Chapitre 8

1160 Mots
Je lève les yeux vers lui, encore un peu sonnée de tout. L’échange, l’étreinte, ses mots… Je n’arrive pas à penser clairement. Il me submerge. Ou peut-être que c’est moi qui ne suis plus capable de gérer tout ça. - Je vais retourner dans la chambre, dis-je doucement, presque sur la défensive. Il me regarde à nouveau. Ce regard-là, je commence à le reconnaître. Il est doux, mais il pense vite. Il calcule. Il anticipe mes mouvements avant même que je les fasse. Et il secoue lentement la tête, avec ce demi-sourire qui a quelque chose de… dangereux dans sa perfection. - Maintenant que tu es réveillée, tu peux revenir dans notre chambre. Le mot me percute comme un coup léger, mais précis."Notre'' Mon cœur rate un battement. Je ne sais pas si c’est de la peur, de la gêne ou… de la confusion. Peut-être les trois. Je reste figée. Il n’insiste pas. Il ne bouge même pas. Il laisse l’idée flotter dans l’air, tranquillement, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Mais ce n’est pas naturel. Rien ne l’est ici. Ni lui. Ni moi. Ni cette fichue maison. Et encore moins nous. Je hoche la tête, très lentement. Pas parce que je suis d’accord. Mais parce que je ne sais pas comment dire non sans tout briser. Sans faire basculer l’équilibre précaire entre nous. Je me contente de murmurer : - D’accord… je vais me reposer un peu. Et je quitte la pièce, sans me retourner. Mais ses mots restent, suspendus dans ma nuque comme une présence. "Notre chambre" Je n’ai même pas osé lui demander… où elle se trouve. Parce que j’ai peur qu’il me dise que je l’ai déjà vue.Et que je ne m’en souvienne pas. Je commence à marcher dans le couloir. Lentement. Sans trop savoir où je vais. Tout me semble étranger, même l'air. Les murs sont beaux, sobres, silencieux, mais ils ne me disent rien. Je n'ai aucun repère ici. Juste ce corps qui avance, ce cœur qui bat… et lui. Et puis soudain, je sens une main dans mon dos. Pas brusque, ni intrusive, mais chaleureuse. Je m’arrête une seconde, surprise. Mais je ne bouge pas. Parce que ce contact-là… il ne me fait pas peur. Il me fait du bien. Il me trouble. Il glisse doucement le long de ma colonne, pas en mouvement, juste par sa présence. Et quelque chose en moi se détend. Je crois que j’aime ce geste plus que je ne devrais. Sa main est large. Sa paume épouse la courbe de mes omoplates avec une aisance presque… intime. Comme s’il savait exactement comment me toucher. Et mon corps, lui, répond. Il frissonne. Je n’ose pas me retourner. Il n’a rien dit. Il n’en a pas besoin. Il me guide, doucement, comme s’il me connaissait par cœur. Et peut-être que c’est vrai. Peut-être que c’est ce qui rend tout ça si compliqué. Je me laisse faire. Mes pas reprennent, plus lents. Et sa main reste là. Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas où je vais. Mais à cet instant précis… je sais que j’aime trop la manière dont il me touche. Il rit doucement derrière moi. Ce n’est pas un rire moqueur, plutôt une sorte d’amusement tendre, presque affectueux. - Tu comptais trouver la chambre comment, exactement ? Au feeling ? Sa voix me surprend. Elle glisse dans l'air avec une facilité déconcertante, comme s'il était parfaitement à l'aise, ici… avec moi… avec tout ça. Moi, je suis un amas d'incertitudes. Lui, il évolue comme chez lui. Et évidemment, c’est chez lui.Je tourne un peu la tête, un sourire presque nerveux étirant mes lèvres malgré moi. - J’allais bien finir par tomber dessus… peut-être. - Avec un peu de chance, tu serais entrée dans la buanderie, ou dans ma cave à vin, murmure-t-il. Je n’arrive pas à dire si c’est une simple taquinerie… ou une sorte d’avertissement. Mais je n’ai pas le temps d’y penser plus longtemps. Nous arrivons devant une porte, et il s’arrête. - C’est ici, dit-il simplement. Je hoche la tête, un peu gênée d’avoir eu besoin de lui pour ça. Je m’apprête à entrer, mais il reste là, un instant. Ses yeux verts plongent dans les miens avec une intensité qui me fait presque vaciller. - Je dois retourner dans le bureau, ajoute-t-il, plus sérieux tout à coup. Juste quelques papiers à vérifier. Je reviendrai vite. Je baisse les yeux, presque déçue. Pourquoi ? Je ne comprends même pas. J’ai l’impression d’avoir besoin qu’il reste. Que je ne suis pas encore prête à être seule, ici, dans cette maison qui n’est qu’un mystère déguisé en refuge. Il s’éloigne, et je le regarde disparaître dans le couloir. Et moi, je reste là, seule devant la porte de cette chambre qu’il a appelée "la nôtre" J’entre dans la chambre. Ce n’est pas celle d’où je viens. Et pourtant, dès le premier pas, quelque chose se passe. L’air semble différent. Plus chaud. Plus doux. Comme s’il m’attendait. Je fais un pas, puis un autre. Et je me rends compte que… oui. Ici, la décoration n’est pas tout à fait la même. Moins impersonnelle. Moins parfaite, justement. Ici, il y a une touche. Une chaleur. Un goût. Les murs sont peints dans des tons plus sombres, mais pas tristes. Un bleu-gris profond qui donne une étrange impression d’intimité. Les rideaux sont lourds, mais la lumière qui filtre est douce. Apaisante. Et cette odeur… j’ai l’impression de la connaître sans pouvoir mettre de nom dessus. Un mélange subtil de vanille, de bois, et peut-être un soupçon de cuir. Je m’avance. Sur une commode, il y a un flacon de parfum presque vide. Je le prends, l’approche de mon nez… et mon cœur se serre sans que je comprenne pourquoi. Ce parfum-là… il me parle. Il me frôle les souvenirs comme un murmure, mais rien ne revient vraiment. Juste une sensation… d’avoir été ici. D’avoir habité ce lieu. Je continue à avancer, curieuse malgré moi. Il y a deux côtés. Deux espaces distincts mais connectés. Le sien. Le mien. Des chemises, des montres, des livres. Et puis, de l’autre côté : une brosse à cheveux, une crème hydratante, un peignoir accroché à une patère. Des objets si simples… mais qui semblent avoir toujours été là. Comme s’ils m’attendaient. Comme s’ils étaient à moi. Je m’arrête devant une coiffeuse. Je la touche du bout des doigts. Mon regard glisse sur le lit, immense, recouvert de coussins moelleux et d’un plaid beige. Et je sens quelque chose en moi céder un peu. Ce lieu… il me plaît. Il m’enveloppe. Il me ressemble. Et c’est bien ça le problème. J’ai l’impression de l’avoir choisi moi-même. Chaque objet. Chaque teinte. Chaque texture. Et ce doute qui me tenait, ce scepticisme froid… vacille. S’effrite. Pas entièrement. Mais suffisamment pour laisser passer un filet de confiance. Et si c’était vrai ? Et si tout ça… c’était moi ?
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