Tu affirmes t'appeler Ghost. Permets-moi de rire de l'absurdité de la situation mon cher. Ce nom, il ne l'a pas brandi à chaque coin de rue sombre idiot. Ce sont ses adversaires qui l'appelaient ainsi. Ceux qui le craignent. Car c'était un vrai fantôme. On ne le voyait pas venir.
- On ne l'a pas vu partir non plus, il ricane.
- Prend garde à toi si tu t'en prends à mon fils Velasquez.
- Il faut qu'il me rembourse ce qu'il me doit alors.
- Tu n'as qu'à m'envoyer la note.
Je tourne les talons. Ce type, c'est un petit joueur. Il doit avoir quelqu'un qui lui donne les ordres. Je ne vais pas perdre mon temps avec lui. Il lâchera mon fils. De gré ou de force.
- Passe le mot à ton boss pauvre marionnette. Je ne me perds pas le temps à discuter avec les sous-fifres.
En remontant dans la voiture, je sens encore l'adrénaline me brûler les veines. Velasquez joue au chef, mais c'est juste un pantin. Un pantin qui a eu la mauvaise idée de mettre la main sur mon fils. Je démarre, et à peine quelques mètres plus loin, mon téléphone vibre. Curtis.
- T'as un timing parfait, je grogne en décrochant. Ça a l'air sérieux, vu l'heure. Je rentre tout juste.
- T'étais où ?
- Chez un petit c*n qui pense pouvoir jouer dans la cour des grands.
- Hmm ! Tu peux m'expliquer pourquoi un certain Ghost vient de tenter de s'incruster dans mon secteur ?
Sa voix est sèche.
- Toi et moi, on sait que ce n'est pas celui auquel tu penses. J'ai identifié l'usurpateur. Il s'est déjà incrusté dans ma ville. Et il a embarqué Xander dans ses conneries. Je viens de lui passer un message.
Silence. Puis :
- Et il respire encore ?
- Pour l'instant. Mais il a compris.
- Parfait. S'il dérape, je m'en occuperai, balance Curtis avant de couper.
En rentrant, je croise Kyra dans le salon. Elle a cet air doux que tout le monde prend pour de la naïveté.
- Ta journée s'est bien passée ?
- Comme d'habitude, je réponds en déposant un b****r rapide sur sa tempe.
Pas un mot sur Velasquez, ni sur Xander. Elle a pas besoin de savoir.