Chapitre 5

1021 Mots
Je reste figée un moment, devant la fenêtre. Mes mains tremblent légèrement contre le tissu du rideau. Le silence autour de moi devient trop lourd. Trop profond. Comme s’il absorbait mes pensées les plus sombres. Il n’y a rien dehors. Rien d’autre que cette forêt, dense, vivante, inquiétante. Je sens quelque chose me remonter à la gorge. Une boule. Une angoisse que je n’arrive pas à ravaler. Je ne sais pas où je suis. Je ne sais pas ce que je fais ici. Et je ne sais même pas qui je suis. Mes jambes se mettent à bouger avant même que j’aie pris une décision claire. Je fais quelques pas dans la chambre, puis je tourne en rond, l’air haletant. La pièce me semble tout à coup plus étroite, plus froide. Comme si les murs eux-mêmes devenaient hostiles. Je ferme les yeux un instant. Inspire. Expire. Mais rien n’apaise. Ma respiration s’accélère malgré moi. Mon cœur tape fort, désordonné. J’ai besoin d’un repère. Même s’il me met mal à l’aise. Même si je ne le connais pas vraiment. Je me dirige vers la porte, presque précipitamment. Ma main glisse sur la poignée. Je l’ouvre d’un coup. Je redescends. J’ignore s’il est encore en bas, mais je dois le voir. Entendre sa voix. Quelque chose. Je ne veux pas rester seule, pas dans cette maison trop silencieuse, trop éloignée de tout. Même si une part de moi murmure déjà que ce n’est pas lui qui va me rassurer. Je descends, l’estomac noué, en cherchant Ethan des yeux. Quand mes pieds atteignent le bas des escaliers, un silence épais m’accueille. Il n’est plus là. La cuisine est vide. La chaise qu’il occupait tout à l’heure est poussée contre la table, comme si personne n’y avait jamais été assis. Il n’y a plus aucune trace de lui, hormis cette assiette restée intacte, devant laquelle il n’a rien touché. Je reste un instant immobile, à écouter. Rien. Pas un bruit. Pas même le souffle du vent contre les vitres. Où est-il passé ? Je m’avance à pas lents, jetant un œil dans la pièce voisine. Un salon vaste, aux tons neutres. Canapés sobres, bibliothèque parfaitement ordonnée, cheminée éteinte. L’endroit est beau, certes... Je tends l’oreille, encore. Puis j’appelle, d’une voix un peu trop timide. - Ethan ? Pas de réponse. Je n’aime pas cette sensation. Je décide d’explorer un peu, même si je sens que je vais regretter. Je pousse une porte, découvre un couloir. J’en ouvre une autre, un bureau, apparemment. Les murs sont couverts d’étagères, mais rien de personnel encore. Je referme, un peu plus nerveuse. Je n’ai pourtant rien à me reprocher. Du moins, je crois. Mais j’ai l’impression de v****r quelque chose, d’être un intrus dans un univers qui n’est pas le mien. Je me retourne. Une autre pièce. Peut-être une buanderie. Je tends le bras vers la poignée... -Tu me cherchais ? Je sursaute violemment. Je me retourne d’un coup, le cœur au bord des lèvres. Ethan est là, juste derrière moi. Appuyé contre l’encadrement d’une porte que je n’avais même pas remarquée. Bras croisés. Regard calme. Trop calme. Je ne sais pas depuis combien de temps il est là. Ni ce qu’il a vu. Je reste figée un instant, encore secouée par la surprise. Mon souffle est court, mon cœur bat à toute vitesse. Mais je m’efforce de garder contenance. De ne pas lui montrer combien son apparition m’a prise de court. - Je… j’aimerais qu’on discute, dis-je enfin, d’une voix un peu plus assurée que je ne l’aurais cru. Ses yeux se plissent légèrement, comme s’il analysait ma demande. Puis, tout à coup, son visage se détend. Il sourit. Pas un grand sourire, pas quelque chose de théâtral, non, juste cette courbe discrète sur ses lèvres, celle qu’il sait rassurante. - Bien sûr, répond-il doucement. Viens. Il se détourne sans attendre, comme s’il avait anticipé cette conversation. Il avance d’un pas tranquille, sûr de lui, et je le suis, en silence. Il pousse la porte d’une pièce que je reconnais : le bureau. Celui que j’ai entrevu tout à l’heure. Il s’efface pour me laisser passer, galant dans le geste. Je rentre, hésitante. La pièce est plus grande qu’elle n’en avait l’air au premier coup d’œil. Les murs sont tapissés de livres reliés. Une lumière chaude tombe d’une lampe posée sur un bureau massif. Tout est soigneusement rangé, comme ailleurs. Il me montre un fauteuil face à lui. - Assieds-toi. Je m’exécute, même si mon dos reste raide contre le dossier. Lui s’installe de l’autre côté, les coudes posés sur l’accoudoir, les doigts joints, l’air parfaitement détendu. Comme s’il n’y avait rien d’anormal ici. Comme si j’étais réellement chez moi. - Je sais pas tu as beaucoup de questions, dit-il, toujours ce même sourire paisible sur les lèvres. C’est normal. Prends ton temps. Ses yeux verts plongent dans les miens, profonds, brillants… insondables. Et moi, je sens que la moindre de mes phrases va être pesée, disséquée, examinée. Mais je suis prête. Du moins je crois. Car il y'a une multitude, une multitude de questions dont j'aimerais avoir les réponses. Qui es-tu vraiment ? Qu’est-ce qu’on faisait ensemble avant… l’accident ? Pourquoi je ne me souviens de rien ? Où est-ce qu’on est, exactement ? Pourquoi cette maison est au milieu de nulle part ? Est-ce que quelqu’un d’autre sait que je suis ici ? Tu as parlé d’un accident... mais où, quand, comment c’est arrivé ? Est-ce que tu m’aimais vraiment… avant ? Est-ce que c’est toi qui m’as habillée pendant que j’étais inconsciente ? Pourquoi tu dors pas à côté de moi, si on est vraiment fiancés ? C’est quoi, cette sensation étrange que j’ai en te regardant ? On se connaît vraiment ? Pourquoi j’ai l’impression que tu me caches quelque chose ? Pourquoi je me sens en danger, alors que tu es si… gentil ? Et si ce n’était pas un accident ? Pourquoi il n’y a pas de téléphone ? De connexion ? De photos de nous ? Et si tu mentais depuis le début ?Qu’est-ce que tu attends vraiment de moi ?
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